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Trente ans après, le grand brouillard autour de l'accident de Tchernobyl

Mis à jour le 26/04/2016 à 05:17 Publié le 26/04/2016 à 05:17
Le dernier exervice dans le cadre du Plan Particulier d'intervention a eu lieu en 2013. Le prochain est prévu d'ici la fin de l'année.

Le dernier exervice dans le cadre du Plan Particulier d'intervention a eu lieu en 2013. Le prochain est prévu d'ici la fin de l'année. Photo Luc Boutria

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Trente ans après, le grand brouillard autour de l'accident de Tchernobyl

La désinformation autour de l'accident dans la centrale ukrainienne en 1986 a marqué les esprits. L'atome soigne, chauffe, protège, éclaire, crée des emplois. Mais la population est-elle mieux informée sur les risques ?

Le 26 avril 1986, le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl en Ukraine s'emballe. Les Soviétiques n'en soufflent mot. Mais au fur et à mesure que le nuage radioactif franchit les frontières, les alarmes se déclenchent dans les centrales des autres pays. D'abord en Suède le 28 avril. La fuite ne vient pas d'une de ses installations, affirment les autorités. L'étau se resserre. Les soupçons pointent l'URSS.

L'alarme du Centre de recherche de Cadarache sonne dans la nuit du 30 avril au 1 er mai. « Silence et angoisse », titre Nice-Matin.

Le silence de la France

La politique internationale s'en mêle. Le journal raille le régime communiste : « Les vents n'ont pas obéi aux ordres du Kremlin... ». Mikhaïl Gorbatchev, à la tête du PC qui dirige le pays, ne reconnaîtra l'ampleur de la catastrophe qu'une vingtaine de jours plus tard. Lui-même n'a pas été immédiatement informé de l'accident, ce qui va lui donner prétexte à accélérer la politique de la « glasnost », la transparence.

De son côté, l'État français est fouetté par la vindicte de scientifiques et de personnalités. Ils dénoncent son manque de réactivité, l'absence d'informations et de mesures pour protéger la population. Alors que certains pays, comme l'Allemagne, interdisent par précaution la consommation de lait, de salades, de miel, et autres, jugés contaminés, la vie continue comme si de rien n'était.

Face au mutisme de l'État - qui mise sur le nucléaire et mène des essais à Mururoa - la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité, la CRIIRAD, est créée dès le mois de mai 1986, par des civils et des experts de l'atome. Elle affirme - après avoir fait des relevés jusque dans le Haut-Var et le Mercantour - que Tchernobyl fait courir un risque sanitaire important. Le thym, les champignons, les sangliers, les poissons sont contaminés, prévient-elle.

Tchernobyl est le plus grave accident nucléaire du XXè siècle. Il est classé 7 - donc le maximum - sur l'échelle de gravité, comme celui du Fukushima le sera en mars 2011. Il a créé des villes fantômes comme Pripiat, que les touristes viennent visiter pour voir le réacteur mais aussi ce Pompéi du communisme. Ce n'est qu'en 2006 qu'a été créée l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Selon Laurent Deproit, chef de la division de Marseille, couvrant entre autres la région Paca et la Corse, « on continue d'être touché par Tchernobyl. Sa radioactivité en France sera encore visible pendant plusieurs dizaines de milliers d'années, mais à des doses raisonnables.»

Rappels à l'ordre en Paca

La glasnost sur le nucléaire s'est-elle faite en France depuis cet accident ? « On ne veut pas affoler la population », est la rengaine des uns et des autres. Elle jette le voile de la désinformation, malgré les efforts entrepris. La complexité du sujet n'arrange rien, même si les bénévoles des commissions locales d'information, obligatoires autour des installations nucléaires de base tels les réacteurs nucléaires d'EDF ou ceux moins puissants de Cadarache, font un énorme travail.

L'ASN ne rigole pas avec le sujet. On l'appelle le gendarme du nucléaire.

Elle doit protéger les travailleurs, les patients, le public et l'environnement.

