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LONG-FORMAT. Tempête Alex: la Roya moins bien lotie que les autres vallées, vraiment?

Mis à jour le 22/02/2021 à 17:12 Publié le 22/02/2021 à 17:00
Les travaux de réparation des passages à gué, à Fontan, le 23 janvier.

Les travaux de réparation des passages à gué, à Fontan, le 23 janvier. (Photo Jean-François Ottonello)

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LONG-FORMAT. Tempête Alex: la Roya moins bien lotie que les autres vallées, vraiment?

Depuis quatre mois, de nombreux villageois ont le sentiment d’être délaissés par rapport à la Vésubie et la Tinée. Réaction compréhensible, mais qui ne reflète pas des efforts bien réels.

Nous sommes complètement abandonnés et tout le monde veut quitter la Roya." Ce cri du coeur, c’est la boulangère de Saint-Dalmas-de-Tende qui le pousse, le 23 janvier dernier. La veille, la tempête Hortense a ravivé les plaies d’Alex, emportant plusieurs passages à gué de fortune. Cette commerçante est "à bout". Sa réaction excédée fait écho aux critiques régulièrement entendues dans la vallée depuis quatre mois. Sont-elles justifiées ?

Dans la Roya, beaucoup ont déjà tranché. Pour eux, la vallée n’est pas logée à la même enseigne que la Vésubie et la Tinée. Et ça ne date pas du 2 octobre 2020. "Il y a toujours eu le sentiment que la Roya était moins bien traitée que les autres vallées", rappelle le maire de Fontan, Philippe Oudot.

"Il faut arrêter de comparer et d’opposer", tempère Xavier Pelletier. Depuis son arrivée, le préfet délégué à la reconstruction des vallées a prêté une attention toute particulière à la Roya. Des efforts considérables ont été fournis pour désenclaver cette vallée, aussi. A coups de millions d’euros, de bulldozers et de bonne volonté. Mais pas avec la même configuration. Ni les mêmes dégâts. Ni les mêmes moyens.

Alors ? La Roya est-elle vraiment bien moins lotie ? Nice-Matin a entrepris de répondre à cette question, ô combien sensible pour nos vallées. En considérant les faits et les chiffres, plutôt que les polémiques et le ressenti.

1 Du retard à l’allumage

Ces passages à gué ont été endommagés à plusieurs reprises par les intempéries.
Ces passages à gué ont été endommagés à plusieurs reprises par les intempéries. (Photo Jean-François Ottonello)

3 octobre 2020. Lendemain d’apocalypse dans le haut pays azuréen. Sous un soleil insolent, une noria d’hélicoptères survole la Vésubie pour déposer les secours et évacuer les sinistrés. Dans la Roya voisine, les villageois hagards scrutent le ciel. Rien. Ou trop tard. Les hélicoptères arriveront le lendemain. Mais dans les esprits, le mal est fait. Les autorités locales fulminent : "On dirait que la Roya n’existe pas !"

"On a eu du mal à mobiliser l’armée", rembobine Charles-Ange Ginésy. Le président du Département des Alpes-Maritimes se souvient aussi que, dans les premières heures post-Alex, "Eric Ciotti et Christian Estrosi ont focalisé les médias". L’aura des deux ténors azuréens, intimement liés à la Vésubie et la Tinée, tend effectivement à aimanter les projecteurs au cours des premières heures. Sans faire injure à ses valeureux élus locaux, la Roya, elle, ne peut plus se prévaloir d’un poids lourd politique tel que le sénateur José Balarello, disparu en 2015.

Dans le sillage d’Alex, les réseaux de télécommunications de la Roya sont HS. De quoi aiguiser ce sentiment d’abandon. Les engins de chantier, eux, ont toutes les peines du monde à se frayer un chemin au-dessus de Breil. "Le seul moyen de passer, c’était le train. Et on a eu du mal à convaincre la SNCF d’aménager un quai provisoire. Elle n’a pas été réactive du tout", grince Charles-Ange Ginésy. Il nuance aussitôt : "Après, ils ont fait ce qu’il faut."

