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A Milan, en Italie, ils créent du collectif pour soulager les angoisses

En Italie, depuis la crise sanitaire, 900.000 nouveaux cas de problèmes psychologiques ont été comptabilisés. A Milan, c’est au plus fort de la crise Covid que la Brigata Basaglia, une association destinée à soutenir psychologiquement les Milanais en détresse, a vu le jour. L’idée? Développer un lien de proximité et travailler en réseau pour prendre les angoisses à bras le corps. Depuis, elle essaime dans la capitale lombarde et même au delà. Présentes depuis le début de l’aventure, Carolina et Paola racontent.

Flora Zanichelli Publié le 25/10/2021 à 20:00, mis à jour le 16/11/2021 à 14:19
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A Milan, l'association Brigata Basaglia s'attèle à recréer du lien pour diminuer le stress et l'angoisse. Brigata Basaglia

"A travers la Brigata Basaglia, c’est une communauté qui s’est mise en mouvement." Depuis son salon à Milan, Carolina, long visage anguleux, se souvient. Pendant le premier confinement, elle travaillait pour Emergency. Avec des amis, elle distribuait des paquets de nourriture. "Les fameux biens essentiels", commente-t-elle.

"Lors de nos livraisons, nous nous sommes rendus compte que les gens n’allaient pas bien et qu’il y avait un réel besoin de soutien psychologique", se souvient la jeune femme. 

Pour trouver le nom de l’association, Carolina et ses amis s’appuient sur le nom de Franco Basaglia, l’un des psychiatres les plus renommés d’Italie à l’origine d’une loi sur la fermeture des asiles psychiatriques. 

Soigner et travailler en réseau

Rapidement, une plate-forme d’appels est lancée… mais elle ne suffit pas. "Nous avons alors commencé à construire un véritable réseau, permettant à des personnes lambda de prendre le relais. Au début, nous voulions vraiment casser la solitude."

 

Partager une expérience en commun aussi, celle d’un confinement qui s’éternise et d’une Italie mise à mal par la pandémie. "En interrogeant les gens sur leur situation, en leur permettant de se libérer, on a réussi à faire du partage d’expérience et à leur montrer qu’ils n’étaient pas seuls à traverser cette épreuve."

Les membres de la Brigata Basaglia travaillent eux aussi en réseau. "Une fois par semaine, nous nous retrouvons pour discuter de nos expériences, poursuit Carolina. Comment as-tu réagi face à tel problème? Comment as-tu pris en main tel autre? A notre niveau également, le partage d’expérience est précieux et indispensable."

Agir sur le contexte

Quand le problème est trop grave, trop compliqué à résoudre, Carolina et les autres volontaires renvoient leurs interlocuteurs vers des psychologues bénévoles. Petit à petit, la Brigata se spécialise. "Nous avons, par exemple, un groupe dédié au stress", explique Carolina. 

A ses côtés, Paola, psychologue, renchérit: "L’idée? Le soin ne vient pas d’en haut mais il est, tant que possible, participatif. L’implication est collaborative car le problème que nous devons gérer dépasse souvent la sphère intime pour remettre en cause un mode de fonctionnement, sociétal par exemple."

Comme avec Filippo, un usager fragilisé dont les deux jeunes femmes se souviennent bien. Elles l'ont aidé à se réinsérer dans le marché de l’emploi, accompagnées d’un avocat du travail. "L’angoisse est un état qui est fortement conditionné par le contexte dans lequel nous vivons, il faut agir à tous les échelons", précise Carolina.

 

"Nous veillons à ce que les individus soient au coeur d’un réseau de solidarité, explique Paola. Si c’est le cas, nous le réactivons. Si la personne est seule, nous l’aidons à en créer un en la redirigeant vers des services, en lui suggérant des personnes vers lesquelles se tourner et auxquelles elle n’aurait pas pensé."

A Milan, épicentre de la crise sanitaire, la covid a engendré beaucoup de stress et d'angoisse. Photo AFP.

Les autorités locales s’impliquent

A Milan, la ville a pris le relais. Dans le 6e arrondissement, un cabinet de soutien psychologique va ouvrir. "Il y a des difficultés post-traumatiques liées à la Covid, constate Paola. Dépression, anxiété ont augmenté… et encore plus dans les familles à bas revenus." Les jeunes, également, inquiètent. 

Enrico Zanalda, vice-président de la société italienne de psychiatrie (Sip) a d’ailleurs annoncé une augmentation des bourses dédiées à la spécialisation en psychiatrie de 280 bénéficiaires à 400. Un chiffre encourageant même si insuffisant alors qu’on estime à 2000 le nombre de psychiatres manquant à l’appel pour combler les besoins post-covid. 

Elle ne peut s’empêcher de remarquer que les Italiens ont de moins en moins de difficultés à parler de leurs soucis psychologiques. "Des personnes qui n’auraient jamais appelé un psy auparavant n’hésitent plus à prendre leur téléphone pour une consultation." 

Milan, capitale et poumon économique de l’Italie, est sortie fragilisée de la crise sanitaire. "Nous nous sommes découverts vulnérables, poursuit Carolina. Les gens reconnaissent que s’aider les uns les autres peut être une solution pour la ville et pour eux-mêmes."

L’association Brigata Basaglia continue d’officier. Ses membres partagent leur expérience jusque dans les amphithéâtres de l’université milanaise Milano-Bicocca. Une permanence a ouvert à Florence. A Trieste, ils ont récemment participé à un séminaire sur la santé mentale. "Plus on agit à tous les échelons, plus on sera plus forts."

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