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Autonomie, logement abordable, lobby des séniors... Comment le Danemark est devenu un modèle en matière de prise en charge des aînés

Centrée sur l’autonomie des aînés et quasiment totalement financée par l’argent public, la prise en charge des séniors au Danemark est particulièrement performante. Chargée des affaires de santé à l’ambassade danoise à Paris, Annette Bertelsen Arbes détaille les raisons de ce petit succès … dont s’inspirent nombre de nos élus et professionnels du secteur.

Flora Zanichelli Publié le 23/04/2022 à 19:00, mis à jour le 21/04/2022 à 17:18
Au Danemark, les retraités sont encouragés à être autonomes le plus longtemps possible. Ici, dans une maison de retraite près de Copenhague. AFP

"Au Danemark, la politique des séniors est centrée autour de l’autonomie." Depuis son bureau de l’ambassade du Danemark à Paris, Annette Bertelsen Arbes est formelle. 

Souvent sollicitée sur la question, cette chargée des affaires de santé qui vit en France depuis 25 ans organise régulièrement des rencontres entre élus, professionnels de santé français et danois. 

Un modèle quasi public

"Au Danemark, nous sommes très attachés au principe de dignité", poursuit Annette Bertelsen Arbes. Le revenu ne doit pas être un frein à une bonne prise en charge. "Chez nous, la dépendance est financée par l’Etat, à travers les municipalités principalement", détaille-t-elle. 

Les maisons de retraite sont ainsi assimilées à des logements sociaux appartenant aux municipalités. Et les loyers indexés sur les revenus. Afin que la prise en charge soit la plus égalitaire possible, des péréquations entre régions riches et moins riches sont réalisées.

"Au Danemark, il y a aussi moins d’échelons administratifs… ce qui permet d’être réactif", explique Annette Bertelsen Arbes. 

 

On y décompte cinq régions et 98 municipalités, chacune ayant sous sa coupe en moyenne 50.000 administrés. 

Le maintien à domicile encouragé

Pour favoriser l’autonomie, la clé de voûte de la politique danoise est de permettre aux séniors de rester le plus longtemps possible dans leur propre logement et retarder ainsi l’entrée en ehpad.

Permettre aux anciens de vieillir dans un lieu qui leur est familier en les accompagnant d’un point de vue financier, car c’est souvent là que le bât blesse. C’est ainsi aux personnes âgées que le choix revient de rester à domicile ou pas. 

C’est une loi de service social qui a inscrit ce mécanisme dans le marbre. 

 

"Si une personne a une perte d’autonomie permanente, son état est évalué par un ergothérapeute de la Ville qui ensuite définit les contours de la prise en charge de cette perte de dépendance", explique Annette Bertelsen Arbes. 

Dans un article publié dans La Gazette des communes à propos du modèle danois, on pouvait lire: "L’économie sur les dépenses publiques est démontrée dès lors qu’une personne dépendante a besoin de moins de 20 heures de soins par semaine."

Les maisons de retraite danoises proposent des salles de sport pour que les séniors puissent se maintenir en forme. AFP.

Formation et intelligence artificielle

Trouver du personnel soignant au Danemark est aussi un défi comme en France

"Les formations d’aide-soignant sont plus longues au Danemark, mais nous constatons que depuis 5 ans, la part des personnes non qualifiées (sans diplôme officiel) dans le domaine du grand âge a presque doublé. Aujourd’hui, environ un employé sur cinq qui travaille avec la prise en charge de la dépendance n’a pas de diplôme", explique Annette Bertelsen Arbes.

En novembre 2021, Rolf Dalsgaard Johansen, directeur du service de Santé des Adultes de la municipalité de Haderslev (sud du Danemark), notamment responsable de l’aide que la commune apporte aux séniors qui ont besoin d’accompagnement dans leur vie quotidienne, pointait l’urgence. "Outre le défi de l’augmentation du nombre des plus de 80 ans, nous sommes aussi confrontés à un manque de personnel."

Les soignants sont spécifiquement formés à l’utilisation d’aides techniques et nouvelles technologies", poursuit Annette Bertelsen Arbes.

C’est pour faire face à ce problème que les communes travaillent main dans la main avec, notamment, des entreprises d’intelligence artificielle (IA) destinées à soulager la manipulation de malades, par exemple, à mobilité réduite. Mais pas seulement.

"Les soignants sont spécifiquement formés à l’utilisation d’aides techniques et nouvelles technologies", poursuit Annette Bertelsen Arbes.

 

Le cas le plus connu est la maison de retraite d’Aalborg, également surnommée, “l’Ehpad de demain”. On y teste des “bras” automatiques pour faire tourner les personnes à mobilité réduite, des capteurs au sol pour détecter les chutes. 

Lobby des séniors

Dites à Emmanuel Macron qu’il vienne voir comment nous gérons les choses en Scandinavie car si j’ai bien compris, la France a besoin d’un “new deal” pour le 3e âge”, a lancé Bjarne Hastrup dans une interview accordée à l’Express, président de l’AEldre Sagen, une association qui regroupe la défense des droits des personnes âgée. 

Créée en 1986, cette association regroupe 900.000 membres qui n’hésitent pas à peser sur les choix du Parlement.  

Le fait que ces personnes se regroupent entre elles leur permet d’avoir un vrai poids sur les politiques publiques”, explique Annette Bertelsen Arbes.

Bjarne Hastrup décrivait une association en ordre de bataille avec quelque 20.000 membres associatifs n’hésitant à pas se déplacer pour rendre visite aux personnes âgées et rompre ainsi l’isolement.

Un modèle repris en France

L’ambassade du Danemark en France organise souvent des voyages d’étude pour les professionnels ou élus français désireux de trouver une source d’inspiration dans ce pays européen. 

 

C’est le cas, par exemple, de Jean-Marc Zulesi, député des Bouches-du-Rhône qui a rédigé 21 propositions pour maintenir l’autonomie et vivre en bonne santé en se basant en partie sur son voyage au Danemark en février 2022.

Le Danemark, champion de la prise en charge des séniors? Il n’y a pas que sur le plan institutionnel que le petit pays européen fait des émules. 

À Nice mais aussi dans plusieurs autres villes françaises, l’association "A vélo sans âge" s'est largement répandue. Créée en 2012 au Danemark, elle offre la possibilité à des séniors de se balader à vélo triporteur, poussés par des bénévoles à un rythme doux.

L’association compte aujourd’hui 23 antennes en France.

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