Elle doit également veiller à l'information des citoyens. C'est pourquoi, ses injonctions sont consultables sur son site (www.asn.fr/).

L'université de Nice Sophia-Antipolis, le centre de recherche du Commissariat à l'énergie atomique de Cadarache - situé dans les Bouches-du-Rhône, mais si proche du Var que les habitants de Rians, Ginasservis et Vinon-sur-Verdon sont concernés -, ou encore l'hôpital de la Timone à Marseille ont reçu ses courriers, avec obligation de se justifier et de supprimer les dysfonctionnements.

Les installations de la marine nationale à Toulon, échappent à son contrôle. Une ASN Défense existe mais elle est bien moins accessible. On la cherche comme une aiguille dans une botte de foin.

Et quand on l'a trouvée son directeur, Bernard Dupraz, distille quelques trop rares informations avec une prudence extrême, secret défense oblige. Pourtant, la base navale de Toulon, est le port d'attache du porte-avions Charles-de-Gaulle et de six sous-marins nucléaires d'attaque. Et comme le risque zéro n'existe pas, la population locale et celle des communes d'Ollioules, Saint-Mandrier et la Seyne, devraient être suffisamment formées pour acquérir des réflexes au cas où ! Mais c'est loin d'être le cas...

Base navale de Toulon : accident aux ordres

La présence du Charles-de-Gaulle et de six sous-marins nucléaires d’attaque impose un Plan Particulier d’Intervention (PPI) sur Toulon, La Seyne et Saint-Mandrier.
La présence du Charles-de-Gaulle et de six sous-marins nucléaires d’attaque impose un Plan Particulier d’Intervention (PPI) sur Toulon, La Seyne et Saint-Mandrier. Photo D.L.

PPI. Trois lettres qui ne parlent pas à grand monde dans la rade de Toulon. Elles signifient Plan Particulier d'Intervention. Il est imposé par la présence du Charles-de-Gaulle et des six sous-marins à propulsion nucléaire. Il « détermine la conduite à tenir en cas d'incident ou d'accident nucléaire à cinétique lente survenant à l'intérieur du port militaire, mais dont les conséquences menacent les populations civiles riveraines (rejets de gaz radioactifs dans l'atmosphère pouvant entraîner des dépôts au sol », peut-on lire sur Internet.

Parmi ces populations, il y a celles situées dans le périmètre d'urgence (500 mètres) et celles dans le périmètre de mise à l'abri et à l'écoute (2 000 m). Les Toulonnais, les Ollioulais, les Seynois et les habitants de Saint-Mandrier ont intérêt à le lire, voire à l'apprendre par cœur, s'ils veulent se protéger et ne pas semer la pagaille dans les rues en entendant la sirène. Pas n'importe quelle sirène : « Trois sonneries montantes et descendantes, de chacune une minute et quarante secondes. » À écouter via le lien : http://www.var.gouv.fr/les-sirenes-d-alerte-du-ppi

Et surtout, il ne faut pas se précipiter sur les comprimés d'iode. De toute façon, tout le monde n'en a pas à disposition (lire ci-contre). Quiconque lit ce PPI s'interroge à coup sûr sur un point : « La cinétique lente ». Le site de la préfecture en donne cette définition : « Les phénomènes à cinétique lente laissent suffisamment de temps pour que les dispositions prises dans le cadre des plans de secours assurent la mise à l'abri de la population. Pour le cas du port militaire de Toulon, le PPI serait mis en œuvre au moins 6 heures avant un éventuel rejet qui interviendrait vingt à trente heures après un dysfonctionnement ».

Autrement dit, cela donnerait suffisamment de temps au préfet d'évaluer la situation, de décider d'une évacuation du Palais des Sports et des écoles dans ou à proximité du périmètre d'urgence, de distribuer des comprimés d'iode aux habitants, etc.

