Nouvelle station d'épuration de Monaco : comment fonctionne le procédé de Véolia qui élimine 99% de la pollution

Le prince Albert II et le p.-d.g. de Veolia Antoine Frérot ont inauguré l’extension de la station d’épuration de Monaco (UTER). Un outil unique au monde qui garantit un meilleur traitement de vos eaux usées et laisse entrevoir la possibilité de les boire un jour. On vous détaille le procédé en cinq étapes.

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Thomas Michel Publié le 31/01/2022 à 12:00, mis à jour le 31/01/2022 à 12:08
Les "chips" en plastique se chargent de bactéries et noircissent, avant que les bactéries se détachent par friction. Photo Jean-François Ottonello

À chaque visiteur de la station d’épuration de Monaco, l’on demande de retenir une image. Celle des deux bacs côte à côte avec l’eau telle qu’elle pénètre sur site, noire, poisseuse et odorante; et l’eau telle qu’elle en ressort et part en mer, claire et limpide.

C’était déjà le cas avant l’extension d’UTER, mais la dernière prouesse technologique de Veolia, un traitement biologique grâce à un procédé breveté dénommé MBBR, a encore accentué la qualité de traitement, et son volume.

Le secret? Des milliards de petites "chips" alvéolées en plastique recyclé qui attirent les bactéries qui, elles-mêmes, éliminent la pollution. On vous explique.

ÉTAPE 1: LA DÉCANTATION

Le décanteur primaire, où une roue racle les boues des eaux usées. Photo Jean-François Ottonello.

À son arrivée par les réseaux d’eaux usées, l’eau entame son parcours dans un bassin muni d’agitateurs. Mélangée à des réactifs, la pollution contenue dans l’eau commence à s’agglomérer, puis on l’a fait "floculer", pour former des flocons lestés de pollution.

 

Lors de cette phase de décantation primaire, l’eau traitée chimiquement se sépare de ces flocons solides, qu’une roue racle pour conduire vers un silo. C’est le début de la filière boue. Les boues formant le principal déchet produit par une station d’épuration.

À ce stade, l’eau qui poursuit son chemin est déjà délestée de 70% de la pollution. Mais elle n’est pas limpide pour autant car elle trimballe encore toute la pollution dite dissoute.

ÉTAPE 2: NOURRIR
LES CHIPS

Les bactéries colonisent des milliards de petites « chips » en plastique recyclé comme celle-ci, avant de se détacher chargées de résidus de pollution. Photo Jean-François Ottonello.

C’est là qu’intervient la révolution MBBR. Avant l’extension d’UTER, l’eau passait à travers de la pouzzolane. Une roche volcanique bien connue des Auvergnats, que les bactéries contenues dans l’eau colonisaient.

De l’air était ensuite envoyé jusqu’à ce que ces bactéries se décrochent et obstruent des filtres. Les techniciens devaient ensuite, au terme d’une opération fastidieuse, arracher les bactéries de ces filtres. Puis tout nettoyer et remettre de la pouzzolane avant de poursuivre l’opération.

 

Désormais avec le MBBR, des milliards de petites "chips" en plastique alvéolées sont immergées dans quatre bassins. "La surface développée des 4 MBBR avec toutes ces chips en plastique, c’est à peu 74 terrains de foot!", précise Manuel Nardi, aux côtés de la gestionnaire du site, Céline Ivanez.

Les bactéries reçoivent alors de l’oxygène pour devenir aérobies et gourmandes. Elles s’agrippent à ses "chips" et se nourrissent de la pollution dissoute.

Les "chips" en plastique se chargent de bactéries et noircissent, avant que les bactéries se détachent par friction. Photo Jean-François Ottonello.

ÉTAPE 3: LA SÉPARATION

C’est le moment où la magie opère. Le remous de l’eau crée des frictions entre les "chips" et les bactéries, chargées de pollution devenue solide, se décrochent des "chips".

ÉTAPE 4: 2e DÉCANTATION

Une nouvelle décantation est opérée mais cette fois après injection de microsables dans les bacs. On atteint alors les 96% de dépollution.

ÉTAPE 5: LE TAMISAGE

S’ensuit un tamisage des particules supérieures à 10 microns jusqu’à atteindre 99% de dépollution. L’eau est prête à être rejetée en mer.

Là où en 2018, UTER produisait 5.000 tonnes de boues par an, elle en crée aujourd’hui 8.000 tonnes. Photo Jean-François Ottonello.

Des boues incinérées à Monaco en 2030

"Le but d’une usine est de produire de la boue, puisque ça traduit la pollution qu’on a retenue avant qu’elle parte en mer. L’efficacité se mesure aussi à la quantité produite", révèle le directeur de la Smeaux, Manuel Nardi.

Et les courbes sont exponentielles. Là où en 2018, UTER produisait 5.000 tonnes de boues par an, elle en crée aujourd’hui 8.000 tonnes. Et bientôt 12 000 d’après les projections. Mais alors que deviennent ces boues?

"Initialement, la concession prévoyait que la voie prioritaire d’élimination était l’incinération, en co-incinération avec les ordures ménagères", rappelle Manuel Nardi.

Les années passant et l’actuelle usine d’incinération s’essoufflant, l’essentiel des boues est aujourd’hui envoyé à Tarascon pour finir en compostage. "C’est une filière extraordinaire, garantit Manuel Nardi. Le terreau a d’excellentes qualités fertilisantes."

Sauf que cela implique des rotations quotidiennes de camions et, donc, un bilan carbone salé pour la Principauté.

La mise en service espérée pour 2030 du futur Centre de Tri et de Valorisation des Déchets (CTVD) de Monaco pourrait changer la donne par la création in situ d’un centre de séchage thermique (à valeur de pasteurisation) pour les boues. Il n’y aurait alors plus lieu d’externaliser la totalité de la production, qui pourrait être incinérée à Monaco.

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