Rubriques




Se connecter à

Mais pourquoi les stations météos se multiplient dans le pays mentonnais

Plusieurs appareils semi-professionnels ont été installés autour de Menton par des passionnés de météo. L’objectif: recueillir et partager des données en temps réel pour mieux comprendre.

Yann Delanoë Publié le 23/11/2021 à 19:07, mis à jour le 23/11/2021 à 22:11
"Les stations situées à un ou deux kilomètres du terrain que l'on vise ne peut pas enregistrer des phénomènes localisés. Ce qui est désormais possible avec ces nouvelles stations" Photo DR

Ils multiplient l’implantation de stations météorologiques sur le secteur mentonnais, avec trois installation récentes, dont une il y a quelques jours à Casterino.

L’œuvre de 5 passionnés de météo, qui ont créé l’association Météo06 en 2015. "Ca faisait longtemps qu’on voulait s’implanter sur ce territoire, car c’était une zone blanche en terme de météo amateur... Bien sûr il y a des stations de Météo France, mais le climat est tellement différent d’un kilomètre à l’autre sur cette zone hétéroclite qu’il en fallait plus...", explique Antony Brunain, vice-président de Météo06. "Après la tempête Alex, notre volonté était décuplée, pour comprendre ce genre de phénomène..."

Où sont les stations?

Les opportunités finissent par se présenter pour les météorologues amateurs. Outre une station à Saorge (installée en juillet 2020 par le laboratoire GeoAzur), et dont Meteo06 assure l’entretien, l’association dispose de données enregistrées de trois nouvelles autres stations sur le secteur.

Le 1er juillet dernier, une station est installée à La Turbie, sur la nouvelle caserne des sapeurs-pompiers. L’emplacement, sur la route de Beausoleil à 430m d’altitude, "est idéal car ouverte au vent d’Est et aux influences maritimes", indique Antony Brunain.

 

"Un partenariat avec l’amicale des pompiers de la Turbie a été établi pour qu’ils puissent nous mettre à disposition une connexion internet, indispensable pour avoir des données en temps réel consultables de partout. En contrepartie, l’association finance intégralement la station. Les relevés météo sont disponibles pour les soldats du feu, ce qui est un bon outil..."

Le 6 novembre dernier, autre installation à Sospel, au pied du Col de Brouis. Financée par Météo 06, la station se trouve sur le terrain privé du trésorier de l’association, qui met à disposition sa connexion internet.

À altitude presque similaire que celle de la Turbie elle représente des conditions plus alpines. "Les contrastes y seront intéressants à observer avec certainement des amplitudes thermiques très élevées. Elle est représentative du moyen pays mentonnais".

Puis récemment, le 13 novembre, à Casterino (notre édition du 15 novembre), les membres de Météo06, en partenariat avec l’association Infoclimat, installent une station équipée d’un réchauffeur (pour résister à la neige et aux gelées) sur le terrain d’un particulier, André Boulanger.

Correspondant bénévole pour Météo France il enregistre manuellement chaque jour depuis 40 ans des relevés météorologiques, (soit environ 14.500 relevés de données au total), qu’il a passés il y a peu sur un fichier Excel : températures minimales et maximales, hauteur de neige… "Tout y est. Une mine d’informations pour observer l’évolution du climat » souligne Antony Brunain. « Il a accepté que nous automatisions sa station devenue vétuste…"

Quel est l’intérêt?

"L’intérêt, c’est de pouvoir observer des relevés en temps réel et sur le terrain. Car de plus en plus, les données sont estimées. Or quand on multiplie les stations sur le terrain, qui relèvent vraiment ce qu’il se passe, on se rend compte qu’il y a des phénomènes tellement localisés, que même une station située à un ou deux kilomètres peut ne pas l’enregistrer! On s’en est rendu compte lors de notre analyse post-tempête Alex, notamment. Plus on a de données récupérées sur le terrain, plus les prévisions seront fines et fiables…"

 

Un intérêt scientifique donc pour mieux comprendre les phénomènes, analyser de manière plus pointue le réchauffement climatique et ses conséquences. Des données en temps réel partagées, mises en ligne gratuitement sur le site meteo06.fr, accessible par tous. Mieux que Météo France? "Non, tempère Antony Brunain. On essaye de couvrir d’autres zones qu’eux… On est complémentaires. La différence, c’est que nos données sont accessibles gratuitement…"

