Rubriques




Se connecter à

Les "Explorations de Monaco"... en action

La préservation des phoques moines à Madère est au cœur de la première mission scientifique des « Explorations de Monaco », menée à partir du Yersin. Les dix premiers jours ont été très intenses

arnault Cohen Publié le 31/08/2017 à 05:20, mis à jour le 31/08/2017 à 10:40
Le Yersin passera tout le mois de septembre dans les eaux de Madère et de Cabo Verde. Photo DR

Au soir du 27 juillet, à l'issue d'une cérémonie à laquelle ont participé le couple princier et ses jumeaux, le Yersin a quitté le port Hercule et pris le large. Direction la Macaronésie, un ensemble de quatre archipels situés au large des côtes allant du Portugal au Sénégal, composé des Açores, de Madère, des Canaries et des îles de Cabo Verde - le Cap-Vert.

Les choses n'ont pas traîné. Arrivé à Madère le 18 août, le navire scientifique a largué les amarres deux jours plus tard avec ses équipes de scientifiques et de spécialistes à son bord, pour entamer la première mission des "Explorations de Monaco", une vaste campagne qui sera menée pendant trois dans le monde entier, à l'initiative du prince Albert II (lire page suivante).

Préserver le phoque moine

Dès le 21 août, les premières opérations en mer commençaient. En l'occurrence, une reconnaissance des trois îles Desertas, un archipel portugais situé à une quarantaine de milles nautiques de Funchal, le chef-lieu de Madère. Ces îles ont la particularité d'abriter une aire marine protégée, dans laquelle vit une colonie de phoques moines de Méditerranée, une espèce en danger d'extinction.

 

"Il y a ici entre 40 et 44 phoques moines, explique Pierre Gilles, le directeur de la mission en Macaronésie. Le reste de la population, entre 400 et 700 individus, se trouve au Maroc, en Mauritanie et en Grèce. C'est l'espèce la plus menacée au monde. Débuter les Explorations de Monaco ici était donc une évidence."

 

Cinq ornithologues ont étudié les interactions entre les oiseaux marins, les cétacés et les poissons. Photos DR.

D'autant plus que la Fondation Prince Albert II de Monaco est engagée dans la protection des phoques moines en Grèce…

La colonie portugaise n'est pas la plus importante mais s'avère être particulièrement fragile en raison de son isolement. D'où l'urgence de la protéger.

C'est là que la mission monégasque, menée en partenariat avec l'Institut des forêts et de la conservation de la nature de Madère, l'organisme chargé de gérer l'aire marine protégée.

Très concrètement, les équipes du Yersin ont d'abord exploré la grande île de l'archipel et ses grottes, aériennes et sous-marines, qui servent d'hébergement et de site de reproduction aux phoques moines.

"Nous sommes ensuite montés vers le nord de l'archipel pour recenser de nouvelles grottes, explique Pierre Gilles. Il fallait un navire comme le Yersin pour y parvenir." 

 

Des plongeurs équipés de scooters sous-marins ont ainsi pu fouiller toute la côte. Dans quel but ?

"Mieux connaître l'habitat des phoques moines, réaliser des aménagements, sensibiliser les populations locales, notamment les pêcheurs, afin de protéger au mieux l'espèce."

Les oiseaux marins, les sédiments...

En dix jours, les scientifiques rassemblés sur le Yersin ne se sont pas focalisés que sur le phoque moine. Ils ont eu le temps de réaliser plusieurs autres études. La semaine dernière, pendant deux jours, une équipe de cinq ornithologues de Madère a embarqué sur le navire scientifique pour étudier les interactions entre les oiseaux marins et les cétacés, thons et autres poissons constituant de petites proies.

Certaines espèces d'oiseaux n'existent qu'ici et sont donc fragiles.

Les membres de la mission en Macaronésie ne sont pas près d’oublier ces images de dauphins, cachalots et des globicéphales – des baleines mesurant jusqu’à 8 mètres – croisés dans la zone de Madère. Photos DR.

"Ces ornithologues ont utilisé nos équipements pour couvrir une distance et une surface très importante", souligne le scientifique monégasque, la tête encore pleine d'images des dauphins, des cachalots et des globicéphales - des baleines mesurant jusqu'à 8 mètres - rencontrés.

Le Yersin a également accueilli à bord trois scientifiques de la Station de biologie marine de Funchal, qui ont réalisé un relevé de sédiments entre l'île principale de Madère et les Desertas.

