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"Nous ne sommes pas à la hauteur": depuis la COP26 à Glasgow, le prince Albert II attend des engagements forts pour la planète

Alors que 120 dirigeants politiques sont réunis à Glasgow pour la COP 26 - sommet pour le climat - le prince Albert II a accordé une interview à Monaco-Matin. Il évoque les attentes autour de ce rendez-vous de la dernière chance, la place de la Principauté de Monaco dans les discussions avec les grandes nations.

Thibaut Parat Publié le 02/11/2021 à 17:39, mis à jour le 02/11/2021 à 17:56
Ce mardi matin, le prince Albert II a tenu un discours à la tribune de la COP 26 à Glasgow : " Nous ne sommes pas à la hauteur ", a-t-il martelé à trois reprises. Gaetan Luci / Palais princier

La planète entière a les yeux rivés sur Glasgow. C’est dans cette métropole écossaise que se tient, jusqu’au 12 novembre, la « COP 26 ». La grand-messe annuelle de l’environnement. Le sommet pour le climat.

Dans la foulée d’un G20 – qui a peiné à convaincre sur la question cruciale de la lutte contre le réchauffement climatique – 120 pays des cinq continents et des milliers d’observateurs discutent de l’avenir d’une planète qui se meurt. La réunion de la dernière chance, de l’avis de tous.

Il y a peu encore, l’Organisation des Nations unies constatait que les engagements actuels des États menaient le monde vers un réchauffement « catastrophique » de +2,7°C d’ici la fin du siècle. Loin, trop loin de l’objectif de +1,5°C acté, en 2015, lors de l’Accord de Paris sur le climat.

 

« Il est temps de dire assez, a martelé ce lundi Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Assez de brutaliser la biodiversité. Assez de nous tuer nous-mêmes avec le carbone. Assez de traiter la nature comme des toilettes. Assez de brûler, forer et extraire toujours plus profond. Nous creusons nos propres tombes. »

Aucun des nombreux dirigeants qui se sont succédé à la tribune, ces dernières heures, n’a nié l’urgence. Encore moins le prince Albert II, défenseur acharné de la planète et des océans depuis de nombreuses années. « Nous ne sommes pas à la hauteur », a-t-il clamé à trois reprises .

Après son discours, le souverain a accordé une interview à Monaco-Matin sur le sujet. Il évoque ses attentes, la place de Monaco dans ce concert des grandes nations

"TOUT LE MONDE
A COMPRIS QU'il Y A
urgence à agir"

Les dirigeants politiques et la société civile ont usé de termes puissants pour qualifier la COP 26: "Réunion de la dernière chance", "Sommet décisif", "Tournant pour l’humanité". Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?
J’attends des engagements forts, et que tout le monde s’accorde enfin à les respecter. Que ceux qui sont en retard essayent de rattraper ce retard au plus vite. Dans les premières allocutions, il était beaucoup question du financement, de trouver les meilleurs mécanismes à ce sujet. Il faut absolument que la société civile et les secteurs privés suivent, que ce soit les grandes banques mondiales et les grandes sociétés. Un plan d’actions est nécessaire. Les fonds existent. Il faut juste les pointer dans la bonne direction et mettre cela en place très rapidement. 
Je crois que, finalement, tout le monde a compris qu’il y a urgence à agir. On ne peut pas se permettre d’avoir un autre sommet où les résultats sont aléatoires ou, en tout cas, incertains. Il faut qu’on aille au plus vite pour décider d’avoir une chance de limiter l’augmentation des températures, que celles-ci ne dépassent pas les +1,5°C [d’ici la fin du siècle, ndlr].

Dans votre discours, vous avez prononcé à trois reprises: "Nous ne sommes pas à la hauteur". C'est la déception et la frustration qui priment aujourd'hui ?
Non, c’est plutôt un constat. Collectivement, nous ne sommes pas là où nous devrions être. Il y a un monitoring des engagements de tous les pays. Certains n’ont pas rempli leurs engagements jusqu’à maintenant et ne sont pas en route vers une réduction complète de ce qu’ils avaient annoncé lors de la signature de l’Accord de Paris. Très peu de pays sont sur la bonne route.
D’autres font beaucoup de grandes promesses – certains grands pays – mais ont encore beaucoup de chemin à faire.

 

"ON NE PEUT PLUS REGARDER AILLEURS DISAIT
JACQUES CHIRAC"

Les premiers experts ont alerté des dangers du changement climatique dès les années soixante. Comment expliquez-vous cet attentisme politique au fil des décennies?
Les lobbys pétroliers et autres sont extrêmement forts et puissants. Dès que quelqu’un voulait faire quelque chose, je ne dirais pas que cela était traité de façon anecdotique mais il était pris pour un doux rêveur. Cela me fait penser au titre du film d’Al Gore, Une vérité qui dérange. En effet, cela dérangeait le modèle économique en place. Personne n’osait le changer. Du fait du dérèglement climatique observé ces deux dernières décennies, de ces événements qui confirment ce que nous disaient les scientifiques, de la pression de l’opinion publique, ils sont obligés de changer. Quand la maison brûle, il faut essayer d’éteindre l’incendie. On ne peut plus regarder ailleurs disait Jacques Chirac.

Quelle place peut avoir Monaco dans ces discussions qui s’avèrent vitales pour l’avenir de notre planète?
En tant que membre des Nations Unies, même si on est un petit pays, on a quand même notre mot à dire. Tout le monde peut présenter ses engagements. Vous savez ce que nous essayons de faire à Monaco, tant sur la mobilité propre, que sur les constructions, le traitement des déchets et la vision des énergies renouvelables.
On n’a pas à rougir de notre parcours jusqu’à maintenant. Nos engagements sont forts, même si, en théorie, c’est un peu plus facile car nous n’avons pas d’industries lourdes. Toutefois, on a beaucoup d’anciens bâtiments qui restent très énergivores et qu’il est nécessaire de refaire ou de réadapter. Il n’y aura plus de chauffage au fioul dès l’année prochaine.
Certains bâtiments ne pourront pas se raccorder tout de suite à la boucle thallassothermique donc il faudra trouver des solutions temporaires. On y réfléchit. On a un bilan qui est loin d’être négatif. On peut en parler, le montrer.Certains pays peuvent s’en servir, bien sûr à une autre échelle, peut-être s’en inspirer.

En décembre 2020, cinq ans après l’Accord de Paris sur le climat, vous avez dévoilé le nouvel objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à Monaco: -55 % en 2030 par rapport à 1990. C’était vital de revoir cette ambition à la hausse?
Ce n’était pas vital mais, comme la plupart des pays le faisaient, j’ai réuni les Départements concernés pour voir s’il était possible de rehausser cette ambition. La réponse était oui. C’est un travail supplémentaire mais ça n’est pas impossible. C’était bien que Monaco s’aligne sur ces nombreux pays qui avaient pris cette décision, de montrer qu’on était sérieux dans nos engagements et dans le respect de ceux-ci.

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