Rubriques




Se connecter à

Marmotte, tétra-lyres et chamois... Des associations s'indignent que ces espèces en déclin soient encore chassées dans les Alpes-Maritimes

Des associations de défense de l’environnement se sont mobilisées contre les projets d’arrêtés de chasse pour la saison à venir dans les Alpes-Maritimes. En cause, des espèces chassées, malgré la baisse des effectifs.

Antoine Louchez Publié le 24/05/2022 à 14:58, mis à jour le 24/05/2022 à 19:41
La marmotte sera de nouveau chassée cette saison. Photo archives NM

Nouvelle pièce dans la machine: pourquoi chasse-t-on des espèces en déclin? Tous les ans, avant d’être validés par le préfet, les arrêtés de chasse sont soumis à consultation publique. Des documents constitués par la fédération de chasse et validé par la Commission départementale de la gestion de la chasse et de la faune sauvage. On y trouve les dates d’ouverture, les espèces concernées et (en théorie), les quotas de prélèvement ainsi que les estimations de population.

La consultation publique concernant les arrêtés de la saison 2022-2023 pour les Alpes-Maritimes s’est terminée le 12 mai. Elle a suscité la mobilisation d’associations de défense de la faune sauvage.

"Ce qui nous pose problème, c’est qu’il y a des espèces en déclin depuis longtemps, on ne comprend pas elles continuent d’être chassées", attaque Frédéric Daniel, vice-président d’Aves. Précision: aucune de ces espèces n'est estampillée "nuisible": il ne s’agit que de chasses de loisir. Jean-Pierre Caujolle, président de la fédération de chasse des Alpes-Maritimes y répond.

La marmotte

La chasse à la marmotte a défrayé la chronique, la saison dernière, quand le député LREM Loïc Dombreval l’a dénoncée. Elle est de nouveau au menu cette année, alors que les effectifs sont en baisse. "Les chasseurs s'en servent comme cibles, pointe le vice-président d'Aves. Elles sont tuées et laissées sur place. Il n’y a pas de quotas. Si un chasseur veut en tuer plusieurs, il peut." "La marmotte est en déclin pour autre chose, répond Jean-Pierre Caujolle. Nous, on en chasse une dizaine par an… C'est une chasse plus traditionnelle qu'autre chose, qui disparaîtra un jour".

Perdrix bartavelle et le tétras-lyre

Le tétra-lyre est sur la liste rouge de l’union internationale de la conservation de la nature. Photo Wiki commons.

Ces deux oiseaux sont en ligne de mire de l'association Aves, pour les mêmes raisons: le déclin des populations. "En particulier le tétras-lyre, classé vulnérable, sur la liste rouge de l'union internationale de la conservation de la nature, grogne Frédéric Daniel. C'est vraiment de la chasse de complaisance. C'est rare, ça fait des trophées, ça ne devrait vraiment pas être autorisé."

Pour le patron des chasseurs locaux, "ces espèces sont menacées par le réchauffement climatique" et parle d’effectifs "stables". Il plaide la bonne gestion: "S’ils sont en baisse, on fera comme pour le lagopède. Ça fait douze ans qu'on ne chasse plus le lagopède, car il n’y avait plus les effectifs".

Les chamois

Le chamois est lui aussi en déclin dans les Alpes-Maritimes. Photo SÉBASTIEN BOTELLA / NICE MATIN.

Autre sujet qui avait provoqué la polémique la saison dernière: les modifications des dates de la chasse au chamois dans le département. Face à la baisse des populations il avait été décidé de ne plus chasser de mi-septembre à fin novembre, mais de suspendre la saison pendant la période de rut (la reproduction), avant de reprendre mi décembre, pour un mois. L'association Vigilance Mercantour avait dénoncé un "tir aux pigeons".

L’expérience est renouvelée. "La courbe de prélèvement n'a pas changé, argumente Jean-Pierre Caujolle. On va faire des tests sur certains secteurs, où les taux de reproduction ne sont pas assez importants: on va peut-être arrêter de tirer les jeunes."

La faune sauvage "privatisée"

Accusation récurrente des associations de défense de l'environnement: la privatisation de la gestion de la nature. Les plans de chasses sont proposés à la commission départementale de la gestion de la chasse et de la faune sauvage (CDGCFS). Elle est constituée en très (très) grande majorité d'organisations de chasseurs et agricoles, mais aussi d'organismes d'État, comme l'office français de la biodiversité. Les écologistes indépendants y sont marginaux.

 

Après l'enquête publique, au préfet de valider ou d'apporter des modifications. Problème: "Dans 99% des cas, les observations ne sont pas prises en compte, allume Frédéric Daniel, de l'association Aves. L'arrêté définitif est le même texte que le projet, avec la signature."

S’ils ont la main sur la faune, les comptages, et la décision de chasser ou non, les chasseurs peuvent-ils agir avec désintérêt? Exemple avec le tétras-lyre: "On fait de tels investissements sur les habitats pour que les effectifs soient stables, répond Jean-Pierre Caujolle. Si on ne peut plus chasser cette espèce, qui investira ces centaines de milliers d'euros? Si un jour, on doit arrêter de chasser ces espèces, je vous promets qu'elle disparaîtra."

Prochaine étape, donc, avis du préfet.

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.