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Pour Céline Cousteau, la petite fille du Commandant, "La Calypso aurait eu toute sa place à Monaco"

Lanceuse d’alerte comme son grand-père, le Commandant Cousteau, la cinéaste documentariste Céline Cousteau tient une conférence ce jeudi au Musée océanographique sur l’urgence environnementale. Monaco-Matin a rencontré cette personnalité engagée. Elle évoque le besoin d'agir très vite pour sauver notre planète, mais aussi ses souvenirs sur la Calypso et Monaco.

Thibaut Parat Publié le 24/06/2021 à 15:09, mis à jour le 24/06/2021 à 15:17
interview
Céline Cousteau est aussi engagée pour l'environnement que le furent ses parents et ses grands-parents, dont le commandant Jacques-Yves Cousteau. Photo Van Alphen Visuals

Lanceurs d’alerte depuis trois générations. Voilà des décennies que la famille Cousteau sonne l’alarme sur l’inexorable dégradation de la Terre, observée lors de moult explorations en mer comme sur terre. D’abord, Jacques-Yves, l’infatigable « Commandant » au bonnet rouge de La Calypso. Puis, le fils, Jean-Michel. Et, enfin, la petite-fille Céline, 49 printemps.

Un cri venu des tripes que relate la cinéaste documentariste, engagée auprès des peuples d’Amazonie, dans son dernier livre Le monde après mon grand-père. Dans un récit personnel entrecoupé de souvenirs d’enfance, de faits et données chiffrées, elle caresse l’espoir que tout un chacun rejoigne sa cause : la sauvegarde de notre planète.

Nul besoin d’être né écologiste pour cela.

Ce jeudi soir au Musée océanographique – que le Commandant Cousteau a dirigé de 1957 à 1988 – Céline Cousteau a été conviée (1) pour parler urgence environnementale. Rencontre.

 

Votre livre sonne comme un cri d’alarme, un appel à agir. L’urgence est-elle là ?
Oui, on se le répète depuis bien longtemps mais cela fait partie de la survie de l’être humain de ne pas répondre tout de suite.
Pour bien des gens, la réalité, ce sont les problèmes du quotidien. Le réchauffement climatique, la disparition des espèces, cela paraît lointain pour beaucoup. Les solutions doivent donc être accessibles, à l’instar de mon livre que je ne voulais pas anxiogène.
Il faut parler de la problématique environnementale sans que cela paralyse mais en inspirant les gens, grâce à la beauté des histoires et de la planète.

Alerter des menaces qui pèsent sur notre planète, c’est une affaire de famille ?
Oui (rires). Quand on a été imprégné de cela, difficile de détourner l’œil. Je n’aurais pas pu faire autre chose. Je suis heureuse de contribuer d’une façon positive, de soutenir des causes et associations. Beaucoup de gens essayent de lutter.

Comme votre grand-père au sommet de la Terre à Rio en 1992, vous avez toutefois l’impression de « crier dans le vide ». Comment expliquez-vous cette apathie ?
L’étude du Bystander Effect [effet du spectateur] explique la mentalité de masse. Les gens pensent qu’ils n’ont pas besoin d’agir parce que d’autres le font à leur place. Il faut penser autrement. Bien sûr, arrêter à son échelle l’usage de plastiques ne sauvera pas la planète. Toutefois, chacun doit penser qu’on fait partie d’une communauté globale, d’une unité. Chaque personne compte.
Nous sommes témoins d’un crime et nous ne faisons rien. Celui-ci n’est pas vu aussi clairement qu’un meurtre. Nos yeux sont loin de l’extinction des espèces, du massacre des peuples indigènes et des forêts… Je ne sais pas d’où vient ma force, mais je sais que ce que je fais compte.

" cette pandémie nous a foutu une baffe "

Selon vous, on est déconnecté de ce qui nous fait vivre, respirer, de ce qui nous nourrit. Comment se reconnecter ?
Poser le téléphone, de temps en temps, déjà. Marcher pieds nus dehors, aller visiter de petites fermes où l’agriculture est raisonnée. Il faut soutenir ces gens. Même en ville, il y a de la nature, des parcs. Il faut prendre un moment et respirer. Ce calme et cette respiration infiltrent notre corps par tous nos pores.

 

Voyez-vous la pandémie de Covid comme une opportunité ?
Pour moi, ça l’a été. J’ai moins voyagé et donc eu moins d’impact carbone sur la planète. Plein de gens, sans cesse dans les avions, ont pu respirer, faire une pause. Mais il ne faut pas que l’on soit impatient de revenir à la norme, car celle-ci (la surconsommation, l’accès à tout…) n’est pas bénéfique.

