ON Y REVIENT. Ces Alchimistes transforment nos assiettes en compost dans le Var... et au-delà

Chaque année en France, près de 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Pour leur éviter l’incinération, les Alchimistes Côte d’Azur, association toulonnaise devenue entreprise, les collecte et les valorise localement en compost, destiné aux agriculteurs du coin. Objectif: enrichir les sols pour les rendre plus résilients face aux canicules et aux sécheresses.

Aurélie Selvi - aselvi@nicematin.fr Publié le 02/11/2022 à 10:30, mis à jour le 02/11/2022 à 18:41
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Épluchures, morceaux de viande, de pain… Nos poubelles regorgent d’aliments. "Ils représentent 30% des déchets des particuliers, 12% de ceux générés par les professionnels, hors BTP", constate Davide Raffini, directeur d’exploitation des Alchimistes Côte d’Azur. Lancée en 2018, cette association toulonnaise, devenue entreprise début 2021, a fait de la valorisation de cette nourriture son cheval de bataille. Une idée naît d’une contradiction. "D’un côté, nous avons ces déchets alimentaires, composés quasi exclusivement d’eau, qui se retrouvent le plus souvent incinérés à des centaines de km de là où ils sont jetés. De l’autre, un monde agricole qui souffre de sols de plus en plus pauvres et a recours aux engrais chimiques", étaye Davide.


Pour résoudre ce paradoxe, le travail de ces Alchimistes prend la forme d’un cercle vertueux : collecter et transformer localement ces déchets en compost dans l’optique de les revendre à des agriculteurs du coin pour nourrir le microbiote souterrain. "Plus celui-ci est sain, plus il permet de stocker une grande quantité d’eau en structurant les sols", expliquait il y a quelques semaines l’hydrologue Emma Haziza alors que les Alpes-Maritimes et le Var vivaient une sécheresse d’une intensité rare.

Pour créer cette boucle, il s’agit d’abord d’aller chercher ces déchets où ils se trouvent. Restaurants et magasins bio, boulangeries, écoles… Il y a 4 ans, c’est en sillonnant bénévolement les rues de Toulon, au guidon de son vélo électrique à remorque, que Davide les collectait, dans des bacs, chez une poignée de partenaires. Le tout dans un rayon de 10 km autour du site-vitrine de l’association, installé sur le port voisin par ses fondateurs Cédric et Anne-Sophie Davoine. Là, une petite machine se chargeait de transformer en engrais vert une trentaine de tonnes de déchets par an, alors essentiellement revendus en sacs de 2 l dans des jardineries alentour. "C’était surtout un lieu de sensibilisation. On y a accueilli des élus, énormément d'élèves, des particuliers", souligne Davide. Mais depuis, le projet a changé d’échelle.

"En 4 ans, l’entreprise est passée de 10 à 100 points de collectes", Davide Raffini Franck Fernandes.

Réduire le gaspillage alimentaire

7h15, un matin d’automne, devant le groupe scolaire Stanislas, à Nice. Un camion de 20m3, floqué Les Alchimistes, franchit le portail. Direction l’accès arrière de la cantine de cet établissement aux 1170 élèves. C’est la première étape de la tournée de Yannick Girault, collecteur-composteur qui travaille pour Les Alchimistes par l’intermédiaire d’une association varoise de retour à l’emploi. Sa mission: troquer des conteneurs de 120 l remplis de restes alimentaires contre des vides. "Nous venons d’opter pour cette solution, pour éduquer nos jeunes à gâcher le moins possible”, dixit Bernard Faivre, le chef d’établissement qui, pour y arriver, compte s’appuyer sur les analyses de quantités récoltées fournies par la société par jour, semaine, mois… “Il y aura des conclusions à en tirer pour servir les meilleurs repas à nos élèves", ajoute-t-il.

Créer un maillage local de sites de traitement


Dans le circuit de Yannick ce matin-là, des restaurants, un hôtel, des fast-food, à Nice, Antibes, Mougins... "Dès le lancement de l’entreprise, on a été très sollicité dans les Alpes-Maritimes. On a décidé de s’éloigner du km zéro car il y a une vraie demande et un grand manque de solutions de compostage", explique Davide Raffini. Sur les 100 points de collecte que compte actuellement la société, un quart sont azuréens, soit 20 T de déchets sur les 60 récupérés mensuellement.

En Côte d’Azur, Les Alchimistes, membres d’un réseau national du même nom, compte répondre à cette demande en créant plusieurs "plateformes de compostages micro-industrielles". Le but: s’inscrire entre le composteur collectif pour particulier et les géants du secteur professionnel, très éloignés des villes et qui n'effectuent pas de tri manuel de déchets récoltés, quitte à produire du compost aux résidus de plastique.

Mélangé à des copeaux de bois, les aliments mettent plusieurs mois à se transformer en compost. Franck Fernandes.

Mi septembre, Les Alchimistes ont ainsi ouvert un site capable de produire jusqu’à 1500 T par an à La Farlède (Var). Un autre suivra en 2023, avec le concours d’une municipalité varoise; "plusieurs d’ici 2025-2030, notamment dans les Alpes-Maritimes", prévoit l’entreprise. Un engouement porté par la loi qui imposera dès le 1er janvier 2023 à tous les professionnels produisant plus de 5 T de biodéchets d’avoir recours à une solution de valorisation (contre 10 T actuellement).

À La Farlède, la première fournée de compost arrivera dès janvier, temps de maturation oblige. D’ici là, les vaillants Alchimistes comptent bien convaincre des agriculteurs locaux d’opter pour cette solution "de l’assiette au champ" afin d’enrichir leurs sols. Fin septembre, avec le concours de la Chambre d’agriculture du Var, un groupe a ainsi pu visiter le lieu de valorisation.

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