Le climat mentonnais, caractéristiques et évolution

Le Pays mentonnais est un territoire atypique, avec une météo très contrastée. "À Menton il y a le Mont Agel et ses plus de 1.100 mètres à moins d’un kilomètre du bord de mer. Cette configuration fait qu’il y a des différences de température très grandes sur une distance très courte. Ce qui crée une forte condensation, car il y a beaucoup d’humidité du fait de la présence de la mer. C’est ce qui forme le brouillard que l’on connaît au-dessus de Menton, en particulier du côté de la Turbie, et qui impacte la ville, avec ses entrées maritimes…", indique Antony Brunain. Mais ce n’est pas la seule particularité météorologique du secteur.

"Deuxième particularité, l’influence d’un vent dominant d’Est, qui fait qu’il y a toujours un air moins chaud à Menton en journée. Ce vent d’Est qui se forme dans le golfe de Gênes, provient de la mer donc il est plus frais et amène une température plus régulée, plus tempérée à Menton qu’ailleurs".

Ce qui a changé : quasi record de nuit la plus chaude à Menton, doublement des jours à plus de 25°C à Casterino

"À Menton, sur les mesures des 20 dernières années le réchauffement climatique se vérifie. Avec une certaine accélération des canicules. Et des chaleurs de plus en plus précoces. Le seuil de chaleur est fixé à 25°C. Un seuil qui est de plus en plus fréquemment atteint en mars, alors qu’il y a 20 ans il était atteint seulement fin avril, voire en mai…", expose Antony Brunain.

Et de noter: "Menton a longtemps détenu le record national de la nuit la plus chaude, avec une température qui n’est pas descendue en dessous de 30,3 °C lors de la canicule de l’été 2003. Un record battu le 1er août 2017 en Corse avec une nuit pendant laquelle la température n’a pas été inférieure à 30,5 °C ".

Autre changement notable: A Casterino, "sur la station d’André Boulanger, on se rend compte que les épisodes neigeux sont plus courts, arrivent plus tard et se terminent plus tôt… Ce qui est frappant aussi, c’est que le nombre de jours pendant lesquels la température dépasse les 25°C à Casterino a doublé en 40 ans."

Le ciel zébré d’éclairs, au-dessus du Cap Martin.

Ils chassent... les orages

Chasseurs d’orage: Antony Brunain et un autre membre de l’association traquent les éclairs.

Pour les immortaliser.  "On fait des photos qui nous permettent de faire un calendrier, vendu pour financer nos actions", explique le passionné.

Comment repérer le tonnerre à l’avance? Certainement pas au bruit… "Ce sont des phénomènes ultra-localisés. On anticipe, on a les outils pour ! Avec les radars de pluie, les stations météo, on arrive à savoir d’où vient le vent, comment il va tourner…" 

Un "délit d’initiés" qui va leur permettre de se placer juste au bon endroit pour déclencher l’appareil photo au bon moment. "Le but, c’est de ne pas être en dessous… Mais plutôt à distance. Parfois, on rentre à la maison sans avoir pris une goutte d’eau!"

Mise en place de la station à Casterino. Photo Antony Brunain.

Alex: ce que les stations ont vu

La station de Saorge de GeoAzur/Meteo06

 "Elle a parfaitement joué son rôle durant la tempête Alex et a relevé 237mm sur cet épisode, expose Antony Brunain. Dont 57mm/1h entre 19h45 et 20h45 soit presque 1 litre d’eau / m² à la minute pendant 1 heure. Bien sûr les connexions étaient rompues mais nous avions 7 jours pour aller récupérer les données sur place avant qu’elles ne s’écrasent..."

Il raconte le périple du président de l’association, Raphaël Chochon, qui, grâce à la SNCF et au train des merveilles réussit à se rendre sur place le jour de l’écrasement prévu des données pour les extraire et les sauver in-extremis. "Pour le monde de la météo ces données sont précieuses et nous étions soulagés d’avoir pu les récupérer et les partager".

A Casterino

 "Une station Meteo France a relevé 250 mm sur l’épisode. Or, la station du poste EDF du barrage, non loin aux Mesches, en a relevé... 660! Ce qui montre la violence du phénomène et son caractère très localisé", note Antony Brunain. D’où l’intérêt de multiplier les stations.

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.