Tous les accidents peuvent-ils coller à ce scénario ? La commission d'information Défense, qui réunit des élus, des associations, des représentants des écoles et des corps constitués, etc. a des doutes. « Pas du côté de la Marine, insiste André Pellen, un de ses membres, mais plutôt sur le Plan Particulier d'Intervention. Personne ne l'a en tête. On fait des exercices tous les trois ans. Il y en aura un avant la fin de l'année. Le problème, c'est qu'on ne s'agite qu'à ce moment-là. C'est juste de la communication devant les caméras. Pour familiariser la population, il faut faire de petits exercices plus régulièrement : enseigner le confinement dans les écoles, la reconnaissance de la sirène. La première chose à faire, c'est se mettre à l'abri. Apprenons aux gens à avoir ce réflexe. »

La CRIIRAD dénonce

Roland Desbordes dénonce aujourd’hui encore «les mensonges de l’État français ».
Roland Desbordes dénonce aujourd’hui encore «les mensonges de l’État français ». Photo DR

La CRIIRAD, Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité, a été créée au lendemain de l'accident de Tchernobyl. Roland Desbordes son président continue de dénoncer « les mensonges de l'État français face aux risques encourus par la population, car il connaissait les niveaux de contamination des sols, des aliments, etc. Il les a volontairement cachés. À partir du 1er mai 1986, on a su qu'il y avait une forte contamination dans le Sud-Est, grâce aux Italiens. Ils ont révélé leurs mesures, qui indiquaient un fort taux de radioactivité. Il y a eu un risque sanitaire important, une exposition au-delà des limites considérées par les autorités sanitaires comme acceptables. D'ailleurs, les pays voisins ont interdit et retiré les produits contaminés au-delà des limites définies par l'Europe. Et ils ont indemnisé les producteurs. »

La CRIIRAD emploie aujourd'hui quatorze salariés. Ils font des prélèvements sur le terrain, les analysent et rédigent des rapports. Ils étudient également les échantillons qui leur sont adressés.

Le Mercantour divise

L’IRSN estime que les taches de radioactivité dans le Mercantour ne sont pas plus grandes qu’une feuille de papier A4. La CRIIRAD n’est pas d’accord.
L’IRSN estime que les taches de radioactivité dans le Mercantour ne sont pas plus grandes qu’une feuille de papier A4. La CRIIRAD n’est pas d’accord. Photo F.B.

Les mesures de radioactivité sont encore sensibles dans le Mercantour, à partir de 2 000 mètres d'altitude et « sur des petites taches pas plus grandes qu'une feuille de papier A4 », indique un rapport de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN). D'où certaines frayeurs du public et une mauvaise publicité pour ces montagnes touristiques des Alpes-Maritimes, lorsqu'en août dernier, la CRIIRAD (lire par ailleurs) a rendu publiques ses dernières mesures.

En effet, Roland Desbordes, ne partage pas les conclusions optimistes de l'IRSN et persiste : « Les taches de contamination n'ont rien à voir avec un format A4. Ce sont des dizaines de mètres carrés. Il y a un risque sérieux en cas de bivouac pour une ou deux nuits. On a mesuré la radioactivité, surtout du côté des Alpes-de-Haute-Provence, au niveau du col de la Bonette-Restefond, vers la vallée de l'Ubaye. Ce sont des zones qui ne sont pas habitées, mais qui sont très fréquentées : bordure de route ou sentiers de grande randonnée. On en trouve aussi à la sortie d'Isola 2000 par exemple. Dans le Mercantour, les sangliers et les champignons peuvent encore être contaminés. »

Jérôme Joly, directeur général adjoint de l'IRSN nuance : « Il faudrait en manger en quantité et tous les jours ou faire un bivouac longtemps et sur une tache au moins aussi grosse que le corps humain, pour qu'il y ait un risque. Or, ces points de contamination n'atteignent pas cette taille. L'exposition correspond à un vol Paris-Tokyo. Elle est trop faible pour avoir un effet mesurable sur la santé. Une balade dans le Mercantour ne peut faire que du bien, insiste-t-il, à moins d'être un inquiet des becquerels. » Et dans ce cas, « il faut aussi avoir peur des retombées des essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère entre 1945 et 1980, par les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et la Chine. Leurs retombées sont encore mesurables sur toute la planète. »

La leçon de Fukushima

« Les chaufferies du Charles-de-Gaulle, sont environ trente fois plus petites que les centrales nucléaires civiles (EDF). Et celles des sous-marins presque cent fois », indique Bernard Dupraz, de l’Autorité de Sûreté nucléaire de Défense (ASND).

