"Les dernières pluies ne règlent pas le problème de sécheresse chronique." Ce météorologue appelle à se préparer au déficit en eau

Agriculteur, hydrologue, maire... ils se trouvent tous confrontés à une sécheresse inédite. Comment gèrent-ils cet aléa climatique? Dans ce format témoignage, nous partons à la rencontre de ces acteurs pour comprendre avec eux l'impact de la sécheresse, ses enjeux et les solutions qu'ils mettent en œuvre pour y parer. Un carnet de bord au long cours à découvrir chaque week-end tout au long de l'année. Ce samedi, Gaétan Heymes, météorologue et nivologue à Météo France.

Sophie Casals Publié le 23/09/2023 à 18:30, mis à jour le 22/09/2023 à 17:57
Gaétan Heymes

Qui est l’interlocuteur et pourquoi il participe?

Gaétan Heymes est météorologue au centre de Briançon de Météo France. "Je couvre toute la partie Alpes du Sud avec la partie montagne pour les Alpes-Maritimes", explique-t-il. Levé tôt le matin, il est dès 5h45 à la station qu’il quitte vers 18 heures le soir. "Il faut préparer les premiers bulletins météo pour diffusion à 7h30", précise-t-il.

Cet ingénieur prévisionniste et nivologue a pour fonction la prévision, entre autres, des risques d’avalanches à partir d’observations émises en station de ski. Pour lui, la sécheresse est un sujet au long court qui a débuté dès l’été 2021. "L’hiver et l’été qui ont suivi ont été particulièrement secs", constate-t-il.

Donner un éclairage, se rendre compte qu’on est vulnérable face au manque d’eau lié à un déficit chronique de précipitations sont autant d’arguments qui l’ont enjoint à participer à l’initiative de Nice-Matin.

Quelle est la situation actuelle?

A quelques jours de l'automne, Gaétan Heymes revient sur l'été caniculaire que vient de connaître la région.

"Dans les Alpes-Maritimes et le Var, l'été a été très chaud, pose-t-il. Mais, du côté de la pluviométrie, sur les mois de juin, juillet et août il a été proche des normales. On a eu un épisode significatif fin août, mais ces pluies d'été ne règlent pas le problème de sécheresse chronique. D'avril à octobre, les précipitations profitent à la végétation mais beaucoup moins aux aquifères (ndlr : roches qui abritent de l'eau). C'est pour cette raison que nous sommes encore dans une situation de sécheresse critique sur la Côte d'Azur".

Et le spécialiste de rappeler: "ça fait 2 ans maintenant que nous avons une sécheresse qui se prolonge. Si l'année hydrologique (qui court de septembre à août) 2022-2023 a été un peu moins pire que la précédente, elle reste déficitaire."

Quelle est son action?

"Les tendances pour l'automne sont assez favorables côté pluies, mais ça ne veut pas dire que tout le bassin sera arrosé, tempère-t-il. Avant d'expliquer comment il travaille sur ces tendances.

"On utilise des modèles de circulation atmosphérique et on y inclut des anomalies océaniques, de l'Atlantique Nord. Cette simulation numérique donne des tendances de températures et de pluviométrie."

Il s'interrompt pour consulter les probabilités.

Il y a 50% de chance que l'automne soit plus humide, 25% qu'il soit conforme, et 25% qu'il soit plus sec.

Doit-on craindre des épisodes pluvieux très intenses, dit épisodes méditerranéens?

"Il est probable qu'ils se mettent en place en septembre-octobre-novembre. Ils surviennent chaque année. On pourrait avoir des intensités de pluie plus fortes car la mer Méditerranée est plus chaude. Il y a eu un épisode dans les Cévennes il y a 2 semaines."

Les prévisionnistes surveillent la situation. "On a les premiers signaux 7 à 10 jours à l'avance, puis à l'échelle du département 3-4 jours avant sa survenue. C'est 24 heures avant qu'on arrive à une échelle plus fine. Mais ces événements ont toujours leur lot d'incertitudes."

Pour Gaétan Heymes "la préparation des populations aux risques" est nécessaire en France où des événements extrêmes se produisent.

De son côté, le prévisionniste répond présent aux sollicitations. "Je donne des conférences grand public sur les effets du changement climatique sur les événements extrêmes dans les Alpes du Sud." Il intervient aussi auprès des décisionnaires.

"Je leur donne des clés pour comprendre pourquoi le climat change, ce qu'implique la baisse de l'enneigement dans les Alpes du Sud pour les stations de sport d'hiver qui en sont dépendantes."

Quelles sont ses réflexions sur la sécheresse qui frappe le territoire?

"Il faut se préparer à une sécheresse qui se prolonge. Car même s'il pleut en automne-hiver, nous ne sommes pas sûrs que ce sera suffisant. S'il tombe plusieurs dizaines de millimètres, ça ne remplira pas les nappes phréatiques. Il faudrait plusieurs épisodes pluvieux abondants mais pas extrêmes, car dans ce cas les eaux ruissellent."

Un enneigement généreux serait le bienvenu. "On n'en a pas eu d'abondant depuis 3 ans, or la neige représente un stock d'eau important: quand elle fond elle alimente les rivières puis les nappes."

Mais, insiste le prévisionniste, "il y a un déséquilibre dans la ressource en eau, il ne faut pas s'attendre à un retour à la normale. De décennie en décennie, la ressource diminue. L'été, comme il fait plus chaud, il y a plus d'évaporation. Il faut se préparer à un problème qui ne sera pas conjoncturel, mais à des sécheresses plus récurrentes. Parler d'adaptation c'est regarder comment faire face."

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