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Les eaux de baignade sous haute surveillance à Monaco

Chaque lundi matin, la Direction de l’Environnement procède à des contrôles sur les plans physico-chimique et bactériologique sur les six sites de baignade de la Principauté de Monaco. Avec le traitement des eaux usées en amont, le risque sanitaire est rare.

Thibaut Parat Publié le 05/08/2022 à 09:38, mis à jour le 05/08/2022 à 10:39
Des relevés ont lieu toutes les semaines sur les six sites de baignade de la Principauté. Photo Stéphane Danna/Dir. com

Ce doit être le premier réflexe avant de faire trempette dans la Grande bleue: visualiser la couleur du drapeau flottant au-dessus du poste de secours ou prendre connaissance des résultats d’analyses de l’eau, dont l’affichage est obligatoire sur chaque lieu de baignade. Si la Principauté a déjà déconseillé la baignade à cause d’impondérables, comme les conditions météorologiques ou la présence de méduses, elle demeure très peu exposée aux menaces sanitaires sur ses baigneurs. On vous explique quels sont les garde-fous en amont et comment les autorités monégasques surveillent, de façon hebdomadaire, ses eaux de baignade.

Les eaux usées traitées à 97%

"En Principauté, les eaux usées, habituellement chargées en germes fécaux, ne sont pas rejetées directement en mer. Avant cela, elles sont traitées par l’usine de traitement des eaux résiduaires (UTER)", indique Valérie Davenet, directrice de l’Environnement. Près de 98% de ces eaux sont traitées par cette infrastructure souterraine récemment modernisée. "Sur le pourtour méditerranéen, ce type d’usines n’existe pas toujours. À certains endroits, il y a encore des rejets industriels, des fosses septiques ou des maisons individuelles qui rejettent les eaux usées dans le vallon avant qu’elles ne finissent en mer. À Monaco, tous les immeubles sont raccordés au réseau."

Des contrôles hebdomadaires

Tous les lundis matin, du 1er mai au 30 septembre, la Direction de l’Environnement procède à des prélèvements sur six sites de la Principauté: les deux anses du Larvotto, le Solarium, la plage des pêcheurs et les zones de baignade situées près du Monte-Carlo Bay et du Méridien Beach Plaza. Une obligation réglementaire du Code de la mer monégasque.

 

Durant l’année, au moins une fois par mois, d’autres contrôles sont effectués sur la côte pour parfaire la connaissance du milieu marin.

Une fois l’analyse des prélèvements effectuée, les résultats sont affichés sur les lieux de baignade. Photo Cyril Dodergny.

Que recherchent-ils?

Le premier volet concerne la présence d’éventuelles bactéries: des streptocoques et coliformes fécaux ou encore des coliformes totaux.

"Ces matières fécales peuvent contaminer l’eau et avoir un impact sanitaire sur les baigneurs, explique Valérie Davenet. En dessous des valeurs guides, l’eau est sanitairement de bonne qualité. Au-dessus, celle-ci est jugée moyenne. Quand on est supérieur aux valeurs dites impératives, on parle d’une mauvaise qualité de l’eau."

Les paramètres physico-chimiques sont aussi surveillés de très près et doivent être conformes à la réglementation en vigueur. "Ce sont la transparence, la coloration, les substances tensio-actives comme la mousse, la présence d’huiles minérales, de résidus goudronneux ou de matières flottantes", liste-t-elle.

Où sont analysés
les prélèvements?

Les prélèvements sont analysés à Monaco, dans les locaux de la Direction de l’Environnement, par des biologistes. Les délais de résultats peuvent osciller entre quelques heures, pour l’aspect physico-chimique, à 48 heures pour la bactériologie, le temps de faire pousser les germes dans les milieux adéquats. "Mais en 24 heures, on a déjà des premières indications sur la qualité de l’eau", précise la directrice de l’Environnement.

 

Y a-t-il déjà eu des interdictions de baignade pour des raisons sanitaires?

Oui, mais cela demeure rarissime. Le 1er juillet 2019, les autorités monégasques brandissent le drapeau rouge sur la plage du Larvotto et le Solarium de la Digue à la suite d’une pollution organique accidentelle.

Ce jour-là, une erreur de manipulation humaine a conduit au débordement d’une vidange d’eaux usées dans le collecteur d’eaux pluviales du Larvotto. Deux jours plus tard, tout est rentré dans l’ordre.

Quelques jours plus tôt, par prévention, la baignade avait été interdite après la fuite de 80 litres d’huile hydraulique bio sur le plan d’eau du chantier de l’extension en mer, côté Grimaldi Forum. Une cellule de crise avait été activée mais la pollution avait été vite contenue par divers équipements.

Photo Jean-François Ottonello.

15.000 m3 d’eaux usées dépolluées rejetées chaque jour en mer

L’usine de traitement des eaux résiduaires (UTER) traite à hauteur de 98 % la pollution dite "carbonée" et une partie de la pollution "azotée" contenues dans les eaux usées. "On ne traite pas spécifiquement la pollution dite phosphorée car cela est réservée aux secteurs placés en zone sensible, dont la Méditerranée ne fait pas partie, précise Manuel Nardi, directeur général de la Société monégasque des eaux (SMEAUX). Quant à la pollution bactériologique, on ne la traite pas au sein de l’usine d’épuration. Les micro-organismes présents dans les eaux usées sont habitués aux eaux douces, alors, dès qu’ils rencontrent le milieu marin, ils sont littéralement détruits par la présence du sel."

En plus des eaux usées monégasques, l’infrastructure enterrée sous Le Triton, rue du Gabian, traite celles de Beausoleil et une partie de celles de Cap-d’Ail et La Turbie. Avec 27 millions d’euros investis pour l’extension de l’UTER, la Principauté a ainsi accru sa capacité de traitement journalier du flux - de 100.000 à 130.000 habitants - pour l’avenir.

Le rejet en mer de ces eaux dépolluées, à raison de 15.000 m3 par jour, s’opère à 800 mètres du littoral monégasque depuis un émissaire placé à 100 mètres de profondeur. "En matière de rejet, Monaco fait bien mieux que les exigences européennes. Même avec 2% de pollution rejetée après traitement, le rejet de l’UTER ne dégrade pas la qualité de l’eau de mer, assure Manuel Nardi. Des analyses sont régulièrement effectuées au droit de l’émissaire pour vérifier son bon fonctionnement, la conformité du milieu ambiant et repérer d’éventuelles anomalies."

Les seuls risques de rejets incontrôlés d’eaux usées en mer ont lieu lors de gros orages, lesquels provoquent la surcharge naturelle du réseau de collecte. "Mais l’État a développé des bassins d’orage qui font de la rétention et évitent que le réseau ne soit sous tension. Le dernier, au niveau du rond-point du Portier, a quelques années", explique-t-il.

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