« Après Fukushima, la Marine nationale, à la demande de l’ASND, a révisé la sûreté de toutes les installations. À Toulon, il a été décidé un renforcement des mesures de protection contre les risques de séismes et de tsunami. Un séisme en Afrique du Nord pourrait provoquer un tsunami qui traverserait la Méditerranée et viendrait chahuter la rade de Toulon. La zone des sous-marins est suffisamment protégée d’une grande vague par un quai assez haut. Par contre, la Marine a décidé de construire un mur côté terre, au cas où un séisme endommagerait la retenue de Dardennes, au-dessus de la ville. »

À partir de l’an prochain, le Charles-de-Gaulle devra subir un check-up. C’est l’ASND qui donnera son autorisation si elle juge que le dossier soumis par la Marine nationale, trois mois avant, lui semble recevable. Entre 2017 et 2018, ses deux chaufferies nucléaires, les soudures, la tuyauterie, etc. seront vérifiées.
Elle contrôlera également le bon déroulement des opérations. Ses éventuelles remarques resteront secrètes, contrairement à sa sœur l’ASN, qui, elle,
publie tout sur son site.

Comprimés d’iode : c’est le bon moment

Pourquoi prendre un comprimé d’iode?  Il s’agit d’iode stable, donc sans danger pour la santé. Il va saturer la thyroïde et empêcher l’iode radioactif de s’y fixer. À condition cependant d’être avalé avant le passage du nuage.

« La protection est quasi-totale si la prise a lieu dans les six heures qui précèdent l’exposition », indique le PPI. A Toulon, dans le périmètre d’urgence de 500 m, il est fourni préventivement aux habitants et dans les établissements recevant du public.

Une nouvelle distribution devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année.

La Marine nationale a son stock à l’intérieur de la base. 5.000 petits comprimés blancs sont au Palais des Sports. À la maison, c’est mieux de ne pas oublier la boîte au fond de la pharmacie.

Au-delà des 500 m, ils seront distribués en fonction de la gravité de la situation. Dans tous les cas, ils ne doivent être pris que lorsque le préfet de Toulon l’ordonne, au risque sinon de les ingérer trop tôt ou trop tard pour qu’ils soient efficaces, dit le PPI.

Aujourd’hui en France

58 centrales nucléaires sont déployées sur le territoire français et produisent 75 % de l’énergie. Le réacteur de quatrième génération, Astrid, que développe le CEA à Cadarache « est une commande de Jacques Chirac, indique Guy Brunel, chargé de communication. Il faut 50 à 60 ans pour concevoir un tel réacteur. On pourrait donc le mettre en service aux environs de 2060. Je dis bien pourrait, car après, c’est une décision politique. En décembre dernier, l’État nous a confirmé la poursuite de la conception de ce réacteur. »

Pourtant Ségolène Royal, ministre de l’Environnement et de la Mer, prévoit le passage de 75 % à 50 % de l’offre énergétique nucléaire en France d’ici 2025, dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie, reportée à 2019. La relève est assurée.

Le Billet de Régine Meunier : "La Marine gère son image"

« Madame, la Marine nationale gère son image auprèsdes Français, comme n’importe quelle grande entreprise. Des Français que l’on protège. Nous ne voulons pas d’amalgame avec les experts ukrainiens de Tchernobyl. Nous utilisons des systèmes très différents. Vous n’aurez pas de rendez-vous avec la Marine nationale d’ici le 26 avril.Je viens de parler à la Préfecture du Var. Elle ne vous recevra pas non plus. Je vous le garantis. »

C’est en ces termes, au téléphone, le 6 avril, que le porte-parole de la préfecture maritime en Méditerranée a refusé à Var-matin/Nice-Matin toute possibilité de parler transparence sur le nucléaire militaire à Toulon.

