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Y aura-t-il encore du poisson dans nos assiettes en 2050?

Mis à jour le 08/11/2018 à 19:02 Publié le 08/11/2018 à 19:02
Barracudas au port du Cros de Cagne.

Barracudas au port du Cros de Cagne. Photo Jean-Michel Cottalorda

Y aura-t-il encore du poisson dans nos assiettes en 2050?

Plus de 40 espèces risquent de disparaître en Méditerranée. Après le thon rouge, c'est au tour de l'espadon d'être soumis à des quotas. S'ils constatent une diminution des stocks de poissons, Jean-Michel Cottalorda et Paolo Guidetti, biologistes marins à l'Université de Nice refusent l'alarmisme. "Il y aura encore du poisson dans 30 ans, si l'homme est raisonnable." Pêcheurs pro, loisir, consommateur, décideur: chacun peut agir à son niveau, ils nous expliquent comment.

C'est quoi le problème?

Les ressources halieutiques diminuent. En Méditerranée certaines espèces sont d'ailleurs particulièrement menacées comme le mérou et le corb.

Au sein du laboratoire ECOMERS de l'Université de Nice, des biologistes comme Paolo Guidetti, Jean-Michel Cottalorda (1) ou encore Patrice Francour procèdent à des comptages. Au fil de leurs plongées, ils prennent la mesure de la situation.
Surpêche, braconnage, pêche loisir... la faune aquatique se raréfie.

"Les pêches miraculeuses de l'époque Cousteau c'est fini. Avant on croyait la mer inépuisable. Ce n'est pas le cas." 

"On observe une diminution constante des stocks, note Paolo Guidetti. Il y a quelques années un rapport alertait sur les risques qu'on ne trouve plus de poissons en 2050, si on continuait ainsi." Des simulations alarmistes qu'il invite néanmoins à prendre avec certaines précautions.
"Les pêches miraculeuses de l'époque Cousteau c'est fini, enchaîne Jean-Michel Cottalorda. Avant on croyait la mer inépuisable. Ce n'est pas le cas."

La ressource s'épuise, mais, insistent les chercheurs, chacun peut agir. Ils préconisent des actions concrètes. 

Jean-Michel Cottalorda plonge pour procéder à des comptages: "la pression de la pêche loisir peut mettre en danger certaines espèces."
Jean-Michel Cottalorda plonge pour procéder à des comptages: "la pression de la pêche loisir peut mettre en danger certaines espèces." Photo DR

Pêcheurs loisirs: s'autoréguler et pêcher les espèces abondantes

A la différence des populations de poissons, le nombre de pêcheurs loisir, lui, ne cesse d'augmenter. Marginale il y a encore un demi-siècle, la pêche récréative a enregistré un véritable boom depuis une vingtaine d'années.
"On estime à plus de 100.000 le nombre de pratiquants le long des côtes de la méditerranée française. Alors qu'il y a environ 2.000 pêcheurs professionnels artisanaux."

"Ce n'est pas pêcher un ou deux mérous par mois qui change la face du monde, mais si vous êtes 100.000 à le faire... C'est le nombre de personnes qui pose problème."

Aussi Jean-Michel Cottalorda s'inquiète-t-il de l'impact sur certaines espèces.

"Les pêcheurs loisir avec lesquels je discute me disent "ce n'est pas pêcher un ou deux mérous ou corbs par mois qui va changer la face du monde." Mais si vous êtes 100.000 à le faire… C'est le nombre de personnes qui pose problème. La pêche récréative peut ainsi mettre en danger certaines espèces. D'autant plus que les gens disposent d'un matériel de plus en plus efficace, qui leur permet de pêcher profond."

Sur les écrans des GPS dernière génération, ils parviennent même à repérer des bancs.
"Ces prédateurs humains qui ciblent les ressources sous-marines, s'ajoutent à la surpêche opérée par les gros chalutiers. En revanche la pêche artisanale, bien réglementée ne pose pas de problème. Si les professionnels font attention à leurs ressources, leur pêche peut être durable."

>>Lire aussi: Comment cet Azuréen veut sauver le plus grand poisson de Méditerranée 

Bancs de sars, espèce abondante à préférer à celles menacées comme le corb ou le mérou.
Bancs de sars, espèce abondante à préférer à celles menacées comme le corb ou le mérou. Photo JM Cottalorda

Il insiste sur la nécessité de sensibiliser ceux qui font de cette activité un loisir.
"Mérou et corb sont des espèces rares, si elles sont ciblées, elles seront menacées. D'ailleurs un moratoire interdit la pêche au hameçon et la chasse au harpon. Mais certains enfreignent la réglementation. Ce qui les intéresse c'est de "tirer les plus gros poissons."
Il regrette les "appétits" de ceux qui remplissent des congélateurs entiers. "Si tout le monde fait ça, on devra tout réglementer. Alors que si on s'autorégule, en ne pêchant que des espèces abondantes comme les sars qui se reproduisent plus facilement, les générations futures auront la chance de revoir des mérous ou des corbs."

Des pêcheurs loisirs enfreignent la réglementation et ciblent les corbs... une espèce rare.
Des pêcheurs loisirs enfreignent la réglementation et ciblent les corbs... une espèce rare. Photo Jean-Michel Cottalorda

Créer des aires marines protégées et surveillées

Pour permettre aux "stocks de se reconstituer", ils plaident aussi pour la création le long des côtes azuréennes d'un réseau de petites aires marines protégées.

