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Peindre les toits en blanc, planter des arbres... Ces solutions pour rafraîchir les villes

Dans la nuit de dimanche à lundi, le thermomètre n’est pas descendu en dessous de 28°c à Nice. Alors que la France subit une nouvelle canicule, les villes sont particulièrement affectées par la hausse des températures, notamment à cause du phénomène des îlots de chaleur. Alors, quelles sont les solutions pour adapter nos villes et les rendre plus vivables?

Maëlle Lions Publié le 18/07/2022 à 08:20, mis à jour le 19/07/2022 à 10:39
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L'ombre des arbres permet aux citadins d'échapper à la fournaise. Photo Jean-François Ottonello

La France connaît un nouvel épisode caniculaire et des températures records. Les canicules vont se multiplier selon Météo France. A cause du phénomène d’îlot de chaleur urbain, les villes enregistrent plusieurs degrés de plus que les campagnes environnantes, en particulier la nuit, où il peut y avoir jusqu’à 10 degrés d’écart à Paris, selon le CNRS.

Absorbée par les bâtiments en béton ou en pierre et le bitume la journée, la chaleur emmagasinée pendant la journée est ensuite relâchée la nuit, ce qui empêche l’air de se refroidir.

Bruno Bazire, concepteur d'habitats bioclimatiques en écoconstruction de l’agence Trihab, résume le problème: "Les villes sont essentiellement minérales, donc elles accumulent la chaleur". Alors, comment les rafraîchir?

Repeindre les murs, toits... en clair

La chaleur se crée par l’interaction de la lumière avec la matière. Or la lumière va être absorbée ou réfléchie selon la couleur de la surface: c’est l’effet albédo qui mesure la réflectance avec un indice allant de 0 (absorption totale) à 1 (réflexion totale). 

 

"Si c’est noir, c’est absorbé, si c’est blanc ou brillant, comme un miroir, alors toute la chaleur repart," explique Gilles Bogaert, physicien CNRS et historien des sciences à l’Observatoire de la Côte d’Azur.

Les peintures noires ont un indice albedo de 0,1, contre 0,8 pour les peintures blanches.

Ainsi, un mur ou un toit sombre va absorber la lumière, et donc se réchauffer, alors qu’une surface claire rejette cette lumière.
Santorin, Mykonos, Alicante… Voilà pourquoi les maisons grecques ou du sud de l’Espagne sont blanches.

"La différence de température entre une surface noire et une surface blanche peut aller jusqu’à 40°C d’écart."
Gilles Bogaert, physicien

Selon les calculs de Gilles Bogaert, physicien, "la différence de température entre une surface noire et une surface blanche peut aller jusqu’à 40°C d’écart à la surface."
Une solution qui permet aussi d’éviter les îlots de chaleur nocturnes. Plus la surface emmagasine de la chaleur, plus elle va prendre du temps à se refroidir.

 

Outre le revêtement en blanc, les toits doivent également être construits pour assurer la ventilation, afin que la chaleur absorbée puisse en partie être évacuée grâce à une sortie d’air.

Isoler les toits et bâtiments

Autre moyen de bloquer la chaleur, l’isolation des bâtiments par l’extérieur. "On n’accumule pas cette chaleur car on la bloque avant qu’elle ne rentre à l’intérieur", explique Bruno Bazire, concepteur d'habitats bioclimatiques dans le Var et les Alpes-Maritimes.

Il recommande pour ce faire des isolants denses, comme la fibre de bois, la paille et l’enduit de chaux chanvre, étalé sur les murs du bâtiment. Grâce à ces isolants, on peut gagner jusqu’à 4°c ou 6°c de différence en une journée. "Ça permet de rafraîchir aussi bien l’intérieur de la maison que la rue", ajoute Bruno Bazire.

Mettre des casquettes sur nos maisons

La casquette protège de l’insolation, et ça vaut aussi pour nos maisons. Pour Bruno Bazire, il faut "des protections solaires étudiées selon la course du soleil".
L’installation d’avancées de toitures, toiles, lames brise-soleil, ou encore la végétation sont de bons moyens de garder les bâtiments au frais.

Il est d'ailleurs plus facile de se protéger de la chaleur dans le Sud car le soleil est très haut. 

Multiplier les espaces verts

La végétation absorbe la chaleur, avec un indice albédo de 0,3, mais au contraire de la pierre et du bitume, cette chaleur est ensuite évaporée et refroidit la surface, grâce au phénomène d'évapotranspiration. 

 

Ainsi, pour faire baisser les températures, beaucoup de villes misent sur la végétalisation. Plantation d’arbres, murs végétaux, jardins sur les toits… Les options sont nombreuses.
Mais quand les effets des arbres s’estompent à quelques mètres, les parcs permettent un rafraîchissement global et notable des villes grâce à leur sol naturel. Ainsi, en Suède, la ville de Göteborg a relevé une différence de température maximale de 5,9°c entre les espaces construits et un parc. 

A Nice, la Promenade du Paillon, qui fait effet d’îlot de fraîcheur, va être prolongée de 8 hectares supplémentaires, "pour créer une forêt urbaine de 20 hectares en plein cœur de ville", selon Christian Estrosi.

La végétation, et en particulier les arbres, procurent également de l’ombre.

Dans les centres anciens, comme ici à Menton, les rues plus étroites gardent la fraîcheur. Photo Jean-François Ottonello.

Les rues plus étroites gardent la fraîcheur

Les rues étroites sont un autre moyen de créer de l’ombre, et donc de garder la fraîcheur. Les façades ne sont pas exposées au soleil, ce qui empêche également le phénomène de chaleur le soir.

Les rues sinueuses favorisent aussi les courants d’air. C’est le cas des rues des centres anciens comme le Vieux Nice.

"Les rues sont courbées, ce qui crée une différence de température d’un côté à l’autre de la rue. Cette différence crée un appel d’air, qui va donner un sentiment de fraîcheur", explique Bruno Bazire. 

Une étude internationale a montré que les villes construites en grille, avec des rues perpendiculaires (typiquement les rues d’Amérique du Nord) ont plus de mal à se refroidir que les autres villes, car la chaleur reste bloquée.

Les bâtiments face à face se renvoient la chaleur, qui s’accumule : c’est ce que l’on appelle le phénomène de canyons urbains. 

 

Privilégier les points d’eau

Enfin, face à la chaleur, l’eau reste notre meilleure amie. Les fontaines et bassins font baisser la température d’environ 1 degré. A proximité des cours d'eau, comme les rivières et fleuves, le mercure baisse de plusieurs degrés, et l’effet peut être ressenti jusqu'à plusieurs centaines de mètres.
Aussi, la brumisation et l’humidification des chaussées restent des moyens efficaces de rafraîchir les villes. Mais face à la sécheresse qui se fait plus sévère chaque année en raison du changement climatique, en particulier dans le Sud, cette option n’est pas la plus pérenne.

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