Dans une longue lettre à la rédaction, qui a suivi quelques jours plus tard, affirmant son souci de transparence, il propose un rendez-vous mais dans la première quinzaine de mai. Quant à la préfecture Var – donc côté civil avec le PPI – elle a d’abord envisagé de nous recevoir le 19 avril, les agendas des uns et des autres « ne coïncidant que sur cette date ».

Mais quelques minutes plus tard, contre-ordre : ce sera le 28 avril, soit deux jours après la date anniversaire de Tchernobyl. Rien ne garantit à ce jour, qu’une fois cette date passée, les deux préfectures tiendront leurs engagements. « Pas d’amalgame », a dit la Marine nationale. Il en est un qui s’impose : le silence.

Celui de l’État français il y a trente ans et celui qui perdure aujourd’hui.

Informer sans effrayer est une chose. Ne rien dire et ne pas rassurer en est une autre.

Le radon, dangereux pour les poumons

Les communes du bord de mer présentent un risque possible d’exposition à ce gaz naturel.
Les communes du bord de mer présentent un risque possible d’exposition à ce gaz naturel. Infographie IRSN

La radioactivité existe à l'état naturel. Des particules venant de l'espace, traversent l'atmosphère terrestre pour nous bombarder en permanence. Elles naissent par exemple du soleil, d'étoiles à forte activité ou encore des supernovas lorsqu'elles explosent.

Plus on monte en altitude, plus on reçoit ces rayonnements cosmiques. Le massif du Mercantour est donc plus exposé que la côte niçoise. Comme le sont les personnels navigants et les voyageurs en avion.

Ces rayonnements faiblement radioactifs sont, selon Jérôme Joly, directeur général de l'IRSN, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, « faiblement cancérigènes, même si pilotes, stewards et hôtesses de l'air font l'objet d'une attention particulière. »

Depuis sa création, la Terre recèle aussi sa dose d'uranium et de radium : ces radionucléides présents dans la croûte terrestre se retrouvent dans les légumes et l'eau. Pas de panique, c'est encore sans danger.

C'est moins le cas pour le radon. Ce gaz radioactif, d'origine naturelle, s'échappe des sols et des roches, surtout lorsqu'elles sont d'origine volcanique ou granitique. Du coup, c'est l'histoire de la Terre qui fait que telle ou telle région est plus exposée qu'une autre.

AÉRER LA MAISON

« Le radon a été reconnu par l'Organisation mondiale de la Santé comme potentiellement cancérigène », explique Didier Gay, adjoint au directeur des déchets et de la géosphère à l'IRSN. Et selon des études scientifiques, c'est aux poumons qu'il peut s'attaquer. Libéré par les roches, il remonte par le sol, les caves et vides sanitaires, jusque dans les habitations, qui vont le concentrer si elles sont mal aérées.

En 2004, un arrêté a défini les départements prioritaires pour des mesures de radon, ainsi que les communes concernées par des sols géologiquement favorables à sa présence. La côte entre Toulon et Nice, le Mercantour et la Corse sont susceptibles d'être exposées (voir carte ci-dessus).

Pour savoir si ce gaz peut s'infiltrer dans votre maison, il suffit d'aller sur le site et de taper le nom de la commune.

Et s'il y a un risque, plusieurs réflexes s'imposent : « Tout d'abord faire une mesure de la concentration en radon dans les pièces à vivre à l'aide d'un dosimètre (1) », indique Didier Gay. Et si cela s'avère nécessaire améliorer, la ventilation de la maison et l'étanchéité des sols. »


 1. en vente sur Internet.

