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Les 1.000 solutions de Bertrand Piccard, l'aventurier de Solar Impulse, pour réconcilier environnement et économie

Mis à jour le 14/04/2021 à 12:21 Publié le 14/04/2021 à 11:47
A 63 ans, le Suisse s’est trouvé une nouvelle façon de poursuivre son engagement.

A 63 ans, le Suisse s’est trouvé une nouvelle façon de poursuivre son engagement. Photo Philip Böhlen

Monaco-Matin, source d'infos de qualité

Les 1.000 solutions de Bertrand Piccard, l'aventurier de Solar Impulse, pour réconcilier environnement et économie

L’explorateur suisse, cinq ans après l’aventure Solar Impulse, fédère un millier d’initiatives propres proposées aux décideurs internationaux pour réconcilier environnement et économie.

La chanson française avait en son temps son Monsieur 100.000 Volts, l’écologie a désormais son Monsieur 1.000 solutions. L’explorateur suisse Bertrand Piccard vient de dévoiler un portefeuille d’un millier de bonnes idées qu’il a collectées dans le monde entier pour former des propositions réconciliant protection de l’environnement et économie.

On l’avait quitté il y a cinq ans, achevant son pari fou de faire le tour du monde à bord d’un avion électrique propulsé à l’énergie solaire.
Le défi Solar Impulse est devenu une fondation - animée par quarante personnes et incarnée par Bertrand Piccard - dont l’essence a été pendant quatre ans de sélectionner 1 000 solutions propres et rentables pour répondre à la crise environnementale et aider les décideurs politiques et économiques à atteindre leurs objectifs de neutralité carbone avant 2050.

"Aboutir à ce millier de solutions c’est le plus grand succès de notre fondation depuis l’atterrissage de l’avion solaire à Abu Dhabi", se réjouit l’explorateur, paré à cette nouvelle aventure. Interview.

Ce millier de solutions que vous avez compilé sont le fruit d’une quête de quatre années. Comment s'est organisée la recherche ?
Dès le départ on m’avait dit que ce serait impossible ! Mais, comme d’habitude, je n’ai pas beaucoup écouté [rires]. Lors de la COP22 à Marrakech, en 2016, je me suis engagé à ramener mille solutions rentables pour protéger l’environnement et je l’ai fait publiquement pour ne plus pouvoir reculer. Il a fallu localiser, dans le monde, des solutions financièrement rentables pour protéger l’environnement. En ce moment, l’Europe est le centre de gravité de ces propositions. Nous avions identifié des start-up que personne ne connaissait. Ou alors des grandes entreprises dont les solutions étaient considérées comme du marketing. Puis il a fallu arriver à motiver ces innovateurs à nous soumettre un dossier. Ces dossiers étaient analysés ensuite par notre groupe de 420 experts indépendants pour déterminer ou pas si la solution pouvait obtenir le label "Solar Impulse Efficient Solution".

Avez-vous été rassuré ou surpris des solutions trouvées ?
Ça a commencé très lentement. Il a fallu mettre en place tout un processus de labélisation et un processus de recherche technologique qui n’existait pas. Il a fallu motiver les porteurs de solutions, pour leur démontrer l’utilité de notre projet. Maintenant, c’est formidable, les solutions arrivent toutes seules. On dépasse le millier aujourd’hui, mais il y en a encore 230 à labelliser. Et nous allons continuer, car l’innovation continue. Je dois dire que je suis fasciné par l’imagination, la créativité, l’inventivité de tous ces chercheurs et ces innovateurs. Quand on a fondé l’Alliance mondiale pour les Technologies Propres, certains sont venus me voir les larmes aux yeux, en disant maintenant qu’ils étaient heureux de voir que l’on mettait en lumière leur existence et leurs travaux. C’était très touchant.

Ces projets ont votre soutien moral. Mais également votre soutien financier ?
Nous n’avons pas, nous-même, les moyens pour investir, mais nous leur présentons des investisseurs. Et cette année, nous allons ouvrir deux fonds d’investissement destinés exclusivement aux innovateurs labellisés.

Dans quels domaines ces solutions sont-elles pensées pour agir ?
Très largement ce sont des solutions pour utiliser nos ressources dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des constructions, de la mobilité, de l’industrie et de l’agriculture. Nous avons par exemple identifié une société qui produit un additif à mettre dans le processus de fabrication des plastiques de manière à ce qu’ils soient biodégradables. Autre exemple, l’entreprise Waga, récupère le méthane des décharges publiques pour l’utiliser comme énergie. Je peux aussi citer une solution qui est déjà utilisée à Monaco, sur le chantier de l‘extension en mer. Il s’agit d’un béton innovant et poreux qui favorise le biotope marin et permet à toute la flore et la faune marine de se reconstituer sur sa surface.

