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Romain Renoux chasse les fonds pour sauver la mer et les océans

Mis à jour le 25/03/2019 à 11:11 Publié le 25/03/2019 à 08:42
Romain Renoux est un chasseur de fonds… financiers. Le genre de chasseur qui sauve la nature.

Romain Renoux est un chasseur de fonds… financiers. Le genre de chasseur qui sauve la nature. Photo Ludovic Mercier

Romain Renoux chasse les fonds pour sauver la mer et les océans

Lors de la "Monaco Ocean Week", qui a débuté ce lundi, Romain Renoux espère trouver des partenaires financiers pour la gestion des aires marines protégées

Sauver les mers, sur le papier, c’est bien beau. Mais dans la vraie vie, ça coûte cher, et ça demande beaucoup de ressources différentes. Toutes ces ressources, il faut les gérer. Romain Renoux est coordinateur de l’association pour le financement durable des aires marines protégées de Méditerranée. Une structure hébergée dans les locaux de la Fondation Prince Albert II, avec qui il travaille étroitement. Il nous raconte la réalité de la protection environnementale, et pourquoi les financements jouent un rôle crucial dans la sauvegarde de la nature.

En quoi consiste votre travail ?
Nous cherchons à améliorer l’efficacité des aires marines protégées en Méditerranée. Ces espaces délimités ont pour objectif de protéger des habitats et des espèces particulières. Pour cela, il faut réduire les pressions ou les usages qui pèsent sur les écosystèmes. Il faut donc mettre en place un certain nombre d’actions concrètes, comme réduire et délimiter les zones de mouillage, restaurer les habitats, assurer la surveillance. Nous veillons à cela et à ce que les préconisations de protections de ces sites soient véritablement mises en œuvre. Pour cela, suivant les pays, il y a des ONG locales, des associations locales, ou directement des organisations gouvernementales qui travaillent à cette protection. En Méditerranée, particulièrement au Sud et à l’Est, le principal enjeu est d’avoir un financement régulier pour que les équipes puissent mener à bien leur travail.

Comment y parvenez-vous ?
D’abord par la création d’un fonds environnemental qui permette d’assurer le financement durable de ces aires marines protégées. On accompagne donc des aires en Tunisie, au Maroc, en Albanie, bientôt au Monténégro… Le deuxième moyen, c’est de renforcer les capacités des gestionnaires. Cela passe par de la formation et des échanges d’expérience. Les gestionnaires, où qu’ils soient, rencontrent souvent des réalités similaires.

"90% des aires marines protégées sont des aires de papier"

Quelles sont ces réalités ?
Les aires marines protégées sont souvent très étendues, avec très peu de moyens à la mer. La première des choses que je demande sur le terrain, c’est si le gestionnaire a un bateau. Ça peut sembler stupide, mais un bateau nécessite des moyens financiers, et des gens pour piloter. Sur un autre aspect, si l’on veut s’assurer de la bonne santé des milieux marins, il faut des scientifiques qui sont capables de plonger. Or, les suivis scientifiques en mer sont assez coûteux. Installer des mouillages en mer, c’est aussi assez coûteux.

Cela doit avoir des conséquences désastreuses!
La réalité c’est que 90% des 1.000 aires marines protégées de Méditerranée ne sont que des aires de papier. On appelle ça les "paper parks". Ces aires sont désignées sur le papier, mais sur le terrain, on retrouve de la pêche illégale, du braconnage, des bateaux qui ancrent n’importe où. Tout simplement par manque de ressource pour gérer au quotidien. Sans aucun moyen de gestion durable mis en place.

Définir des zones protégées sans attribuer de moyen, cela semble un peu illusoire. Est-ce que cela ne montre pas que les aires marines protégées sont parfois un simple argument politique, sans véritable volonté d’agir ?
Je comprends votre question, mais lorsque les pays signent la convention de Barcelone, ils se sont engagés à protéger 10 % de leur eau territoriale, et à les gérer efficacement. Je pense, en revanche, que le coût a été largement sous-estimé. Il y a un fossé entre l’aspect quantitatif et l’aspect qualitatif. Mais il y a aussi des exemples de cogestion, où une autorité s’est associée à une ONG pour mettre en place des activités pour protéger ces aires marines. C’est souvent moins coûteux, plus efficace, et ça s’inscrit vraiment dans une logique de territoire.

"Dans chaque pays, on prend notre bâton de pélerin"

Donc votre job, c’est de donner vie à ces aires marines protégées?
C’est un travail énorme. Ce que l’on a fait jusqu’à présent, c’est de réunir plusieurs pays dans notre fonds environnemental : la Tunisie, Monaco, la France, le Maroc, l’Espagne et l’Albanie. En plus de cela, il y a des organisations civiles.

Comment vous y prenez-vous?
Dans chaque pays, on prend notre bâton de pèlerin pour rencontrer les autorités et voir qui a une politique nationale de mise en place d’aires marines protégées, et savoir quelle aide on peut leur apporter. On identifie avec eux quelles aires sont officiellement créées, quelles organisations sont susceptibles d’y travailler, et sur cette base-là, on va travailler avec les organisations locales pour établir le coût de la gestion de ces aires. On finance directement ensuite ces organisations locales dans la durée. Une grande partie de mon travail consiste à mobiliser des partenaires financiers publics et privés, et de m’assurer qu’on peut faire fructifier cet argent par des placements éthiques.

C’est le genre de placement idéal pour les entreprises qui polluent et qui veulent se racheter une image plus verte!
Je vois ce que vous voulez dire. L’éthique est une notion très subjective. C’est pour cela que nous avons décidé de nous doter de critères éthiques partagés, qui permettent de ne travailler qu’avec des partenaires ou des donateurs qui sont véritablement engagés dans des objectifs de développement durable et des objectifs environnementaux à long terme.

Si je pollue et que je veux m’acheter une bonne conscience en vous donnant des fonds, vous direz non?
Absolument.

Qu’attendez-vous des événements de cette semaine?
D’abord, on souhaite partager cette initiative que l’on mène en Méditerranée avec des acteurs qui interviennent dans d’autres zones, comme la Caraïbe ou le sud-Est asiatique. Un autre objectif est de donner envie à d’autres partenaires de nous rejoindre dans cette alliance que l’on veut la plus large possible avec des partenaires à la fois publics et privés, ou issus de la société civile.

Vue d’en haut, l’aire marine protégée de Djebel Moussa. Avoir au moins un bateau est nécessaire pour gérer cette zone, mais c’est coûteux. D’où la nécessité de trouver des financements durables.
Vue d’en haut, l’aire marine protégée de Djebel Moussa. Avoir au moins un bateau est nécessaire pour gérer cette zone, mais c’est coûteux. D’où la nécessité de trouver des financements durables. Photo Renaud Dupuy de la Grandrive

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