Cadarache : l’inconnu nourrit les craintes

Le réacteur Jules Horowitz, qui sera mis en service en 2021, fait partie des réacteurs qui imposentla distribution de pastilles d’iode.
Le réacteur Jules Horowitz, qui sera mis en service en 2021, fait partie des réacteurs qui imposentla distribution de pastilles d’iode. Photo DR

Cadarache, le centre de recherche du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), perdu dans la nature à Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), ressemble à un camp militaire avec ses rangées de grillage doublées de barbelés ; avec ses gardes armés qui fouillent les véhicules ; avec son impressionnant contrôle d'identité à l'entrée. Les curistes de Gréoux-les-Bains s'y distraient lors de visites autorisées et très contrôlées.

5.500 personnes travaillent chaque jour sur le site de 1 600 hectares ; plus de 2000 sont salariés du CEA. Néanmoins, les plus libres d'aller et venir sont les sangliers. Ils s'aventurent jusque devant le bâtiment où se construit en ce moment le réacteur Jules Horowitz. « Unique en Europe », explique Guy Brunel, chargé de la communication. Il permettra d'étudier le comportement des matériaux et des combustibles sous irradiation. Il va aussi produire les radioéléments nécessaires à l'imagerie médicale, tel le technétium 99, injecté lors de scintigraphies.

« Les espions sauvages » se paient aussi le culot d'aller renifler la terre jusqu'aux portes du RES, un bâtiment classé secret défense. C'est là que seront testés les combustibles et les différents équipements des futures chaufferies des sous-marins nucléaires d'attaque. Des SNA qui remplaceront, d'ici vingt ou trente ans, les Rubis, Saphir, Casabianca, Émeraude, Améthyste et Perle, basés à Toulon.

Bientôt trois réacteurs sur le site

« Actuellement, aucun réacteur n'est en activité sur Cadarache », indique Guy Brunel, mais ce ne sera plus le cas avec la mise en service du Jules Horowitz en 2021, celle du RES prévue d'ici la fin de l'année. » Sans oublier le redémarrage du réacteur expérimental Cabri, destiné à l'étude des accidents de réactivité du type de celui de Tchernobyl.

Du coup, la distribution de comprimés d'iode sera renouvelée d'ici décembre pour les populations les plus proches, dont une partie à Vinon-sur-Verdon, Ginasservis et Rians. Ces communes varoises sont situées dans le périmètre de protection autour de Cadarache.

Le centre de recherche tente de faire oublier un incident en 2009, classé 2 sur l'échelle de gravité des risques nucléaires qui va de 0 à 7. Lors du démantèlement de l'atelier de technologie du plutonium, il avait estimé à huit kilos la quantité de matière qui serait récupérée. Or, il en a finalement recueilli environ 37 kg. Mais il a omis de signaler cette différence à l'Autorité de sûreté nucléaire. Celle-ci s'est fâchée jugeant que l'exploitant n'avait pas été assez transparent. Elle a été jusqu'à suspendre les opérations de démantèlement pendant environ un mois. Cela a fini devant les tribunaux. Le CEA a été condamné. Rendue publique, l'affaire contamine encore l'image du centre, « même si tout a été expliqué » justifie Guy Brunel.

«Éviter toute dérive»

L'ASN a, depuis, relevé divers problèmes qui n'ont pas dépassé le niveau 1 sur l'échelle de gravité. Elle les signale dans ses « lettres de suite » - entre 40 et 60 par an - à la fois factuelles et intransigeantes. Ce sont des incidents sans gravité, indique Laurent Deproit, chef de la division de Marseille de l'ASN, dont les équipes contrôlent entre autres la région Paca et la Corse. « Mais nous ne pouvons tolérer le moindre problème, tant lors des inspections que dans le suivi des incidents, afin d'éviter toute dérive. »

C'est ainsi qu'elle a fait récemment des remarques sur le réacteur Phébus. Celui-ci a mené pendant une vingtaine d'années des expériences sur les accidents graves, tels ceux des réacteurs Fukushima et leurs relâchements de produits de fission. Ce programme a été arrêté en 2010. Son démantèlement est en cours. Dans une note de décembre 2015, l'ASN demande à Cadarache de « remédier au phénomène de corrosion du ferraillage du béton armé de l'enceinte de confinement ».