2 Des dégâts pas comparables

Entre Fontan et Tende, la circulation se fait en convois trois fois par jour, afin de permettre l’avancée des travaux.
Entre Fontan et Tende, la circulation se fait en convois trois fois par jour, afin de permettre l’avancée des travaux. (Photo Jean François Ottonello)

Tous les observateurs le répètent : "Les vallées ont des dégâts très différents." Sébastien Olharan, le maire de Breil-sur-Roya, résume : "Dans la Vésubie, les habitations ont été beaucoup plus touchées. Chez nous, ce sont les infrastructures. C’est juste lié à la morphologie des vallées. On ne peut pas avoir des réponses identiques à des problématiques différentes..."

Un signe ? Le bilan humain est plus lourd dans la Vésubie. Six morts et six disparus, contre trois morts et autant de disparus dans la Roya. à Saint-Martin-Vésubie, "cent maisons sont parties à l’eau", rappelle le maire Ivan Mottet. En revanche, cette vallée compte "20 km de routes détruites, quand on est à plus de 50 km dans la Roya", remarque Charles-Ange Ginésy.

Alex a pilonné sans distinction ces deux vallées. Mais leur profil a changé la donne. La route de la Vésubie est restée fermée durant de longs mois. Reste que ses habitants ont toujours pu compter sur des itinéraires bis. Rien de tel dans la Roya. La RD 6204 s’est retrouvée piégée par la crue monstrueuse dans les gorges de Paganin. "C’est le seul axe qui relie le bas de la vallée à Tende, observe Xavier Pelletier. Quand on veut à la fois le réparer et le laisser en partie ouvert à la population, c’est plus compliqué..."

3 Des moyens inégaux

Saint-Martin-Vésubie aussi peut compter sur un pont provisoire, mais ne peut masquer les stigmates d’Alex.
Saint-Martin-Vésubie aussi peut compter sur un pont provisoire, mais ne peut masquer les stigmates d’Alex. (Photo Christophe Cirone)

"Il faudrait qu’on s’appelle Fontan-sur-Vésubie !" Après la tempête, Philippe Oudot poste cette réflexion acerbe sur les réseaux sociaux. "C’était un petit coup de gueule, au début." Quatre mois plus tard, le maire de Fontan calme le jeu : "La situation s’est beaucoup arrangée. Je pense qu’on est traités à égalité avec la Vésubie. ça va moins vite. Mais la réflexion doit être plus longue aussi, car la topographie est plus complexe."

Pour autant, ce post ironique dit quelque chose de bien réel : la Roya ne joue pas à armes égales avec la Vésubie et la Tinée. La première dépend de la communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf). Les deux autres sont liées à la métropole Nice Côte d’Azur. "On n’a pas la même puissance économique", note avec lucidité Nadège Pastorelli, entrepreneuse dans la Roya. "Beaucoup de gens font l’amalgame. Mais on ne peut pas reprocher à la métropole de ne pas nous aider alors qu’on n’a pas voté pour en faire partie !" (1)

"La Métropole a une puissance financière que nous n’avons pas, que la Carf n’a pas", confirme le maire de Fontan. "On dépend beaucoup du Département." Or ce dernier est "totalement mobilisé et investi", salue Sébastien Olharan à Breil. "Je n’ai absolument pas à me plaindre de la façon dont les collectivités (Carf, Smiage, Département, Région, SNCF) sont intervenues sur la Roya." Au passage, il relève qu’Eric Ciotti a "mobilisé la plupart des moyens" départementaux. Et que Christian Estrosi a "fait preuve de solidarité" aussi.

4 L’héritage du passé

A la sortie de Saint-Martin-Vésubie, la route du Boréon reste un champ de ruines.
A la sortie de Saint-Martin-Vésubie, la route du Boréon reste un champ de ruines. (Photo Christophe Cirone)

L’histoire aurait-elle été différente si la Roya avait dit "oui" à l’ogre métropolitain, il y a dix ans ? Rien ne sert de refaire le match. Mieux vaut se souvenir que ce "non" s’inscrit dans un long récit. "Il y a des différences entre ces vallées. Elles sont le fruit de l’Histoire. Le haut de la vallée de la Roya n’a rejoint la France qu’en 1947", rappelle Xavier Pelletier. Cela n’empêche pas "un traitement tout à fait égalitaire du point de vue de l’Etat". Le "préfet vallées" vient même plus souvent dans la Roya, "parce qu’on y gère des difficultés d’accès majeures".

