Seriez-vous prêts à boire vos eaux usées traitées à Monaco ? Le p.-d.g. de Veolia ouvre la porte à terme

Le p.-d.g. de Veolia Antoine Frérot a visité la station d’épuration modernisée de Monaco aux côtés du prince Albert II, il évoque la perception des eaux usées par le public et les perspectives de réutilisation courante.

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Thomas Michel Publié le 03/02/2022 à 17:42, mis à jour le 03/02/2022 à 13:15
Antoine Frérot (à droite) a découvert les nouvelles installations à Monaco. Photo Michael Alesi

Vous n’êtes pas en terre inconnue à Monaco où vous avez même été administrateur de la Société monégasque des Eaux.
Absolument. La Monégasque des Eaux, qui est une filiale de Veolia, travaille pour la Principauté depuis 80 ans. Nous avons une longue collaboration de confiance et de qualité, au cours de laquelle nous avons pu expérimenter plusieurs premières mondiales en matière de gestion de l’eau à Monaco. C’est encore le cas de la station d’épuration que nous venons d’inaugurer.

En matière d’innovation, Monaco a effectivement une réputation de laboratoire, notamment en souterrain...
La station d’épuration n’est pas seulement la première du monde à être enterrée en pleine ville - c’est pour ça que les travaux d’extension ont été compliqués d’ailleurs -, c’est aussi la station d’épuration qui épure le mieux les eaux usées de toute la Méditerranée. Aujourd’hui, on abat 99 % de la pollution et la qualité du rejet de l’eau dépasse de 40% toutes les normes européennes. Ce niveau d’exigence extrêmement élevé correspond aux engagements forts des dirigeants de la Principauté en matière de protection de l’environnement 

 

"L'eau qui sort
de la station d'épuration est meilleure que n'importe
quelle eau de rivière"

Savez-vous ce que contient le pourcent restant? Pourquoi passe-t-il à travers le tamis?
Oui on sait ce que c’est (Principalement des colloïdes (macromolécules) et quelques formes de nitrates et de phosphate., ndlr). Il existe des possibilités techniques pour éliminer le 1% restant mais cela impliquerait des investissements disproportionnés. Il est important de savoir qu’à 99% de niveau de pureté, l’eau qui sort de la station d’épuration est meilleure que n’importe quelle eau de rivière. Son potentiel pour devenir une ressource en eau potable est supérieur à celui du Rhône par exemple, qui est pourtant très propre. Un jour, cette eau peut devenir une nouvelle ressource et pas seulement en rejet. Or, avec l’évolution du climat, dans certaines régions du monde l’eau va devenir trop précieuse pour n’être utilisée qu’une seule fois.

De nouvelles perspectives s’ouvrent mais pas au point de consommer cette eau...
Non, on n’en est pas là. L’objectif du gouvernement, c’est de rejeter à un coût tout à fait accessible et raisonnable la meilleure qualité d’eau possible. Mais ça ouvre des perspectives car dans certains pays du monde les usages de l’eau ont tellement augmenté qu’il n’y en a plus assez. L’agriculture, des industries, puis maintenant des villes cherchent à utiliser l’eau usée comme une ressource. C’est le cas à Singapour, à Brisbane, en Namibie... Même en France puisque j’ai inauguré, il y a quelques mois en Vendée, le premier projet français de réutilisation de l’eau usée ultra-épurée pour en faire de l’eau potable. On n’en est pas là encore à Monaco.

"On sait faire
de l'eau bien plus pure que de l'eau potable"

 

La première ressource naturelle du monde est devenue un luxe qui n’est plus accessible à tous. Quel regard porte le grand public sur ces eaux réutilisées?
Le regard évolue. Nous faisons des enquêtes régulières auprès des populations des 50 pays où nous sommes dans le monde pour mesurer la compréhension du grand public sur le cycle de l’eau, et également sa perception sur sa réutilisation. Aujourd’hui, l’immensité du public est tout à fait à l’aise avec le fait de réutiliser l’eau usée et traitée pour l’agriculture, pour l’arrosage des espaces verts, pour le nettoyage des rues, voire même le nettoyage des bâtiments industriels et lieux de stockage. Et l’idée commence à germer qu’elle pourrait être utilisée pour des usages plus nobles.

C’est-à-dire?
Techniquement, on sait faire de l’eau bien plus pure que de l’eau potable avec de l’eau usée. Par exemple, Veolia produit déjà de l’eau ultrapure à partir des eaux usées pour les usines de fabrication de puces électroniques à Singapour. Le problème n’est pas technique mais plutôt psychologique ou sociologique. Là aussi les idées progressent et la population demande à être informée. Cela implique un travail de communication et de pédagogie pour qu’elle apprivoise cette nouvelle ressource. Néanmoins, la dernière enquête menée en France a montré que 83% de la population est prête à accepter que l’eau potable puisse être produite à partir d’eaux usées.

Vous développez des outils pédagogiques en ce sens?
En effet, notamment auprès des jeunes et des enfants qui sont les plus ouverts à l’idée de boire de l’eau recyclée. Dans tous les cas, plusieurs phases de tests et de démonstration précèdent le déploiement de la REUT (réutilisation) à grande échelle.

Peut-on envisager, à terme, une boucle fermée de l’eau dans des cités-état comme Monaco?
Sur le papier, on peut l’imaginer. La réutilisation des eaux usées est de loin la meilleure solution face à la rareté de la ressource en eau, puisqu’elle permet de couvrir 95% des besoins. Elle est plus intéressante que la désalinisation de l’eau de mer - plus compliquée et plus coûteuse.

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