Enceinte qui empêche les fuites radioactives. Pas grave, affirme l'ASN et le centre de Cadarache, mais inquiétant pour un public qui peut lire ces notes et dont la connaissance du nucléaire est à peu près celle du Code de la route pour un enfant. Comment comprendre et se faire une opinion ?

Sources radioactives perdues : l’Université de Nice s’explique 

Plusieurs laboratoires de l’Université de Nice utilisent des sources faiblement radioactives. Toutefois, l’ASN estime que « des expositions répétées et injustifiées peuvent poser problème ».
Plusieurs laboratoires de l’Université de Nice utilisent des sources faiblement radioactives. Toutefois, l’ASN estime que « des expositions répétées et injustifiées peuvent poser problème ». Photo DR

Toutes les sources radioactives sont comptabilisées, même les moins puissantes, comme celles qu'utilisent certains laboratoires de l'université de Nice Sophia Antipolis : en radiochimie, pour étudier l'impact de l'activité nucléaire sur l'environnement et sur l'homme ; en géologie, pour la datation de roches ; ou en sciences de la vie, où la radioactivité est utilisée comme marqueur pour suivre in vitro le parcours des molécules marquées comme l'ADN.

En 2013, l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire a constaté qu'il en manquait six. En octobre, l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire) est revenue sur l'affaire, car trois sources avaient été retrouvées, une autre déclarée perdue, mais n'avait toujours pas de nouvelle des deux autres.

Or, la déclaration de perte est une obligation, ce que l'Université de Nice a dû se résoudre à faire. Frédérique Vidal, la présidente, s'en explique, tout en précisant que les sources utilisées ont une « activité extrêmement faible, au regard de ce que peut recevoir un patient lorsqu'il fait une radio ou un scanner ».

Selon elle, « il n'y a pas de risque d'exposition. Le niveau d'exigence s'est accru et maintenant, il est exigé une traçabilité et une maîtrise totale de toute substance radioactive, même en très faible quantité. Auparavant, des sources ont pu être éliminées par des filières agréées, mais sans qu'elles aient été sorties de l'inventaire et il nous a fallu les déclarer perdues, car nous ne les avons plus parce qu'elles ont été éliminées ».

Une réponse que Laurent Deproit nuance : « Il est vrai que ces sources étaient peu dangereuses. Mais ces situations tendent à se reproduire. Des expositions répétées et injustifiées peuvent poser problème. C'est une question de radioprotection du personnel ».

La Timone : jusqu’en décembre pour se mettre aux normes

Pas de formation suffisante des personnels à la radioprotection, que ce soit pour eux ou pour les patients : manque d'équipements de protection; des blocs opératoires non conformes aux dispositions en vigueur; absence de dosimètre pour les travailleurs qui pénètrent dans ces blocs; une partie des médecins non formée à l'utilisation des générateurs X; absence

de plan indiquant notamment les épaisseurs de plomb sur les différentes parois alors que le bâtiment est neuf, etc. Ces remarques font suite à un contrôle réalisé en octobre dernier par l'ASN et contraignent l'hôpital à se mettre en règle.

« Même si on n'est pas parfait, les patients ne sont pas en danger, explique Walid Ben Brahim, directeur de cabinet de la directrice de l'AP-HM (Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille.) Cela peut faire peur. On a fourni un plan d'action à l'ASN, acheté des tabliers en plomb et des visières plombées pour les chirurgiens, et d'ici la fin de l'année, tout le personnel aura bénéficié d'une formation continue. Quant au bâtiment, on fait un audit, on a jusqu'au 31 décembre 2016 pour se mettre aux normes. » Selon l'ASN « ces réponses ont appelé des demandes complémentaires ». Le dossier suit son cours.