Ce millier de solutions aujourd'hui identifié, comment allez-vous le mettre en lumière ?
Nous allons les rassembler sous forme d’un guide. Puis j’entamerai à la fin de l’année 2021 un tour du monde pour amener ce guide aux chefs d’États, aux gouvernements et aux entreprises pour leur montrer que des outils existent pour pouvoir atteindre leurs buts environnementaux. Beaucoup de décideurs se fixent aujourd’hui des objectifs de neutralité carbone pour 2050 mais n’ont pas encore les outils. Notre but est de leur montrer que ces outils existent, de les mettre en contact avec des entreprises qui produisent ces solutions de manière à favoriser des politiques environnementales beaucoup plus rapides et beaucoup plus ambitieuses.

"Il n'y a plus d'excuse à l'inaction", répétez-vous souvent. Ne risque-t-on pas de vous opposer la pandémie que nous traversons actuellement et l’énergie qu’elle mobilise pour faire passer les volontés environnementales au second plan ?
Au contraire ! Des centaines de milliards d’euros sont déversées sur les marchés pour la relance économique. C’est justement dans l’efficience énergétique, dans les énergies renouvelables, dans les technologies propres que cet argent doit être utilisé. Ce serait une aberration aujourd’hui de soutenir l’industrie automobile pour continuer à fabriquer de gros moteurs polluants alors qu’on peut fabriquer des véhicules plus propres. Il faut favoriser les énergies renouvelables, l’économie circulaire. Ce sont ces secteurs-là qui doivent pouvoir profiter des milliards d’euros de la relance post-Covid. Reconstruire de manière plus durable, plus moderne et moderniser nos infrastructures, nos industries, nos sources d’énergie.

Ce millier de solutions entend être un puits d’efficience en réconciliant la défense environnementale et l’économie. C’est la clé à votre sens pour être audible aujourd’hui sur ces questions écologiques : démontrer qu’elles peuvent être sources de profit ?
À 100 %, complètement. Vous savez, si nous allons vers des gouvernements et des entreprises en leur disant, comme jusqu’à présent, que la protection de l’environnement c’est cher, ça nécessite des sacrifices, des subventions publiques… on n’aura pas de succès. Alors que si on leur dit qu’on peut être plus rentable, créer des emplois, faire du profit en protégeant l’environnement, à ce moment-là, je crois que nous aurons un succès énorme.

Quel sera ce parcours de ce nouveau tour du monde pour évangéliser les décideurs de vos solutions ?
Cela va dépendre des possibilités de voyage après la pandémie et des rendez-vous que j’obtiendrais auprès des chefs d’État. Ce ne sera pas un périple, mais je crois plutôt que je vais rayonner, depuis la Suisse, au gré des rendez-vous. Ce que je peux vous dire, c’est que le prince Albert II étant parrain de la Fondation Solar Impulse, Monaco sera une de nos premières destinations.

Stimuler l'évolution de l'aviation

Le vote en première lecture à l’Assemblée nationale française, le 10 avril dernier, de la suppression de certaines lignes aériennes intérieures en France, en cas d’alternatives en train de moins de 2h30 a provoqué un débat animé.

"Ça ne sert à rien de s’acharner sur l’aviation pour la casser", estime Bertrand Piccard, "ce qu’il faut c’est la stimuler pour qu’elle évolue. Et elle va évoluer. Historiquement, l’aviation a toujours été leader en termes d’innovation. Il a fallu soixante-six ans pour passer de l’avion des frères Wright à l’atterrissage sur la Lune, on peut se dire qu’en quinze ans on va pouvoir produire des avions qui sont propres, ça ne fait aucun doute", prévient le Suisse.

Partenaire d’Air France

Sur le marché, des avions de deux à quatre places volent déjà avec des batteries électriques. Aux États-Unis, un avion de neuf places fonctionne à l’hydrogène. "Ce genre de produits commence à se développer et résoudra à terme, une partie de cette polémique. Aujourd’hui, à la fois les compagnies aériennes et les constructeurs doivent y réfléchir", assure Bertrand Piccard. La Fondation Solar Impulse est d’ailleurs partenaire d’Air France pour leur souffler des solutions plus pertinentes pour l’aviation commerciale.

"Nous partageons avec la Fondation Solar Impulse une même conviction : le monde de demain a besoin de l’aviation. Notre responsabilité est que l’aviation de demain soit pleinement conciliable avec la préservation de notre planète. Explorer toutes les pistes pour des opérations plus responsables en vol comme au sol, c’est agir. Cette transformation est non seulement possible mais déjà engagée", confirme dans un message Anne Rigail, directrice générale d’Air France, qui fait partie d’une quinzaine de grandes compagnies qui soutiennent l’action de Bertrand Piccard et ses équipes. Au même titre que BNP Paribas, Schlumberger, Solvay, ENGIE ou LVMH.

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