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Les atrocités nucléaires peuvent encore arriver

Mis à jour le 10/11/2019 à 10:23 Publié le 10/11/2019 à 10:23
Dans la culture japonaise, il est très inhabituel de s’épancher sur sa vie privée. Noriko Sakashita a dépassé cela pour partager avec le monde l’horreur de son enfance.

Les atrocités nucléaires peuvent encore arriver

Noriko Sakashita a survécu à la première bombe nucléaire de l’histoire, larguée sur Hiroshima en 1945. Elle était à Monaco pour raconter son enfance, après le bombardement

Noriko Sakashita est une hibakusha. Dans son pays, le Japon, cela signifie « personne affectée par la bombe ». C’est le nom que l’on donne aux survivants de l’arme nucléaire. Un mot créé de toutes pièces, qui reflète le nombre de victimes et le besoin de les désigner.

Dans son tailleur clair, dont les motifs sont empruntés aux traditionnels kimonos, elle rejoint avec une grande joie le quai du port de Monaco. Rien sur le visage de cette petite femme vive ne laisse deviner l’horreur qu’elle a vécue enfant et qui a influencé toute sa vie. Le 6 août 1945, elle a 2 ans. Ce qui va se produire à 8 h 15, alors qu’elle joue sur la véranda, pendant que sa mère fait la lessive, elle ne s’en souvient pas. « J’étais trop jeune pour avoir des souvenirs à moi. Mais tous les membres de ma famille qui ont survécu m’ont raconté la même histoire. » Encore. Et encore.

Et le monde devint noir

Ce matin-là, une lumière d’une intensité inconnue jusqu’alors irradie la ville. Puis l’explosion, le souffle. La destruction. Leur maison, comme celle de tout le quartier, est balayée. Ils sont soufflés. « Tous les voisins, les enfants, étaient sous les débris. Un peu plus tard, ma grand-mère et ma mère ont essayé de sauver des femmes et des enfants. Mais nous nous sommes retrouvés engloutis dans une mer de flammes. » Au cœur du chaos, ils errent ensemble à la recherche d’un endroit sûr. Ils ne savent pas encore qu’il n’y en a pas. « Le monde était devenu tout noir, couvert par des poussières, de la suie et des cendres. Les rues étaient pleines de blessés, nus, les vêtements en lambeaux, certains éventrés, retenant leurs tripes, la peau brûlée et décollée, à la recherche d’un peu d’eau à boire. Et puis une pluie noire et dure comme du goudron s’est mise à tomber. Nous avons appris plus tard que c’était une pluie de cendres radioactives. La ville d’Hiroshima a été envahie par les flammes pendant trois jours et trois nuits. »

Un cataclysme qui les suivra des années durant. Qui les marquera pour toujours. « Lorsque nous avons pu nous enfuir, ma mère a vu une voisine attraper ma jambe. Elle pouvait voir son visage et ses mains mais le reste de son corps était sous les débris. Elle voyait bien qu’elle implorait son aide, et malgré son chagrin, pour me sauver, elle a repoussé la voisine. Ce souvenir l’a hanté toute sa vie. Elle considérait qu’à partir de ce moment-là, elle était devenue un démon. »

Pendant des années, on leur cachera qu’ils ont été exposés à la radioactivité. Quand elle a 10 ans, sa santé se dégrade. « Sous mon bras, une boule est apparue. » Elle dessine devant nous un cercle de la taille d’une pastèque. « C’était très impressionnant. Quand on est allé à l’hôpital, beaucoup d’enfants avaient la même chose. » Plus tard, sa colonne vertébrale se déforme. Elle est une jeune adulte, et elle enseigne. « J’avais un statut précaire. Je ne pouvais pas me permettre d’être malade, j’aurais perdu mon emploi. »

Parler de paix

À la douleur physique s’ajoute une autre peine : « La société japonaise nous a discriminés. Il était très difficile de trouver un emploi ou quelqu’un pour se marier. » Elle a eu de la chance. « Quand j’ai avoué à mon fiancé et sa famille que j’étais hibakusha, le patriarche a dit à mon sujet : “Il faut chérir la fille qui aime la vie et qui parle de paix”. »

Elle continue aujourd’hui de parler de paix. Elle n’a pas eu d’enfants, mais elle va d’établissements en établissements pour témoigner : « Je suis venue pour partager mon expérience du bombardement. Les atrocités de l’arme nucléaire n’appartiennent pas qu’au passé. Elles peuvent encore arriver. Aujourd’hui, neuf pays possèdent des armes nucléaires qu’ils peuvent utiliser. Elles peuvent faire disparaître l’humanité comme un objet sans valeur. Quand je regarde les actualités, j’ai peur. J’ai vraiment peur. Pourquoi se comportent-ils comme ça ? Aujourd’hui, tout est contrôlé par des ordinateurs. Il suffirait de presser un bouton pour détruire le monde. Il faut arrêter cela. »


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