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Tout au fond de nos

Mis à jour le 17/04/2016 à 05:07 Publié le 17/04/2016 à 05:07
La loi française n'interdit pas de faire les poubelles, lorsqu'elles sont sur la voie publique. Un déchet est considéré comme «res nullius» et n'appartient à personne.

La loi française n'interdit pas de faire les poubelles, lorsqu'elles sont sur la voie publique. Un déchet est considéré comme «res nullius» et n'appartient à personne. Franck Fernandes

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Tout au fond de nos

Des glaneurs du centre-ville aux grandes surfaces périphériques, chacun agit contre le gaspillage alimentaire dont les gros chiffres scandalisent. Une loi vient d'être votée

Ses mains plongent et replongent dans la benne. Ressortent noircies et pleines. « Lui, il ose. » Un murmure admiratif. Lui, c'est Samuel, 35 ans. Des cheveux un peu longs enroulés dans un turban, une parka orange, un accent de Toulouse et un vélo. Au moins une fois par semaine, il l'enfourche pour aller faire ses provisions. Avec lui, ils sont toujours deux. Vincent et Guillaume. Il se défend en rigolant de les avoir « initiés », eux disent le contraire. « Il sait choisir les yaourts, les presser, tâter les fruits, les légumes. » Samuel reconnaît simplement: « Je suis fils de paysan. Donc on va dire que je connais la valeur des produits. Je sais quel est le travail derrière un morceau de pain. »

« Par nécessité »

Il est 21 heures, sur le trottoir devant cette moyenne surface en centre-ville de Nice. Les employés baissent le rideau de fer sans un regard pour les trois hommes qui s'arrêtent devant les poubelles du magasin. « Si on ne passe pas avant 22 heures, c'est enlevé. »

La démarche est autant économique et philosophique. « Les dates sur les emballages, on sait que c'est n'importe quoi. Juste pour nous faire consommer », reprend Samuel. Sale ? « Les cacahuètes que tu manges au bar, elles sont plus sales que n'importe quelle poubelle », balaye-t-il encore.

Ils ouvrent les bennes. Puis les sacs à l'intérieur. Les fruits gâtés alternent avec les yaourts percés. Personne n'y touchera.

« Il faut aller jusqu'au fond, c'est là qu'on trouve des trucs. » Des légumes, des fruits, du pain du jour, des plats préparés, des produits laitiers.

« Vince, lui, il aime les sandwichs clubs, il adore ça ! » Le petit groupe se marre. Piercings et veste militaire, Vincent est le moins bavard. Moins à l'aise que ses compagnons aussi. Il a commencé à accompagner Samuel lorsqu'il est « tombé au chômage ». Les poubelles, il les fait « par nécessité ». « J'ai dit pourquoi pas, j'en ai besoin. » Le butin s'entasse sur le battant d'une autre benne. Copieux. Des raviolis au bœuf. Deux oignons, de la salade, des carottes. « Ils sont énormes ces œufs ». Dans la boîte, un seul est cassé. Deux hommes s'arrêtent à la hauteur du petit groupe. « C'est pas possible. C'était dans la poubelle ? Ces oignons, ils sont tout propres. On a le droit d'en prendre un ? » Samuel hoche la tête. Dans la rue, la nourriture appartient à tout le monde, même si elle est parfois chèrement disputée. Ils se servent. Quelques minutes plus tard, une femme et sa mère s'approchent. Intriguées. S'exclament. « Mais ils n'ont pas le droit de jeter ça ! » Elles repartiront avec quelques pommes. « Je peux ? C'est pas qu'on est dans le besoin, mais quand même… » L'homme qui les accompagne est resté à l'écart. « José, il a honte », commente la plus âgée en pouffant. Elle glissera aussi la boîte d'œufs dans son panier. « Bon allez celle-là, elle est réglée. » Le trio passe à la benne suivante lorsqu'il est rejoint par un quatrième homme. Il traine un caddie de grand-mère. Ils se sont à peine salués que le nouveau venu y dépose quelques aliments. Aussitôt rappelé à l'ordre. « Attends, d'abord, on évalue, après, on partage », rappelle Samuel. « C'est rare que les gens s'arrêtent. » D'habitude, l'indifférence est à peine polie. Quand elle ne se transforme pas en confrontation. « Une fois, je me suis fait agresser par un gars qui m'a demandé un euro en prenant un accent d'Europe de l'Est, il se foutait de ma gueule. Je lui ai jeté un yaourt ouvert dessus », raconte Samuel. Lorsqu'il a commencé à glaner, le trentenaire s'habillait en noir, pour ne pas être vu. Benne après benne, nuit après nuit, le regard des autres est devenu transparent. Sous l'éclairage blafard des réverbères, les itinéraires se croisent. Les accidents de la vie et les galères au long cours plongent dans les mêmes sacs noirs.

« On remet en place »

« Bon, nous, tu sais, on est des bourgeois ! » Samuel a un travail et un appartement, comme son pote Guillaume. Il préfère raconter Jean-Marie, 65 ans, « catholique », « très propre sur lui », qui se promène toujours avec une petite lampe de poche lorsqu'il part en tournée. « Il m'a appris pas mal de choses. Je sais aussi qu'il a un appartement. Et deux filles. » Et ceux qui dorment sur le même trottoir que les poubelles qu'ils explorent ? « On a déjà essayé de redistribuer ce qu'on trouvait à des gens qui vivent dans la rue. Ils ont refusé. » Difficile d'accepter ouvertement ce que d'autres n'ont pas voulu. Les glaneurs changent de spot. Ce qu'ils n'emportent pas est redéposé dans la poubelle. Ou dans un carton. « On remet toujours tout en place. Et on en laisse toujours.»

Direction l'avenue Jean-Médecin. Rebelote. « Encore un Croc-Tofou, ici, c'est ça qu'on trouve le plus. » Sur le trottoir, un vieil homme interpelle le groupe. « Vous faites vos courses ? » Il regarde les aliments qui s'entassent. Non, merci, il ne veut rien. Juste discuter du monde « qui ne tourne pas rond ».

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