"Attention, pas juste des zones dessinées sur un papier, insiste Jean-Michel Cottalorda. Il faut des équipes de surveillance. Sinon ça ne sert à rien."

Une centaine a été créée en mer Méditerranée. "A Port-Cros, Marseille, ou la Scandola en Corse, ça fonctionne bien", note Paolo Guidetti. "La population de mérous et de loups par exemple est plus nombreuse."

Paolo Guidetti, biologiste marin, directeur du laboratoire Ecomers à l'Université de Nice: "les aires protégées, à Port-Cros, Marseille ou la Scandola en Corse, ça fonctionne bien. La population de mérous et de loups par exemple est plus nombreuse."
Paolo Guidetti, biologiste marin, directeur du laboratoire Ecomers à l'Université de Nice: "les aires protégées, à Port-Cros, Marseille ou la Scandola en Corse, ça fonctionne bien. La population de mérous et de loups par exemple est plus nombreuse." Photo Philippe Bertini

Dans ces espaces "sanctuarisés", on veille à ce que l'activité humaine ne mette pas à mal la biodiversité. Elles sont constituées par des zones de protection totale (sans prélèvement) et d'autres où la pêche artisanale, la navigation, la plongée sont autorisées mais contrôlées.

"A Monaco, il y a plus de mérous qu'à Cap d'Ail. Parce qu'à Monaco, dès qu'on se met à l'eau, on est regardé: par les caméras, les policiers, des témoins… Tout le monde regarde la mer. Résultat: les eaux de Monaco sont comme une grande aire marine protégée."

Les biologistes pointent cependant la difficulté de contrôler la mer.

"Je travaille depuis 26 ans dans ce laboratoire, témoigne Jean-Michel Cottalorda. J'ai fait plus de 2000 plongées, or je n'ai été contrôlé que 2 fois. Le problème, c'est que les gens passent à travers les mailles du filet."
Récemment, il a procédé à des comptages de mérous en face de Monaco et Cap d'Ail.

"Alors qu'à Monaco les zones ont été artificialisées, il y a plus de mérous qu'à Cap d'Ail. Parce qu'à Monaco, dès qu'on se met à l'eau, on est regardé: par les caméras, policiers, témoins… Tout le monde regarde la mer. Résultat: les eaux de Monaco sont comme une grande aire marine protégée."

Bien choisir les poissons qu'on mange

Dans l'assiette, préférer des sardines, dont les stocks sont suffisamment abondants.
Dans l'assiette, préférer des sardines, dont les stocks sont suffisamment abondants. Photo Elodie Mougenot

Pour éviter le scénario catastrophe de la disparition des poissons de nos assiettes, c'est aussi du côté du consommateur que ça se joue.
Alors quels poissons faut-il éviter d'acheter, ou de choisir à la carte des restaurants?
"Les gens demandent les choses qu'ils connaissent: thon, espadon, loups… Alors, les compagnies de pêche se concentrent sur ces espèces", pose Paolo Guidetti.
Et les stocks s'épuisent.

"Quand il y a eu la campagne sur le thon rouge de Méditerranée, on s'est limité, et parce qu'on l'a moins pêché, la nature a commencé à reprendre ses droits", note Jean-Michel Cottalorda.
Mais, estime Paolo Guidetti: "il faudrait attendre un peu avant de relever les quotas, mais comme la demande reste importante..."

"On peut manger par exemple des maquereaux, des sardines"

Il invite le consommateur à aiguiser sa curiosité, à découvrir d'autres poissons délicieux et dont les stocks sont abondants. Délaisser les grands prédateurs, pour des espèces plus durables "on peut manger par exemple des maquereaux, des sardines". Un produit local, excellent pour la santé.

Pour sa part, il a découvert au marché, une sorte de mulet savoureuse: "L'espèce avec une tâche dorée sur l'opercule de la branchie, c'est excellent. D'ailleurs, il est très consommé au Sénégal. Et ça ne coûte que 4 euros le kg!"
Moins coûteux que les thons et autres espadons, qu'il faudrait de plus, pour des raisons de santé, consommer avec modération.
"En bout de chaîne alimentaire, ces gros poissons accumulent les métaux lourds," enchaîne Jean-Michel Cottalorda. Il engage aussi les Azuréens à se méfier des provenances pour s'assurer de ne pas mettre dans leur panier des poissons braconnés.

"N'achetez pas un poisson si vous voyez qu'il a un trou, ça veut dire qu'il a été harponné. Ou s'il est trop petit, parce que l'idée c'est de ne pas pêcher un poisson avant qu'il n'ait eu le temps de se reproduire au moins une fois."
Une pêche et une consommation "raisonnable et éclairée", c'est à ces conditions concluent les biologistes qu'on pourra, dans 30 ans continuer à savourer du poisson.


(1) Paolo Guidetti, professeur des universités, est directeur du laboratoire ECOMERS (Ecosystèmes côtiers marins et réponses au stress) à l'Université de Nice, et Jean-Michel Cottalorda, biologiste marin président du GEM (Groupe d'Etude du mérou).

Ils donnent une conférence ce vendredi à 20 heures, au MAMAC. Au côté de Denis Genovese, président du comité départemental 06 des pêches et élevages marins, et de Richard Chemla, président du Centre de Découverte du Monde Marin organisateur de la conférence.

Entrée libre et gratuite dans l'espace des places disponibles.


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