Sébastien Olharan le dit sans ambages : "La Roya était une vallée au développement plus en retard par rapport aux autres. Cela s’est accentué avec la tempête." Pour autant, le jeune édile est bluffé par les travaux engagés. "Personne ne s’attendait à retrouver une piste dès novembre. Or on l’a eue ! Les habitants ont un prisme tronqué par les raisons sociaux. Mais quand on leur explique, ils comprennent très bien."

5 Des difficultés qui s’accumulent

Problème : dans la haute vallée, les nerfs sont à vif. Même la résilience montagnarde est mise à rude épreuve par les galères, les privations, les désillusions subies depuis quatre mois. "On risque d’être faits comme des rats", a souvent répété le maire de Tende, Jean-Pierre Vassallo. Son homologue de Fontan évoque "la lassitude" des villageois. "Ils se sentent encore un peu abandonnés. On a l’impression que ça n’avance pas comme on aimerait. Pourtant, je pense que tout le monde fait son maximum."

Xavier Pelletier "comprend" ce sentiment. Une lassitude alimentée par un gros coup dur : la fermeture prolongée de la ligne Nice-Cuneo à Fontan, pour cause d’instabilité de la montagne. Or l’accès routier à Tende et la Brigue reste très limité. "Je mesure à quel point c’est compliqué d’avoir à respecter des horaires pour emprunter la voie. Mais si on veut la fortifier, il faut garder du temps pour le chantier", plaide le préfet. à vrai dire, la Roya n’a pas le monopole des effets collatéraux. Dans la Vésubie, la RM 2205 vient seulement de rouvrir.

6 Des progrès bien réels

A Fontan, la construction d’un ouvrage provisoire au niveau du pont du Caïros est prévue ce mois-ci.
A Fontan, la construction d’un ouvrage provisoire au niveau du pont du Caïros est prévue ce mois-ci. (Photo Jean-François Ottonello)

Il y a des nouvelles encourageantes dans la Roya, aussi. Et elles méritent d’être appréciées à leur juste valeur.

Côté routes, tout d’abord. Les travaux de reconstruction des ponts d’Ambo et du Caïros ont débuté sur la RD 6204. Des ponts provisoires, et non plus de fragiles passages à gué. La reconstruction définitive est prévue cet automne à l’issue d’un appel d’offres. Depuis deux mois déjà, un pont de secours type Bailey est installé à Tende. Tout comme dans la Vésubie.

Côté villages, ensuite. à Tende, la très stratégique supérette a enfin trouvé repreneur. à Fontan, le dernier commerce resté fermé après la tempête vient de rouvrir. Son maire veut positiver : "Dans notre malheur, on n’a pas les touristes mais on a les ouvriers !" La solidarité s’exerce aussi largement dans la Roya. Les bénévoles des Week-ends solidaires n’y ménagent pas leurs efforts. Et le Secours populaire, après Tende et Saint-Martin-Vésubie, vient d’ouvrir une antenne à Breil.

7 Des investissements impressionnants

Côté train aussi, les dernières nouvelles sont "encourageantes". à Fontan, "aucune nouvelle pathologie majeure", selon SNCF Réseau. Objectif : rouvrir toute la ligne d’ici avril. Pour l’heure, le train relie Nice à Fontan, où les équipes acrobatiques se démènent 7 jours sur 7. Etat, Région, Département et Italie se sont engagés à financer les 25 millions d’euros de travaux. Et le principe d’une relance de la ligne Nice-Cuneo, pour 160 millions d’euros, est déjà acté.

Autre chantier pharaonique partagé avec l’Italie : le tunnel de Tende. Malgré des dégâts impressionnants, le projet est relancé. La Région s’est engagée à hauteur de 37 millions d’euros. Le Département, investisseur majeur, est toujours de la partie.

"Avec nos services et Force 06, on s’est occupé de la Roya dès le début, sans tambour ni trompette", insiste Charles-Ange Ginésy. "L’important, ce n’est pas de mettre un grand coup de collier mais de tenir la distance. On ne vous laissera jamais tomber !" Le préfet Pelletier abonde le message : "C’est difficile, ça prendra un peu de temps, mais soyez patients : on les reconstruira, ces vallées."

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