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À la nuit tombée, des associations locales sont au chevet des plus démunis grâce aux maraudes de Menton

Mis à jour le 16/12/2019 à 14:01 Publié le 14/12/2019 à 16:15
 L'association Soupe de Nuit Monaco organise une maraude, tous les jeudis soirs à partir de 19 heures, au départ de la rue des Soeurs-Munet de Menton.

L'association Soupe de Nuit Monaco organise une maraude, tous les jeudis soirs à partir de 19 heures, au départ de la rue des Soeurs-Munet de Menton. Photo Jean-François Ottonello

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À la nuit tombée, des associations locales sont au chevet des plus démunis grâce aux maraudes de Menton

Six soirs par semaine, des associations se relaient et sillonnent Menton pour donner des repas chauds et des vêtements aux plus démunis. Le jeudi soir, les bénévoles de Soupe de Nuit font leur tournée. Reportage.

Ce soir-là, les rues de Menton sont balayées par un vent glacé. La température baisse soudainement et le froid humide engourdit les mains et picote les doigts.

"Il ne fait pas chaud, dis donc !", commente dans un sourire Jean-Louis Nicolas, l’un des membres de Soupe de Nuit Monaco – antenne de Menton. Depuis 2009, l’association sillonne les rues de la cité – tous les jeudis soirs – dès novembre et jusqu’au printemps. Les autres jours de la semaine, le Centre communal d’action sociale (CCAS) a fixé un planning et la maraude de nuit est assurée par d’autres associations locales.

À chaque tournée, une poignée de bénévoles apportent des repas chauds et des vêtements à une quarantaine de personnes dans le besoin. "Nous avons beaucoup d’hommes dans les rues et peu de femmes. Pour la très grande majorité, ce sont des habitués qui viennent à notre rencontre chaque semaine. Ils sont très pudiques et parlent très peu de leur vie. Néanmoins, une relation de confiance s’est nouée", relate Jean-Louis Nicolas. Le bénévole ajuste son bonnet de Père Noël jusqu’aux oreilles et se frotte énergiquement les mains pour gagner un peu de chaleur.

"Ça fait du bien à l’estomac mais aussi au cœur"

Il est 19 h. La maraude débute – comme toujours – le long de la rue des Sœurs-Munet. Sandwichs au fromage ou au jambon, fruits, œufs durs, boîtes de thon et tablettes de chocolat… les dîners sont distribués à toutes les personnes qui s’avancent à pas feutrés vers le camion de l’association. Juste à côté, des couvertures, manteaux, chaussures ou sacs de couchage aident les sans-abri à affronter la nuit d’hiver. Ce jour-là, Soupe de Nuit distribue les colis de Noël, un sac rempli de pain d’épice, panettone et chocolats.

À l’extérieur du camion, les bénévoles déplient la table de camping. La soupe de tomate fumante attire un petit groupe. "Ça fait du bien à l’estomac mais aussi au cœur d’avoir des personnes qui se soucient de nous…", confie Michel. Âgé de 66 ans, cet ancien fonctionnaire réside en centre-ville mais n’arrive pas à joindre les deux bouts. "J’ai eu des gros soucis de santé et je ne peux plus travailler. Je bénéficie d’une pension d’invalidité de 800 euros mais quand vous payez 600 euros de loyer, c’est compliqué de pouvoir manger…"

L’heure tourne pour l’association. À plusieurs voitures, les six bénévoles partent en direction de la gare ferroviaire. "Nos habitués nous attendent et s’inquiètent parfois de ne pas nous voir arriver à l’heure", explique Martine, l’une des bénévoles. Devant la gare, deux hommes de passage demandent un repas, des couvertures et des chaussures. Après quelques mots d’encouragement, l’équipe reprend la route. En chemin, une jeune femme – accompagnée de son petit garçon – leur fait signe. Le convoi s’arrête et Jean-Louis tente de nouer la discussion.

D’origine albanaise, la jeune femme ne parle ni français ni italien. Avec des gestes, les bénévoles comprennent qu’elle a bénéficié d’un hébergement d’urgence dans un hôtel de Menton et qu’elle n’a pas mangé depuis un moment. "On vous donne double ration. Nous avons aussi des vêtements si vous voulez", propose Philippe, l’un des membres de Soupe de Nuit.

Il est 20h. La tournée a pris du retard et les bénévoles s’activent. Après un passage au Palais de l’Europe, direction la place Saint-Roch. Là-bas, depuis un an, Cindy et son compagnon dorment près du parking. "Avant je vivais à Nancy et j’étais femme de ménage" confie la jeune femme. Elle se réchauffe les mains avec la soupe servie par les bénévoles et évoque son mal-être. "Une fois que vous êtes dans la rue, c’est très dur d’en sortir. Comment trouver un travail sans habit propre et sans logement ? Nous voulons garder une certaine dignité devant les gens et c’est un cercle vicieux."

"Nous avons toujours cette peur de ne plus jamais les revoir"

Le cœur serré par ces confidences, les bénévoles reprennent la route et se dirigent vers les halles municipales. Là, une dizaine de personnes attend l’arrivée de l’association. Certains sont d’humeur affable et partagent une cigarette tout en sirotant leur soupe. D’autres, plus distants, ont la peau ridée de fatigue et martèlent qu’ils ont froid.

"Une maraude, c’est toujours un peu stressant, explique en aparté Alain, l’un des bénévoles. D’une semaine à l’autre, on ne sait jamais comment va évoluer l’état de santé de certains de nos habitués. Nous avons toujours cette peur de ne plus jamais les revoir…"

Et d’ajouter que les maraudes, de novembre à mai, ne suffisent pas à Menton. "Ces personnes ont besoin de nous, chaque soir de l’année."

Il est 21 h 30 et Soupe de Nuit réalise son dernier arrêt à Garavan. Quelques habitués les attendent de pied ferme et poussent un soupir de soulagement lorsque les bénévoles ouvrent la porte du camion. Pour eux, c’est l’assurance de pouvoir dormir le ventre plein.

Bienveillant, l’un des sans-abri serre la main glacée de tous les membres de l’association avant leur départ : "On dit souvent que les personnes qui ont les mains froides ont le cœur chaud…"
Dans la froideur de la nuit, la générosité des bénévoles a donné un peu de chaleur humaine. Une lueur d’espoir pour des jours meilleurs.

Le planning des maraudes à Menton

Lundi : Association Impact France Riviera (les 1er et 3e du mois jusqu’au 30 mars 2020) et association Semeurs d’espoirs (le 2e et 4e du mois jusqu’au 27 mai 2020).

Mardi : Association Saint-Vincent de Paul de Monaco (Jusqu’au 26 mai 2020).

Mercredi : La Croix-Rouge (jusqu’au 25 mars 2020 puis de fin avril au 29 juillet 2020).

Jeudi : Association soupe de nuit de Monaco (jusqu’au 28 mai 2020).

Vendredi : L’aide humanitaire des sapeurs-pompiers et Saint-Vincent (jusqu’au 10 avril 2020).

Dimanche : Association Vivre sans faim (jusqu’au 5 avril 2020).


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