C’est dommage qu’il faille une situation si extrême pour que les consciences se réveillent…
Un glaciologue me disait que l’être humain réagit toujours quand il est dos au mur. Or, c’est trop tard quand on parle du réchauffement climatique. Cette pandémie nous a foutu une baffe, nous a alertés, nous a montré qu’on est tous liés. On a un futur en commun : celui de la survie de notre planète. Pourquoi ne le comprend-on pas ? En Amazonie, les peuples indigènes protègent d’énormes territoires nous permettant de respirer. Ça compte pour eux, pour nous aussi.

"mon grand-père n'est pas le seul à m'avoir influencé"

Quel rôle a joué votre grand-père, et tous les autres, dans cette sensibilité à la sauvegarde de la planète ?
J’ai grandi dans une famille d’explorateurs, de réalisateurs de documentaires qui sont devenus des défendeurs de l’environnement. Chez moi, on parlait toujours de ça. C’était naturel. Mon grand-père, bien sûr, a été la figure connue mais il n’est pas le seul à m’avoir influencé.
Ma mère, aussi, partait en expédition comme photographe. Je n’ai pas été forcée à faire ce que je fais aujourd’hui. C’est une passion, une façon de vivre et de penser. Pas un travail.

Vous dîtes qu’il n’est pas né écologiste. C’est-à-dire ?
Au début de sa carrière, c’était l’exploration sous-marine, la curiosité de voir ailleurs, de comprendre. C’est cela qui peut nous motiver à devenir écologiste. Il l’est devenu car il a été témoin de ce qu’il se passait sur la planète.
Il avait une place dans l’œil public pour en parler. L’écologie devrait plutôt rentrer dans le droit social, le droit humain. Pas nécessairement dans la politique.

 

Quel monde voulez-vous laisser à votre fils, Félix, et à ses pairs ?
Un monde comme je l’ai trouvé il y a 50 ans. Un monde dans lequel il peut vivre et non pas survivre. J’ai peur de l’accélération des problèmes qui vont obliger sa génération à devoir s’adapter plus vite que nous aux sécheresses, au dérèglement climatique. J’ai peur pour sa génération. A l’âge de 15 ans, on ne devrait pas être anxieux pour l’environnement, on ne devrait pas manifester.
Ils n’ont pas besoin de faire des études d’écologie pour comprendre les enjeux.

« L’urgence environnementale vue par Céline Cousteau ». Conférence gratuite, ce jeudi soir à 18h au Musée océanographique. Réservation au 06.18.83.58.71. ou cefm.reservations@gmail.com
(1) Par le Comité d’entraide des Français de Monaco et l’Union de la presse francophone Monaco.

« La Calypso aurait eu toute sa place à Monaco »

Quel est votre lien avec la Principauté ?
Il n’est ni intellectuel, ni professionnel. C’est un lien familial. Enfant, je venais ici pour passer du temps avec mes grands-parents : avec ma grand-mère, sur la terrasse de l’appartement. A 9 ans, au large de Monaco, j’ai connu ma première plongée avec mon grand-père. Comme s’il m’amenait au parc. J’étais nerveuse de plonger dans l’inconnu. Lui était tellement calme. Ce fut un moment apaisant, simple, d’émerveillement. J’ai envie de retrouver ce sentiment d’apesanteur.

Quels souvenirs gardez-vous de la Calypso ?
Ce n’est pas un être vivant mais j’y pense presque comme un personnage de la famille avec qui j’ai grandi. Ce bateau avait une personnalité, une âme. On lui en a donné une à travers les films. Beaucoup de nostalgiques aimeraient la revoir naviguer. Mais la Calypso n’existe plus, elle est à l’abandon. Ce sont trois bouts de bois. C’est une tristesse…

Le prince Albert II voulait la racheter mais le deal ne s’est jamais fait. Vous auriez aimé qu’elle retrouve une seconde vie à Monaco ?
Il y avait plusieurs possibilités. Pour qu’elle navigue il aurait fallu la retaper complètement. Si elle n’était plus en état, mes grands-parents disaient qu’il fallait la laisser couler, qu’elle soit absorbée par la mer. Cela aurait été une belle fin.
Je comprends aussi ce message qui dit qu’elle doit rester au service de la science. La Calypso aurait eu toute sa place à Monaco – peut-être comme une plateforme éducative – du fait de l’histoire de mon-grand-père avec le Musée océanographique, qu’il a dirigé, et l’engagement de la famille princière pour l’environnement.

Le 12 avril 1979, au port de Monaco, le commandant Cousteau et la Calypso. DR.

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