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Venturi envoie un véhicule d'exploration polaire électrique en Antarctique: une première mondiale

Après 12 années de recherche et développement, de tests à Auron et au Canada, l’engin d’exploration polaire mis au point par la société monégasque est arrivé en Antarctique. Il a été mis à disposition des scientifiques de la station scientifique belge Princess Elisabeth. Une première mondiale.

Thibaut Parat Publié le 22/12/2021 à 12:24, mis à jour le 23/12/2021 à 10:50
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Le véhicule Antarctica de Venturi peut transporter du matériel et jusqu’à six personnes dans sa cabine. Son autonomie est de 50 à 200 km et il peut évoluer sous des températures pouvant aller jusqu'à -50°C. Photo Sarah Del Ben / Venturi

Au pied des montagnes de l’Antarctique, sa robuste silhouette orange se distingue nettement dans l’immensité blanche. Seuls le crissement de ses chenilles sur la neige et le sifflement de ses batteries électriques se font entendre.

Le véhicule tranche au milieu de ses homologues thermiques qui évoluent depuis des années autour de la station scientifique belge Princess Elisabeth.

Et pour cause: Antarctica, pensé et érigé par les équipes de la société monégasque Venturi, est le premier engin électrique d’exploration polaire au monde.

 

Une Autonomie
de 50 à 200 kilomètres

Acheminé par bateau jusqu’à Cape Town en Afrique-du-Sud, puis par avion jusqu’à l’hostile Continent blanc, Antarctica a enclenché son compteur kilométrique le 9 décembre. Depuis, sous la houlette technique du staff de Venturi, il est désormais aux mains de la cinquantaine de scientifiques et membres de la base scientifique Princess Élisabeth. Et ce, pour une durée de trois années.

Lors de sa première semaine d’exploitation, il a servi à bon nombre de missions scientifiques, sans émettre le moindre gaz à effet de serre. Comme la maintenance de stations mesurant des données précieuses dans la lutte contre le réchauffement climatique, ou encore la simulation d’une opération de secours (lire le détail ci-dessous).

"C’est encore lors de tous ces déplacements qu’ont pu être réalisées des mesures de température de la surface de la neige pour la validation de mesures satellitaires", fait savoir Venturi.

Avec ses banquettes longitudinales rabattables, l’engin peut embarquer jusqu’à 6 personnes, et même une seconde batterie pour prolonger l’autonomie initiale de 50 à… 200 kilomètres. Le tout sous des températures extrêmes pouvant friser les -50°C.

Une idée du
prince Albert II

 

" En 2009, aucune technologie ne permettait d’évoluer sur terrain accidenté à ces températures ", précise Gildo Pastor, président du groupe Venturi. C’est cette année-là que, de retour d’un périple en Antarctique, le prince Albert II relatait un constat : aucune des vingt-deux bases d’exploration qu’il avait visitées n’était dotée d’un véhicule décarboné.

Il chargeait alors Gildo Pastor d’étudier la faisabilité d’un tel projet.

Et comme le terme « impossible » ne semble pas faire partie du vocabulaire du richissime homme d’affaires monégasque, le véhicule naissait sous le coup de crayon affûté du designer Sacha Lakic, puis dans les ateliers de Venturi.

Après deux premières versions, et de nombreux tests s’approchant de la réalité, à Auron puis au cœur de la province canadienne de Colombie-Britannique, c’est la troisième mouture de cette folle idée qui aura foulé cette zone polaire.

Une vision pionnière récompensée douze années plus tard.

Alain Hubert : " C'est une première mondiale "

Nichée au pied des montagnes, à 200 kilomètres des côtes, Princess Elisabeth est la première et seule station « zéro émission » en Antarctique. Chaque été – une saison où il ne fait jamais nuit là-bas – elle accueille des dizaines de scientifique qui œuvrent pour la recherche contre le réchauffement climatique.
Joint par téléphone, Alain Hubert, président fondateur de l’International Polar Foundation, et chef des opérations de la base scientifique, a réagi à l’arrivée salutaire du véhicule Antarctica.

Quelles sont les missions de cette base scientifique ?
Les scientifiques arrivent par petits groupes et opèrent soit au cœur de la station, soit jusqu’à 60 kilomètres de celle-ci. Ils mènent parfois des expéditions plus lointaines. Les recherches se concentrent beaucoup sur ce que l’on nomme le bilan des masses, c’est-à-dire est-ce que la glace continentale diminue rapidement ou pas, et dans quelle quantité. Cela a un effet direct sur l’augmentation du niveau des océans.De nombreux domaines de recherche y sont étudiés comme la glaciologie et la chimie de l’atmosphère.
Comme l’Antarctique est un endroit vierge, une source froide du climat, on peut obtenir des informations de base sur les questions environnementales qui se posent de plus en plus. Pour implémenter les modèles mathématiques, il faut des observations de terrain.

Votre sentiment à l’arrivée du véhicule électrique Antarctica ?
C’est une première mondiale ! C’est une nouvelle ère qui s’ouvre, un immense pas en avant et un message positif. Ce prototype de Venturi s’inscrit dans une philosophie qui nous a conduits, il y a quinze ans, à construire cette station « zéro émission », la seule existante à ce jour.
Nos équipements et activités fonctionnent grâce aux énergies solaire et éolienne, que l’on stocke dans des batteries. Toutefois, quand on parle de décarbonisation enAntarctique, il faut reconnaître qu’on est loin du compte.
Sans véhicules thermiques, sans tracteurs, on ne sait rien faire. Le fuel arrive par bateau. La recherche est coûteuse en Antarctique.

Pourtant, l’Antarctique est l’épicentre de la lutte contre le réchauffement climatique…
On est dans un milieu hostile, très froid. Deux problèmes se posent avant d’utiliser des véhicules électriques : l’autonomie des batteries et le chauffage de celles-ci. Beaucoup de stations polaires ne se préoccupent pas de ce genre de questions environnementales et ne pensent pas à une meilleure efficacité énergétique.
Gildo Pastor est un pionnier. Il a ouvert une voie. Je suis convaincu qu’à l’avenir ce type de véhicules atteindra des centaines de kilomètres d’autonomie. Il faut arriver à changer les pratiques en Antarctique.

Depuis son arrivée, à quelles missions scientifiques a participé l’engin ?
Avec Antarctica, nous avons relevé les mesures de plusieurs stations météorologiques automatiques ainsi qu’un observatoire atmosphérique sur le plateau antarctique à 2 300 mètres d’altitude, lequel s’intéresse aux particules d’air.
Avec sa cabine chauffée, il permet aux scientifiques de travailler sur les ordinateurs, à l’abri du vent, ce qui est plus compliqué avec une motoneige.
Comme ce véhicule est mobile, on l’a aussi utilisé pour deux jours de formation à l’arrivée des scientifiques. On a simulé une opération de secours d’une personne blessée depuis le fond d’une crevasse. Ce prototype a une autonomie de 60 kilomètres environ, selon l’épaisseur de la neige. C’est un bon début pour nous. Il n’est pas tombé en panne.

Alain Hubert est président fondateur de l’International Polar Foundation et chef des opérations de la base scientifique Princess Elisabeth. DR.

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