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Les nanoplastiques sont une réelle menace pour les coraux, selon une étude du Centre scientifique de Monaco

Le Centre scientifique de Monaco vient de boucler une étude sur les effets délétères des nanoplastiques sur les coraux et leurs algues.

Julie Baudin Publié le 24/03/2022 à 16:00, mis à jour le 24/03/2022 à 10:42
L’océan a été gravement endommagé par le plastique. On estime que 10 à 12 millions de tonnes de déchets plastiques pénètrent dans l’océan chaque année et que d’ici 2025, la quantité totale de déchets plastiques marins approchera les 150 millions de tonnes. Photo Brandon Cole/Biosphoto

À l’affût de nombreux dysfonctionnements qui peuvent affecter l’environnement, le Centre scientifique de Monaco vient de publier une nouvelle étude sur les méfaits de la pollution plastique sur le milieu maritime.

Issus des vêtements
dits "polaire"

Au cœur de l’analyse des trois chercheurs du CSM (Christine Ferrier-Pages, Eric Béraud et Laura Marangoni), l’effet des nanoplastiques sur les coraux et leurs algues symbiotiques.

Une source de pollution qui vient de la dégradation des particules plastiques de plus grande taille, mais aussi directement des vêtements synthétiques comportant des microfibres, tels que ceux en matière dite ‘‘polaire’’.

"Le corail est un animal symbiotique, rappelle le Dr Christine Ferrier-Pages, directrice de recherche au département d’écophysiologie et d’écologie corallienne au CSM, sous la direction de qui l’étude a été menée. Il est composé d’un animal hôte, le polype, et de microorganismes symbiotiques, comme les algues, qui vivent à l’intérieur des tissus du polype. Ces deux organismes sont interdépendants. Alors que les macroplastiques se déposent sur les coraux, les nanoplastiques représentent eux une menace très particulière. Beaucoup plus petits, ils sont ingérés par le corail. Cela produit alors un effet de satiété et le corail se nourrit moins. Quant aux algues, qui sont un élément clé de la nutrition des coraux, elles sont également impactées et deviennent inactives. Elles sont alors expulsées hors des tissus du corail. Le corail ne dispose plus des moyens de se nourrir et débute alors un épisode de blanchissement."

 

Aucune étude à ce jour n’a mis en évidence l’impact de ces nanoplastiques sur l’environnement, trop petits ils ne sont en effet pas visibles à l’œil nu. Le CSM a donc mené son étude en laboratoire sur deux populations d’algues en culture qui ont été exposées à de fortes concentrations de nanoplastiques, ainsi que sur le corail Stylophora pistillata et ses algues symbiotiques.

Selon cette étude du CSM, à l’avenir, la persistance des coraux constructeurs de récif pourrait être gravement affectée par les effets cumulatifs de plusieurs formes de stress environnementaux (réchauffement, acidification, pollutions) mais aussi, donc, de plusieurs modalités d’agression par ces nanoplastiques.

10 à 1.000 fois plus nombreux que les microplastiques

Un phénomène qui est pris très au sérieux par les chercheurs. "À ce jour, on ne connaît pas la concentration des ces nanoplastiques en milieu naturel, mais on considère qu’ils sont entre 10 et 1.000 fois plus abondants que les microplastiques", révèle le Dr Christine Ferrier-Pages.

Quand la pollution plastique devient aussi un danger pour notre santé

Et si la pollution plastique avait un effet néfaste sur notre santé ? Le Centre Scientifique de Monaco s'est posée cette question, en collaboration avec le Boston College, la Fondation Minderoo et avec le soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco.

Dans le cadre de la Monaco Ocean Week, le CSM a organisé un atelier de travail sur deux jours: "Pollution plastique et santé humaine". Le Dr Hervé Raps, médecin délégué au CSM y participait. On fait le point avec lui.

Pourquoi avoir organisé cet atelier?
On a tendance à penser que la pollution plastique a un impact seulement sur l’environnement. Nous voulons nous attacher ici aux effets sur la santé humaine et formuler des recommandations. L’objectif est d’éduquer les professionnels de la santé, les décideurs politiques et le public sur les dangers du plastique et de catalyser les changements de politique qui permettront de freiner l’augmentation galopante de la production de plastique, de protéger la planète, de préserver l’océan et la santé de tous.

Parler d’un impact sur la santé est plus fort que parler d’un impact sur l’environnement?
Pour un certain public oui. La santé peut être un argument supplémentaire pour pousser à la mise en place de régulations sur la production de matières plastiques et l’utilisation.

Quels peuvent être les effets sur la santé?
D’abord il faut noter qu’il n’y a pas d’effet direct. Ce qui est plutôt une bonne chose, tant le plastique fait partie de notre vie. Ceci dit, le plastique présente des risques pour la santé humaine à chaque étape de son cycle de production et d’utilisation, de l’extraction du pétrole et du gaz qui en sont les principaux constituants, à la fabrication, au raffinage, à la consommation et enfin à l’élimination dans l’environnement sous forme de déchets indésirables. Ces risques commencent seulement à être définis et doivent être explorés de toute urgence.

Le chiffre

8 milliards. Le plastique est le matériau emblématique de notre époque. La production mondiale de plastique est passée de 1,7 million de tonnes par an en 1950 à plus de 400 millions de tonnes aujourd’hui et continue d’augmenter de manière exponentielle. On estime que 8 milliards de tonnes de déchets plastiques polluent aujourd’hui la planète.

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