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Christian Bérard retrouve ses couleurs à la Villa Paloma à Monaco

Avec l’exposition Excentrique Bébé, le NMNM met la lumière sur ce créateur star du début du XXe siècle, dont l’aura perdure même si le nom n’a pas été retenu dans l’Histoire de l’Art.

Cédric Vérany Publié le 13/07/2022 à 05:04, mis à jour le 14/07/2022 à 10:41
L’esprit de Bérard habite les salles de la Villa Paloma en dessins, peintures, décors, costumes et souvenirs exposés jusqu’au 16 octobre. Photo Jean-François Ottonello

C’est une exposition qui résonne étrangement dans ce début du XXIe siècle où la célébrité et sa quête, sont des valeurs recherchées. Dans la première moitié du XXe siècle, Christian Bérard était une star, mondialement célèbre. Né en 1902 et terrassé par une crise cardiaque en 1949, le Français est un touche-à-tout : peintre, décorateur, costumier, dessinateur. Pour autant, son nom a été oublié de l’Histoire de l’Art.

Pendant trois ans, Célia Bernasconi, conservatrice en chef du NMNM a œuvré pour rassembler les créations de Berard et aboutir à la remarquable exposition Excentrique Bébé qui vient d’ouvrir à la Villa Paloma, dont elle signe le commissariat épaulée par Jacques Grange qui a mis en scène le projet avec la complicité de Pierre Passebon.

"Jacques et Pierre ont été les passeurs de Bérard", souligne Célia Bernasconi.

 

Artisan de
"La Belle et la Bête"

"L’absence de Bérard de l’histoire officielle de l’Histoire de l’Art et des institutions muséales a été compensée par des passions privées, des collectionneurs, des galeristes qui ont contribué à le faire connaître et à faire conserver ses œuvres", continue-t-elle.

C’est ce réseau qui permet de déployer dans les étages de la Villa Paloma des toiles, des peintures, du mobilier et des souvenirs personnels, sans classement par disciplines qui rendent à hommage à cet esprit libre du créateur hétéroclite et grand portraitiste. Tout en apportant une touche contemporaine avec la contribution de l’artiste Nick Mauss, invité à mêler son univers à celui du créateur disparu.

Au milieu des années 40, Christian Bérard est choisi par Jean Cocteau, qui l’avait déjà engagé pour le théâtre et la scène et qui lui propose d’être son bras droit pour la conception du film culte La Belle et la Bête. Il imagine l’atmosphère, les costumes, les décors et le tout aussi mythique masque porté par la Bête, incarnée par Jean Marais. "On connaît Bérard d’abord par ce film, un chef-d’œuvre total. C’est là où j’ai découvert son travail, qui m’a suivi toute ma vie, se remémore Jacques Grange. Puis j’ai apprécié sa peinture vue chez les Noailles. Et cette passion de Bérard, je l’ai partagé avec Yves Saint Laurent qui, lorsqu’il avait 9 ans à Oran, a assisté à une pièce de théâtre avec des décors signés par Christian Bérard qui l’ont considérablement influencé."

"Tout le monde
lui demandait conseil"

 

Considéré comme "un peintre de l’âme humaine", Christian Bérard, surnommé "Bébé", gravite dans le Paris mode et culture de son époque. Il est proche de Coco Chanel, de Christian Dior, d’Elsa Schiaparelli. Il signe aussi nombre d’illustrations pour le magazine Vogue.

L’exposition témoigne de toute son effervescence professionnelle de son époque. "Tout le monde lui demandait conseil », souligne Jacques Grange, « c’est lui par exemple qui a incité Zizi Jeanmaire à se couper les cheveux pour monter sur scène".

Dans les années 30, Bérard loue un appartement en Principauté. Son compagnon, Boris Kochno, secrétaire de Serge de Diaghilev refonde les Ballets à Monte-Carlo et Bérard y collabore, créant à nouveau décors et costumes pour des productions à la Salle Garnier.

En 1991, l’Etat monégasque a racheté les archives de Boris Kochno, comptant les créations de Christian Bérard, ce qui explique leur présence en nombre dans les collections du NMNM.

Un fonds qui a permis cette exposition présentée jusqu’au 16 octobre à la Villa Paloma.

"C’est une rétrospective de cet artiste qui a beaucoup marqué son époque et qui inspire toujours les artistes", souligne le directeur du NMNM, Björn Dahlström. "Notre mission est de montrer à voir son travail sous toutes ses facettes. Ce qui fait toute sa valeur et son intérêt, qui lui a peut-être desservi à une époque parce qu’il n’était pas monodisciplinaire".

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