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Une navigatrice à la rencontre des collégiens de Bellevue

Mis à jour le 23/03/2019 à 10:21 Publié le 23/03/2019 à 10:20
« Avant, on sentait la bonne odeur des terres, des arbres. Maintenant, c’est l’odeur de la pollution. »

« Avant, on sentait la bonne odeur des terres, des arbres. Maintenant, c’est l’odeur de la pollution. » Thibaut Parat

Une navigatrice à la rencontre des collégiens de Bellevue

Ce mardi, Alexia Barrier, originaire de Biot, a rendu visite à une classe de sixième qui travaille sur la biodiversité. Elle a répondu avec bonne humeur à bon nombre d’interrogations sur son métier

Un bandage à la main droite. Un arrachement ligamentaire, séquelle de sa dernière route du Rhum en 2018. Le teint hâlé, la crinière virant au blond, Alexia Barrier arpente les couloirs du collège Bellevue. Une porte de classe s’entrouvre. Sa chienne Nika, un labrador de 1 an et demi passe en première.

Puis, la navigatrice biotoise aux 39 printemps lui emboîte le pas. Applaudissements timides des élèves. Pourtant les 6e4 (1) attendent depuis longtemps cette femme de la mer, la première à tenter un tour du monde en solitaire au profit de la science (lire ci-contre).

Au milieu d’une bibliothèque bien garnie, des panneaux, truffés de dessins sur le monde marin, retracent son parcours.

De ses premiers pas, à trois ans, sur un bateau avec ses parents. Jusqu’au dessein professionnel et son but ultime de prendre part au Vendée Globe en 2020. Sans oublier ses moult exploits dans les eaux capricieuses du large, de sa combativité et persévérance sans faille dans un milieu masculin et à gros budget. S’en est suivie une série de questions-réponses. Avec quelques anecdotes croustillantes.

« Pourquoi être navigatrice ? »

« J’ai toujours aimé l’aventure. Depuis toute petite, je préfère être dehors qu’à la maison. J’adore le sport. Mes parents m’ont mis sur un voilier en mer à trois ans. Après, j’ai fait d’autres sports de haut niveau. Quand j’ai terminé mes études, j’ai trouvé mon premier sponsor pour partir en solitaire jusqu’au Brésil sur un bateau de 6,5 mètres. J’ai découvert que j’avais un talent pour ça. »

« Peut-on vivre de ce métier ? »

« Oui, on peut. Mais on ne gagne pas un salaire important comme au football (rires). Le plus important dans ce métier, c’est de réaliser des challenges, d’emmener des jeunes avec moi dans l’aventure et de participer à la préservation des océans avec des scientifiques. Cela me rapporte plus que de gagner beaucoup d’argent. »

« Combien de temps dormez-vous sur un bateau ? »

« Je dors en moyenne 4 h par 24h par tranche de microsiestes de 8 à 40 minutes. Quand tu es en course, tu dois sans cesse régler le bateau. Pour éviter les collisions, tu ne dois pas dormir trop longtemps. Il faut dormir une heure complète par jour pour que le cerveau puisse récupérer intellectuellement et ne pas avoir d’hallucination. Les premières courses, je me mettais dans le rouge et je voyais devant moi en plein milieu de l’Atlantique un rocher avec une bouche qui me parle. Là, c’est le signal qu’il faut dormir (rires). Je dors par terre, pas trop loin de l’ordinateur et de la sortie pour pouvoir manœuvrer si besoin. »

« Vous avez des alarmes ? »

« On a un système qui nous indique les bateaux à 40 kilomètres autour de nous : leur taille, leur vitesse, leur type. Cela nous indique sur l’ordinateur si on va se rentrer dedans ou pas. Je leur demande de se dérouter si c’est le cas. »

« Votre chien navigue avec vous ? »

« Elle est mieux dans un jardin que sur mon bateau. Ce sont mes parents qui la gardent lors des courses. »

« Avez-vous déjà secouru quelqu’un en course ? »

« Sur la solitaire du Figaro en 2016, on a eu une alerte sur une concurrente qui ne répondait plus à la radio. On était trois à se dérouter pour l’aider. En réalité, elle bricolait. La solidarité des marins, ce n’est pas une légende. La première personne qui peut vous porter secours en mer est votre concurrent. On court pour un classement mais si ça tourne mal, on est toujours là les uns pour les autres. »

« Êtes-vous déjà tombée du bateau ? »

« Une fois. On était à Antibes et on naviguait en équipage. Mon coach était en Zodiac à deux mètres à côté de moi quand je suis tombée au fond de l’eau. Une voile est tombée à l’eau et s’est enroulée autour de ma jambe. J’ai eu de la chance. Après ça, on fait plus attention. »

« Le plus mauvais moment sur votre bateau ? »

« C’était en 2010 lors de ma tentative de tour du monde en solitaire. De Rio à New York, je traverse 20km² de plateformes pétrolières de nuit. Comme dans les films d’horreur avec des crachats de feu, cette odeur de pétrole et tout ce trafic de bateaux. Il y avait un temps horrible et je devais manœuvrer au milieu de tout ça. »

« Quand vous naviguez en mer, vous voyez la pollution ? »

« On voit les macro-déchets, oui. Sur la route du Rhum, je n’en ai pas trop vu. Pour les micro-déchets/plastiques, on va essayer d’analyser l’eau avec mon bateau. Ce n’est, certes, pas visible à l’œil nu mais ça ne veut pas dire que ça n’existe pas. Sinon, dès qu’on approche des côtes, on voit que l’eau est plus polluée. Avant, on sentait la bonne odeur des terres, des arbres. Maintenant, c’est l’odeur de la pollution. Cela a radicalement changé en une décennie. »


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