ON Y REVIENT. Avec les agriculteurs maralpins à la recherche des semences perdues

Depuis 2018, la Maison des semences paysannes maralpines milite pour la souveraineté alimentaire et la diversité des goûts en faisant sortir de l’oubli des variétés locales, porteuses d’une histoire et capables de s’adapter au réchauffement climatique. Comment? En cherchant inlassablement les graines de variétés de légumes d’ici, tombées dans l’oubli, pour les réintroduire dans nos champs : fève violette, petit poivron, oignon rose…

Aurélie Selvi - aselvi@nicematin.fr Publié le 02/11/2022 à 19:00, mis à jour le 02/11/2022 à 18:39
reportage
Lancée en 2019, la Maison des semences paysannes maralpines cherche, sauvegarde et multiplie des variétés locales. Archives Philippe Bertini

À l’arrière d’une estafette, sacs en kraft remplis de graines et boîtes garnies d’épis de blé, rangés tels des bijoux en leur écrin, occupent Marco Loconte et Maxime Schmitt. De main en main, semences et épis s’échangent, se partagent, se rangent dans d’autres sacs sur lesquels on note noms de variétés et de paysans chez qui elles ont été glanées: "féverole de Forcalquier, Gérard, 2022", "saissette de Provence"... Voilà le genre de partages de butin qui animent les membres de la Maison des semences paysannes maralpines (MSPM). "Marco et moi rentrons d’une tournée de 4 jours chez des agriculteurs bio des Alpes-de-Haute-Provence avec une dizaine de variétés prometteuses. Comme le blé pétaniel noir de Nice que je chechais depuis des années et qui est intéressant pour la pasta ou pour donner de la force au pain", explique, exalté, Maxime Schmitt.

Des variétés glanées dans les Alpes-de-Haute-Provence s'échangent entre agriculteurs de la Maison des semences. Aurélie Selvi.

En 2018, avec une poignée d’agriculteurs, de consommateurs et de jardiniers maralpins, l’Azuréen, oléiculteur en Italie, cofondait cette association de militants des semences en réaction à un amer constat. "En un siècle, on a perdu 75% des variétés", s'alarmait-il, déplorant que les légumes du coin soient trop souvent issus de graines venues d’ailleurs, peu adaptées au terroir méditerranéen. Quatre ans plus tard, la MSPM regroupe une cinquantaine de membres, chefs cuisiniers, distributeurs en circuits courts… et bien sûr paysans, des Alpes-Maritimes, du Var mais aussi italiens. "La moitié s’investit dans la multiplication d’une, deux, trois variétés pour échanger avec le collectif", détaille Maxime Schmitt.

À l’instar de Marco Loconte, maraîcher près de Gênes. Lui a créé un mini "champ de collection" où il teste une centaine de variétés, en multiplie certaines.

"De Gênes à la Provence, notre territoire agricole est similaire. Il fut un temps où les échanges entre les agriculteurs étaient normaux", Marco Loconte

 

 

 

Au sein de la Maison des semences paysannes, cet agriculteur italien engagé se passionne pour le blé, mais pas que... Parmi les trouvailles qu'il ramène de sa tournée dans les Alpes-de-Haute-Provence, il est aussi impatient de comparer le rendement et la résistance à la sécheresse du pois chiche de Provence, fraîchement glané, avec une variété italienne, récupérée il y a 5 ans entre la Ligurie et le Piémont.

Maxime Schmitt, oléiculteur, et Marco Loconte, maraîcher italien, ont glané des blés oubliés dans les Alpes-de-Haute-Provence. Aurélie Selvi.

S’adapter au réchauffement climatique

"Une sécheresse comme on vient de vivre nous oblige à étendre notre travail sur les pratiques agro-écologiques", abonde Maxime Schmitt. Pour cela, la solution prend encore la forme de petites graines, comme la ers, "une espèce de légumineuse qui participe à enrichir les sols en azote" et à créer des couverts végétaux capables de maintenir l’humidité de l’air dans la terre. Les modifications du climat poussent aussi le collectif à amplifier son travail de sélection "pour trouver dans une tomate, un maïs, une courge les variétés capables de pousser avec très peu d’eau et donc de nous faire manger".

Le catalogue de la MSPM compte aujourd’hui plus d’une centaine de variétés locales dont "une trentaine à privilégier pour en assurer la sauvegarde car sinon personne ne le fera", explique le collectif. Avec quelques belles réussites: "On a récupéré le brocolis et les courgettes rondes de Nice, le haricot mascarade de Breil ou la lentille de Beuil. On travaille aussi sur l’amélioration du rendement de la fève violette de Saint-Laurent-du-Var, repérée par une association chez un jardinier. Très douce, avec une peau fine et sans amertume, elle a vraiment quelque chose à apporter car ici tout le monde cultive la même variété ", explique Sophie Vallet Chevillard, représentante des consommateurs au sein de la MSPM.

La fève violette de Saint-Laurent fait partie des variétés prometteuses sauvées par la Maison des semences paysannes. Aurélie Selvi.

La success story de l’oignon rose de Menton

Mais le succès le plus édifiant tient dans la paume d’une main. Son nom: l’oignon rose de Menton. Une variété goûtue cultivée par une ancienne de Contes, confiée à un agriculteur bio de sa commune, puis multipliée par des paysans du réseau, sublimée par le chef local 3 étoiles Mauro Colagreco, déployée dans les serres municipales de Menton et, enfin, définitivement sortie de l’oubli grâce à une fête grand public en juillet 2022.

"On propose une nouvelle stratégie innovante de protection des semences en France", dixit Maxime Schmitt. À Menton, tous les acteurs de l’épopée de l’oignon ont ainsi signé une "déclaration participative des communs" afin que la bonne trouvaille azuréenne ne puisse être récupérée par aucun catalogue officiel ni frappée d’aucun brevet ou certificat d’obtention végétal.

 

À Antibes, cap sur 3 légumes oubliés


Melon blanc, poivrons et pastèques jaunes… "Antibes est l’une de nos seules villes côtières où il y a autant de diversité locale", constate Maxime Schmitt, de la Maison des semences paysannes maralpines. Dans la veine de l’épopée de l’oignon rose de Menton, l’association est d’ailleurs en discussion avec la municipalité pour organiser des événements et un travail de recherche autour de ces trois variétés, dont deux (le melon et la pastèque) ont disparu du territoire.

Vous avez des informations à apporter à la MSPM à ce sujet: envoyez un mail à semencemaralpine@gmail.com

La MSPM propose régulièrement des formations grand public pour comprendre les enjeux des semences paysannes et en planter chez soi. Plus d’infos sur mspm.fr

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