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Que risque-t-on si on ne respecte pas les restrictions d'usage de l'eau?

Qui dit restrictions, dit contrôles et sanctions. Vraiment? Nous avons demandé aux services de l'État comment ils procèdent pour s'assurer du respect des mesures prises pour faire face à la sécheresse qui sévit dans le Var et les Alpes-Maritimes. Entre prévention et sévérité mesurée.

Virginie Rabisse Publié le 18/06/2022 à 11:15, mis à jour le 17/06/2022 à 17:53
Parmi les restrictions à respecter, l’interdiction d’arroser son jardin, de laver sa terrasse à grande eau ou encore de nettoyer sa voiture. (Photo Philippe Arnassan)

Deux communes varoises en crise sécheresse (niveau rouge à Riboux et Saint-Zacharie). 60% du territoire en alerte (niveau jaune pour 94 communes, du bassin-versant du Gapeau à celui de l'Argens) depuis la mi-mai. Le reste, tout de même classé en vigilance (niveau gris) depuis le 1er avril. Cet arc-en-ciel sur la carte du Var indique que le département vit une de ses pires saisons sans eau. 

Plus à l’est, la situation des Alpes-Maritimes semble encore plus préoccupante: à l'exception d’une dizaine communes du bassin aval de la Siagne, l’ensemble du département est classé en alerte par sa préfecture. Il serait même question de déclarer le niveau crise dans les 26 communes du bassin-versant de l'Estéron, les faisant passer au rouge.

Au-delà de couleurs affichées sur des cartes, ces classifications correspondent surtout à des recommandations, puis des restrictions d’usage de l’eau. Des consignes qu’il est impératif de respecter.

(Infographie Rina Uzan).

Mais comment les autorités font-elles pour s’assurer que les citoyens, les entreprises, les collectivités jouent le jeu? Nous avons posé la question à la préfecture du Var. Elle assure que "les services de l'Etat, via la Direction départementale des territoires et de la mer avec l'Office français de la biodiversité, mènent bien évidemment des contrôles".

 

"Un peu nouveau pour les usagers"

Celle-ci s’intéresse de façon prioritaire aux grands consommateurs d’eau – collectivités, entreprises, golfs, canaux gravitaires pour les arrosages – et aux territoires les plus en souffrance "dans le cadre d’un plan coordonné entre l’ensemble des services concernés".

La préfecture varoise ne communique cependant pas sur la quantité de ces contrôles. Encore moins sur les procédures établies, préférant tabler sur la pédagogie et "les messages de prévention". "Jusqu’en 2021, il y avait eu peu de contrôle, les phénomènes de sécheresse étant jusqu'alors exceptionnels." C’est seulement l’an dernier que la situation s’est en effet nettement dégradée, avec les premières alertes renforcées (niveau orange), qui rendent les mesures "plus sévères", assure la préfecture du Var.

"L'an passé, il y a ainsi eu beaucoup de contrôles de sensibilisation, seulement quelques verbalisations." Et de justifier: "C'était un peu nouveau pour les usagers."

Cette année cependant, les choses pourraient se corser un peu. "Si besoin, on passe à la vitesse supérieure." Les services de l'État dans le Var rappellent d'ailleurs que "les contrôles peuvent être assortis de sanctions avec mise en demeure, paiement d'amende (de 1.500 jusqu’à 7.500 €), voire de fermeture d'activité".

Dans les Alpes-Maritimes, on n’en est pas là. Mais Pascal Jobert, le patron de la direction départementale des territoires et de la mer, reconnaît qu’après une période de pédagogie, "on est passé depuis un mois à de vrais contrôles, pouvant donner lieu à des sanctions".

 

Le directeur précise ainsi que parmi les vingt-cinq opérations réalisées par les inspecteurs de l’environnement, chargés de la police de l’eau sous l’égide de la préfecture des Alpes-Maritimes, cinq ont donné lieu à un rapport de manquement administratif. Douze autres ont fait état d'irrégularités – qui n’ont toutefois pas entraîné de sanction –, commises aussi bien par des entreprises privées que des collectivités.

Des communes parfois plus drastiques que l'État 

Les opérations menées par les préfectures sont, expliquent les services de l’État dans le Var et les Alpes-Maritimes, complémentaires de ce que mettent en place les communes, grâce à leurs polices municipales, gardes-champêtres et autres brigades de l'environnement. Ce sont eux qui veillent au respect des restrictions d’usage de l’eau de la part des particuliers. Les maires peuvent d'ailleurs prendre des mesures plus drastiques que celles de l'État.

C'est le cas à La Penne dans l'arrière-pays niçois, où la première magistrate, Marjorie Rosa, vient d'interdire d'arroser les jardins, de laver les voitures, de remplir les piscines, quelle que soit l'heure.

La sécheresse dans le bassin-versant de l’Estéron est telle que ses 26 communes pourraient classées au niveau de crise. (Photo Frantz Bouton).

Dans le Var, c'est dans le haut pays que Nadine Decarlis, la maire de Bargemon, a pris des arrêtés municipaux plus stricts que ce que suggère le niveau alerte auquel est classée sa commune. "Mais on n'est pas tout le temps derrière les gens", reconnaît-on en mairie au moment d'évoquer le contrôle du respect des restrictions. Autrement dit, le garde-champêtre et l’ASVP dont dispose la commune ne procèdent pas à des contrôles systématiques. Plutôt "au coup par coup". Des "coups" qui jusqu’ici tiennent plus de la prévention que de la semonce, puisque ce village du haut Var préfère, lui aussi, faire de la pédagogie plutôt de la rétorsion.

En Californie, des "water cops" pour faire respecter les restrictions

On est donc encore loin de ce qui a cours aux États-Unis. Probablement parce que la situation de la région, bien qu'inquiétante, n'a pas encore atteint la gravité de ce que connaissent certaines zones américaines. À l'instar de la Californie. 

Dans cet État, la sécheresse est telle depuis plusieurs années qu'une police de l'eau à été instaurée. Des "water cops" qui traquent les "wasters".

En Californie, les "water cops" font régner… le respect des restrictions d’eau. (Photo DR).

En français, ceux qui, en pleine sécheresse, gaspillent l'or bleu pour verdir leurs gazons, pour faire reluire leurs voitures. Un dispositif déployé une première fois en 2014 alors que le Golden State faisait face à sa pire pénurie d'eau depuis 1895, avec près de trois années sans l'ombre d'une goutte de pluie.

 

En 2022, les "water cops" sont de nouveau d'actualité, notamment dans le comté de Santa Clara, toujours en Californie, où, dès juin 2021, il avait été demandé aux usagers de l'eau de diminuer leur consommation de 15%. Des usagers qui, à en croire les chiffres, avaient en réalité accru la quantité d'eau utilisée de 30%! À ceux-là, les autorités et la compagnie locale de l'eau veulent faire comprendre qu'"il y a des conséquences à gaspiller d'importante quantité d'eau". Pas seulement sur la nature, mais aussi sur leur porte-monnaie. Après avertissement, des amendes de 500 $ peuvent en effet pleuvoir. En attendant que le ciel daigne enfin le faire.

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