« Quand on touche au nucléaire et à l'hôpital public, c'est l'opacité puissance 10. Les petites doses répétées, cela peut être dangereux pour le personnel », s'inquiète Yves Castineau, responsable CGT et membre du CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) de la Timone.

Delphine, une Niçoise malade de la thyroïde 

Delphine regrette l’absence d’études épidémiologiques.
Delphine regrette l’absence d’études épidémiologiques. Photo DR

« Tchernobyl. Le nuage sans fin ». L'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) vient de publier cette bande dessinée qui revient sur dix ans d'enquête et de combat.

Elle espérait faire condamner l'État pour « coups et blessures involontaires ». Mais tous ses recours ont été rejetés. La BD s'appuie sur des pièces du dossier d'instruction de son procès. « Il n'y a jamais eu d'étude épidémiologique, regrette Delphine, une Niçoise, âgée de 30 ans, atteinte d'un cancer de la thyroïde métastasé quand elle avait 12 ans. Il n'y a que les mesures faites par la CRIIRAD à l'époque. » Elle vit avec ses rendez-vous chez le médecin, les contrôles, sa faiblesse et le regret de ne pas avoir pu faire reconnaître que l'État avait menti pour minimiser les conséquences de la catastrophe. Le nuage plane toujours sur sa vie.

La CLI s’inquiète de la météo 

Alain Mailliat : « L’iode sera-t-elle distribuée aux bonnes personnes ? »
Alain Mailliat : « L’iode sera-t-elle distribuée aux bonnes personnes ? » Photo DR

Alain Mailliat fait partie de la Commission locale d'information (CLI) de Cadarache où siègent des élus, des représentants de la chambre de commerce, celle des métiers, mais aussi des syndicats, des associations, etc. Lui est un expert du nucléaire. Il est conscient des risques que présente cette industrie. Il ne la remet pas en cause, mais exige la transparence, qui est, selon lui, un atout supplémentaire en matière de sûreté.

S'il rejoint l'ASN sur la plupart de ses remarques concernant le site de Cadarache, il en a quelques-unes à rajouter. Il estime que les aléas de la météo, le jour d'une catastrophe éventuelle, ne sont pas assez pris en compte.

Du coup, les exercices qui ont lieu régulièrement le laissent un peu perplexe. « Comment être assuré que l'on pourra déterminer avec exactitude où et en quelles quantités se feront les dépôts radioactifs et ceci suffisamment rapidement pour apporter les comprimés d'iode aux habitants qui ne les auraient pas reçus ? », s'interroge-t-il. Est-ce que les habitants qui vont être invités à retirer leurs comprimés d'iode d'ici la fin de l'année seront bien ceux qui seront les plus exposés le jour J ?

Un point l'agace : « Beaucoup de choses sont déduites des études d'impact, basées sur des simulations par ordinateur. Au cours des enquêtes publiques, on demande à la population de donner un avis sur ces études, mais sans lui fournir leurs justifications techniques. Du coup, c'est difficile d'évaluer les risques réels. »

Iter : problème de sous-traitance 

Iter est un programme qui veut copier ce qui se passe au cœur du Soleil : la fusion des atomes d'hydrogène. Et ce afin de produire une source d'énergie inépuisable et propre qui donnera de l'électricité avant la fin du XXIe siècle. Pour cela, il faut bâtir la machine expérimentale sans doute la plus complexe au monde, à ce jour : le tokamak.

Mais les inspecteurs de l'ASN ont relevé des défaillances dans le processus de fabrication d'un réservoir de drainage au niveau du complexe tokamak. Réservoir « classé élément important pour la protection ». La note date du 21 décembre dernier. Problème de sous-traitance a justifié le directeur d'Iter. Un directeur qui veut bien que la Commission locale d'information (CLI) accompagne les inspecteurs de l'ASN à l'occasion de leurs interventions sur le site mais seulement tant que la phase opérationnelle n'a pas commencé, indique Alain Mailliat, expert du nucléaire qui en est membre.

 


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