"Ils ont trouvé une algue nouvelle, du corail noir, et sont repartis avec 250 échantillons. C'est du pain bénit pour leur travail à venir en laboratoire, sur la biodiversité de ces sédiments."

 

Et puis hier, au moment où Pierre Gilles commentait par téléphone les dix premiers jours des "Explorations de Monaco" en Macaronésie, trois plongeurs, avec l'aide de scooters sous-marins, effectuaient le recensement des écosystèmes marins au nord de Madère, sur 22 mètres de profondeur et 50 kilomètres de littoral.

Un travail de fourmis qui va durer trois jours, destiné à recenser les poissons, les compositions d'algues et les invertébrés. "Ils ont même eu la surprise de trouver un mérou jaune (inédit dans ce pays, NDLR)", se réjouit le scientifique monégasque.

Ces premières études auront été menées en dix jours à peine. Il y en aura des dizaines et des dizaines d'autres, puisque les « Explorations de Monaco » vont durer trois ans.


Le prince Albert II attendu mardi à Madère

Les scientifiques ont recensé les grottes des îles Desertas, dans lesquelles se reproduisent les phoques moines. Photo DR.

"Je ne peux pas partir trois mois comme le faisait le prince Albert Ier, confiait dans un sourire le souverain, en avril dernier. Je rejoindrai l'expédition une à deux fois par an."

La première fois, ce sera mardi prochain. Le 5 septembre, le prince Albert II est attendu à Madère, où il inaugurera une exposition consacrée à son trisaïeul, au Musée d'histoire naturelle de Funchal.

Il embarquera ensuite sur le Yersin, qui mène sa première mission scientifique en Macaronésie. Le 6 septembre, un atelier sur le phoque moine sera organisé à bord, réunissant des experts venus de tous les pays dans lesquels le mammifère est présent. L'occasion de faire un point complet sur cette espèce en voie de disparition.

Le navire retournera alors dans l'archipel des Desertas pour faire découvrir au souverain les grottes qui permettent aux phoques moines de se protéger et de se reproduire.

 

Il devra donc se mettre à l'eau, dans un océan quelque peu agité, et respecter les règles à l'entrée des grottes sous-marines : "Si un phoque se trouve à l'intérieur, le prince devra repartir. Sinon, il pourra visiter la grotte", explique Pierre Gilles, le directeur de la mission à Madère et Cabo Verde.

Ce sera le matin du 7 septembre. L'après-midi, le prince Albert II ira à la rencontre des rangers de Institut des forêts et de la conservation de la nature.

Son vice-président Paulo Oliveira lui expliquera les enjeux de la protection de l'archipel des Desertas. Le souverain inaugurera ensuite une exposition consacrée au phoque moine, montée à l'Institut avec l'aide des Explorations de Monaco.


Les prochaines études et missions

Trois plongeurs recensent en ce moment les écosystèmes marins au nord de Madère, sur 22 mètres de profondeur et 50 kilomètres de littoral. Photo DR.

Le Yersin restera en Macaronésie jusqu’à début octobre. Prochaine étape le 8 septembre: le navire scientifique prendra la direction des îles Selvagens – îles sauvages en portugais –, situées entre les Canaries et Madère.

"Ce sont des îlots rocheux inhospitaliers, inhabités, formant une aire marine protégée, explique Pierre Gilles. C’est le seul archipel de l’Atlantique Nord préservé de l’Homme. Là, se trouvent les eaux les plus claires de l’océan Atlantique."

L’objet des études qui seront menées dans ce petit paradis naturel? "Des travaux scientifiques sur la faune profonde, vivant entre 500 et 600 mètres de fonds, mais aussi sur les lézards à terre et sur les oiseaux."

À l’issue de cette première mission en Macaronésie, le Yersin traversera l’Atlantique pour passer deux mois dans les Caraïbes, en République dominicaine et en Martinique (novembre et décembre).

 

La suite du périple scientifique? L’océan Pacifique Est (îles Malpelo et Galapagos) de janvier à mars 2018; la Polynésie (îles Marquises et île du Millénaire) en juillet et août 2018; la mer de Corail (Nouvelle-Calédonie et détroit de Torrès) en novembre et décembre 2018; le Triangle de Corail (notamment à Tubbataha) au printemps 2019; l’océan Indien (Maldives, Seychelles, Chagos, Oman) en novembre et décembre 2019; la mer Noire et la Méditerranée en avril 2020; l’ouest de la Méditerranée en mai et juin 2020.

Parti de Monaco le 27 juillet dernier, le Yersin y reviendra donc à l’issue de ces campagnes d’explorations, au début de l’été 2020.

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.