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VIDEO. Comment la ville de Vence a mis en place le premier service public de compostage collectif

Les déchets organiques représentent un tiers de nos déchets. Non triés, ils finissent à l’incinérateur où leur élimination produit, entre autres, des gaz à effet de serre. En revanche, triés et valorisés grâce au compostage, ils peuvent être recyclés pour, par exemple, fertiliser les sols. De plus en plus développée, cette pratique reste souvent le fait d’initiés et très localisée. Sauf à Vence, où la mairie vient de lancer un service public de compostage. Récit.

Flora Zanichelli Publié le 02/06/2021 à 18:00, mis à jour le 01/06/2021 à 10:44
La ville de Vence a installé neuf composteurs dans toute la ville. Flora Zanichelli

"Le service public de compostage? C’est une idée que nous avions depuis longtemps!"

Chargée de mission environnement à la ville de Vence depuis l’année dernière, Laurence Thiébaut a l’écologie chevillée au corps. 

Egalement à la tête de l’association “VIE - Vence initiative environnement”, engagée depuis de nombreuses années dans la lutte “Zéro déchets”, elle défend le compostage des biodéchets depuis toujours. 

 

En février 2020, nous l’avions rencontrée dans un quartier de Vence, où elle coachait un couple de Vençois en matière de compostage.

Jusqu’à maintenant, nous avions développé le compostage, grâce à l’association, dans des petites copropriétés ou chez des gens qui avaient un jardin, explique-t-elle. Mais nous voulions passer à la vitesse supérieure. Le problème était : comment permettre à des gens habitant en centre-ville de pouvoir faire du compost? C’est beaucoup plus compliqué.

Pour ce faire, la ville de Vence a placé des composteurs à neuf endroits différents. D’une capacité de 800 litres, ils permettent aux riverains de venir déposer leurs déchets verts directement au pied de leur immeuble. 

A chaque endroit, deux grands bacs en bois ont été installés. L’un contient les déchets organiques déversés par les habitants, l’autre le broyat, nécessaire à la formation du compost et qu’il faut mélanger aux biodéchets.

 

Laurence Thiébaut remue le broyat énergiquement, qu’elle reverse dans le bac à biodéchets. “On est ravis, les gens jouent le jeu, sourit-elle. Tellement d’ailleurs, que nous avons un bac qui est presque déjà plein au bout d’un mois, alors que nous avions tablé sur huit mois pour le remplir.”

Formation du personnel des espaces verts

Pour que tout se passe au mieux et éviter les craintes, les jardiniers de la ville ont été formés pendant 8 jours par l’Ecole du compost. Au programme, comprendre comment ça marche, les bons gestes à adopter pour contrôler et rééquilibrer le compost.

Si c’est bien fait, il n’y a aucun souci. L’idée, c’est que les administrés mettent à terme la main à la pâte, poursuit Laurence Thiébaut. S’ils voient que c’est trop sec quand ils déposent leurs déchets, ils peuvent rajouter de l’eau… ou du carton si c’est trop humide.” 

Les employés des espaces verts formés n’auront alors plus qu’à contrôler.

Encadrement de la population 

Si faire du compost n’est pas compliqué, il nécessite un certain équilibre. 

 

En fonction des déchets, il sera trop humide, ou pas assez, poursuit la chargée de mission. Or, il faut qu’il soit “équilibré” pour que la micro-faune permettant sa transformation soit préservée.

Empêcher les odeurs, également, si le compost n’est pas bien fait. “C’est un sacré pari, car les riverains ont des inquiétudes à ce sujet. De plus, s’agissant d’une expérimentation, nous souhaitons que tout se passe au mieux afin que les gens puissent adhérer et s’emparer de la démarche.

A l’annonce de la mise en place du service de compostage sur la page facebook de la ville, la population semblait en effet partagée entre enthousiasme et réticence. “L’odeur, ça va être sympa cet été avec 40 degrés”, commente un Vençois. “Ça sent très bon l’humus”, rassure une autre.

Laurence Thiébaut, chargée de mission environnement de la ville de Vence plaide depuis longtemps pour la mise en place d'un service de compostage collectif. Flora Zanichelli.

Le tri des biodéchets toujours plus légiféré 

La loi va de plus en plus prendre en compte le tri des biodéchets, ça va dans notre sens”, affirme Laurence Thiébaut. 

En France, à compter du 1er janvier 2023, en effet, les producteurs de plus de 5 tonnes par an de biodéchets devront les trier à la source selon la loi de lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire. 

Et une directive européenne prévoit l’obligation pour les Etats-membres de mettre en place une gestion séparée des biodéchets au plus tard à décembre 2023. Une obligation déjà contenue, en France, dans la loi sur la transition énergétique de 2015 prévoyant une gestion séparée des biodéchets pour les privés à l’horizon 2025.

On anticipe, sourit Laurence Thiébaut. Ce qui fait plaisir, c’est de voir qu’il y a de la demande, en témoignent certains bacs déjà presque pleins. Cette demande est moteur de changement au niveau des autorités locales.”

 

Une pratique qui essaime ailleurs dans nos territoires

Si Vence est la seule collectivité de la région Sud à expérimenter un service public de compostage, elle n’est pas la seule à s’intéresser aux biodéchets. 

Le pays de Grasse, par exemple, a mis en place une collecte des biodéchets sur trois communes depuis mai 2018. Objectif : valoriser les déchets biodégradables en compost bio.

Depuis 2012, la métropole Nice Côte d’Azur, par exemple, offre aux habitants des copropriétés la possibilité d’obtenir un composteur. Elle leur propose également un accompagnement aux bonnes pratiques du compostage. Les composteurs sont fournis par la Métropole et un suivi par un maître composteur assuré. 

En 2020, 260 sites de compostage collectifs et pédagogiques étaient installés sur la Métropole, rappelle la Métropole. Concernant la distribution de composteurs individuels, la Métropole Nice Côte d’Azur a mis à disposition près de 13 500 composteurs depuis 2012.”

Un service que les autres villes devront mettre en place, d’ici à 2 ans au regard de la loi. Laurence Thiébaut grimace : “Ça va arriver bien plus vite que l’on ne pense…

Dans les bacs, les habitants seront invités à mélanger les biodéchets et le broyat, nécessaire à la formation du compost. Flora Zanichelli.

Vision globale de la ville

Cette démarche de compostage collectif s’inscrit dans une vision globale de la ville”, explique Laurence Thiébaut. A terme, en effet, le compost récupéré est destiné à alimenter les sols de la ville et des surfaces que la mairie souhaite mettre à disposition pour l’agriculture.

 

Nous sommes en cours de négociation pour récupérer des terrains dits “à risque” donc impropres à la construction, explique Laurence Thiébaut. Sur ces terrains, l’idée est d’installer des agriculteurs et de produire de quoi fournir en produits bios, dans un premier temps, les cantines scolaires.”

La ville a ainsi récemment racheté un terrain de 5000 m2 à l’ouest de Vence. Ce terrain, où devaient être construits des logements sociaux à l’origine, accueillera de nouvelles parcelles agricoles bio.

Une politique rendue possible grâce, notamment, au Plan local d’urbanisme (PLU) qui permet aux communes de préempter des terrains et de les destiner à l’agriculture.

L’intérêt du compost, c’est que ça enrichit la terre”, poursuit Laurence Thiébaut. Le broyat, nécessaire à la formation du compost, sera directement issu des entreprises de jardinage locales.

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