"Un affabulateur à l'incroyable talent": une exposition sur Raoul Gunsbourg et ses 60 ans à la tête de l'Opéra de Monte-Carlo

En plus de sa "Damnation de Faust", programmée pour la Fête nationale, Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, propose une exposition pour rendre hommage à son illustre prédécesseur.

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Joëlle Deviras Publié le 14/11/2022 à 10:40, mis à jour le 14/11/2022 à 10:44
L’exposition retrace le parcours professionnel et personnel de celui qui bat tous les records de longévité à la tête d’un opéra. Photo J.D.

Alors qu’il s’apprête à offrir sa place à Cécilia Bartoli, Jean-Louis Grinda continue de réunir tous les éléments pour achever avec brio sa mission de directeur de l’Opéra de Monte-Carlo.

Il y a d’abord l’enthousiasme et la bonne humeur qu’il communique sans fausse note - c’est si rare en pareille circonstance. Et puis aussi l’envie de rendre hommage.

"Un modèle, un mentor"

C’est ainsi qu’en marge de La Damnation de Faust, qu’il donne à l’occasion de la Fête Nationale, Jean-Louis Grinda a voulu prolonger l’hommage à Raoul Gunsbourg, non pas seulement par une nouvelle mise en scène de l’œuvre de Berlioz, mais aussi par une exposition que le Prince Albert II a découverte ce vendredi soir lors du vernissage.

Occupant l’Espace Indigo du Grimaldi Forum, cette rétrospective, retraçant la vie et l’œuvre de celui qui sera resté près de soixante ans à la tête de l’Opéra de Monte-Carlo (de 1892 à 1951), est pensée pour "être vue le temps de l’entracte", souligne Jean-Louis Grinda.

Mais l’exposition, libre et gratuite, propose également à ceux qui veulent s’y attarder, de découvrir un personnage aussi fantasque que talentueux, tantôt génial, tantôt mythomane, souvent les deux à la fois.

 

A l’occasion du vernissage, Jean-Louis Grinda a souligné au souverain, à Cecilia Bartoli et tous les invités de l’Opéra de Monte-Carlo présents, qu’il considérait Raoul Gunsbourg comme "un être exceptionnel, un modèle, un mentor" que son père, Guy Grinda, a bien connu.

Le directeur de l’Opéra de Monte-Carlo a travaillé avec Eric Chevalier, commissaire de l’exposition. Ensemble, ils ont mûri leur projet, et la scénographie a été montée par le Grimaldi Forum.

L’occasion pour Jean-Louis Grinda de souligner le travail "admirable des équipes de Sylvie Biancheri", directrice générale du Grimaldi Forum qui a été très chaleureusement remerciée.

"Un petit pays qui n’interdit pas les grands rêves"

Et de s’adresser au Prince: "Monseigneur, il n’y a qu’en Principauté que l’on peut faire des choses pareilles, aussi rapidement, avec tant de compétences. Les archives du Palais princier, dirigées par Thomas Fouilleron, ont ouvert leur bureau de façon remarquable, mais aussi les Archives audiovisuelles, la Médiathèque, la SBM, le Musée national… Je crois que dans un petit pays qui n’interdit pas les grands rêves, on peut réussir de tels projets en un temps record."

 

Avec une mise en scène et une exposition-hommage, ultimes manifestations culturelles comme directeur, Jean-Louis Grinda s’inscrit dans une longue tradition de l’art lyrique en Principauté et ouvre grand les bras pour accueillir celle qui donnera un nouvel élan à l’Opéra de Monte-Carlo: Cécilia Bartoli.

L’Avant-Scène Opéra vient de publier un hors-série sur l’Opéra de Monte-Carlo dans lequel Jean-Louis Grinda rend hommage à son illustre prédécesseur. Photo J.D..

Un affabulateur à l'incroyable talent

Pourquoi Raoul Gunsbourg raconte des histoires abracadabrantes sur sa vie alors que, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo durant toute la première partie du XXe siècle, il véhicule déjà tant les rêves?

C’est la question que se sont posée Jean-Louis Grinda et Eric Chevalier, commissaire de l’exposition. "C’est un personnage fabuleux et affabulateur, en mosaïque, explique Eric Chevalier. Sur certains points de sa vie, il est très difficile de savoir s’ils sont authentiques ou pas. Par exemple, à 18 ans, alors infirmier puisqu’il a fait des études de médecine, il participe à la guerre russo-turque et à la prise de Nicopoli en Ukraine. Et il note dans ses mémoires - il a alors 95 ans - qu’à lui tout seul il a fait prisonnier la garnison entière des Turcs et que le tsar Alexandre II, en apprenant cela, l’a fait venir à Saint-Pétersbourg. Il a dû s’amuser à raconter de pareilles histoires. Il y a chez lui une part de vérité ; mais aussi une grande part de fantaisie."

Une façon peut-être d’être un personnage de théâtre dans la vie, de réécrire l’histoire en sa faveur comme le font beaucoup d’autres. Et Eric Chevalier de mentionner Massenet ou Verdi qui, eux-mêmes, racontaient leurs histoires.

"Gunsbourg a besoin de s’entourer d’une forme de légende; c’est peut-être particulier aux gens du spectacle. Pourtant, il a passé presque soixante ans à la tête d’un Opéra et porte en lui la légende. Personne n’a fait cela! Personne!"

Avec cette exposition, l’idée a été de montrer "tous les aspects de Raoul Gunsbourg, même les plus obscures. Sauf la fin… Nous avons préféré terminer par une phrase dont nous sommes sûrs qu’il l’ait dite avant de mourir à 95 ans: "Le cerveau et la pensée meurent-ils avec le dernier battement du cœur et le dernier souffle? La question est pour moi angoissante"."

Et pour mieux inscrire encore Raoul Gunsbourg dans la longue et florissante histoire de l’Opéra de Monte-Carlo, un Avant-scène Opéra de 164 pages vient de paraître sur l’Opéra de Monte-Carlo dans lequel Jean-Louis Grinda publie un hommage à son prédécesseur. "J’ai pu mesurer à quel point l’œuvre plurielle de Gunsbourg est importante et permet de le classer comme un des plus grands directeurs d’Opéra (...). Outre son flair et son audace, Raoul Gunsbourg fit preuve d’un savoir-faire commercial combiné à un important carnet d’adresses qui lui ont permis de mettre en œuvre une politique artistique inédite à Monaco."

On comprend que l’époque d’or de Gunsbourg va de 1892 jusqu’en 1925.

"Son premier coup de génie, c’est en 1893 avec La Damnation de Faust, qu’il va mettre en scène alors que l’œuvre avait toujours été jouée en version de concert", souligne Eric Chevalier.

Celui qui fut l’un des personnages de Monte-Carlo les plus hauts en couleurs achète dès 1898 un château à Cormatin, en Saône-et-Loire ; bâtisse qui se visite aujourd’hui.

"Il avait un contrat extraordinaire mais, avec cette bâtisse qu’il a redécorée, il a dû y laisser sa chemise ", note Eric Chevalier. Gunsbourg a été également le maire de cette petite commune où les 800 habitants étaient conviés aux nombreuses fêtes auxquelles participaient Caruso, Chaliapine et même Sarah Bernhardt…

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