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Le réchauffement climatique vu à l'autre bout de la terre

À l'invitation d'un artiste aborigène, le prince et une délégation se sont rendus quatre jours sur l'île Badu, au large de l'Australie. Ils ont pu mesurer les dégâts causés par l'homme sur la nature

Thibaut Parat Publié le 17/11/2018 à 05:15, mis à jour le 17/11/2018 à 05:15
Monaco Explorations

Badu. Une petite île à une journée de vol de Monaco, nichée dans le détroit de Torrès. Une superficie lilliputienne de 250 km² dans cette vaste étendue d'eau entre l'Australie et la Nouvelle-Guinée. Une île sauvage avec ses montagnes granitiques, son sable blanc, ses mangroves et récifs coraliens.

Un petit paradis sur terre, en somme. Mais menacée, notamment, par le réchauffement climatique et la montée des eaux. Sans parler de la pollution du plastique. C'est dans ce contexte - et dans le cadre des Explorations de Monaco - que le prince Albert II s'est rendu début novembre sur ce lopin insulaire.

Quatre jours en immersion auprès des autochtones, quelques heures seulement après avoir participé à une grande conférence internationale sur les océans à Bali (lire notre édition du 12 novembre). « C'était la première fois qu'ils recevaient un haut responsable occidental. Cette exploration était en décalage avec les missions scientifiques précédentes car elle était plus tournée sur l'humain. Le but était de mieux comprendre les relations entre l'humanité et la mer afin de mieux les réconcilier. Là-bas, ils vivent en équilibre et en respect avec la nature. Et n'ont pas de vision anthropocentrique de la nature», explique Robert Calcagno, directeur de l'Institut océanographique.

 

Sur place, à son arrivée, le souverain a été accueilli comme un… roi. Par le conseiller de l'île, d'abord, puis par le représentant des Elders, le conseil des anciens de l'île. Avant de se plier bien volontiers à la cérémonie d'accueil : chants et danses traditionnels, bain de foule, collier de fleurs de frangipaniers...

Un degré de plus en vingt ans

L'occasion, aussi, de revoir l'activiste et artiste local, Alick Tipoti, à l'initiative de ce rendez-vous en terre inconnue (lire ci-dessous). Longuement, les deux hommes que tout oppose en apparence - mais unis par une vision commune : celle d'un rapport équilibré et respectueux de l'homme avec la nature - ont échangé sur les enjeux auxquels doit faire face la communauté indigène. Érosion des côtes insulaires lors de grandes marées, disparition des coraux suite à des épisodes répétés de blanchiment… Ajoutée à cela, l'érosion de leur culture ancestrale. Les Elders ont ainsi fait part au prince et à sa délégation de leurs craintes sur une disparition programmée de leur lieu, mode de vie, langue et héritage.

« On a senti l'impact de la société occidentale avec la raréfication des ressources de la pêche, les coraux plus abîmés, le plastique qui s'échoue sur les plages avec cette bouteille qu'on a retrouvée avec une écriture indonésienne. De plus, au cours des vingt dernières années, la température de l'eau a augmenté de 1 degré. Cela amène un changement climatique : des épisodes orageux et cycloniques plus intenses, relate Robert Calcagno. Ils constatent aussi l'augmentation du niveau de la mer qui grignote leur littoral, avec la nécessité pour certaines personnes de devoir se délocaliser. »

 

Vers une économie circulaire ?

Une influence occidentale qui s'immisce de plus en plus dans l'île Badu. Au point de poser la question cruciale de comment se développer à l'avenir. Imiter les sociétés occidentales en adoptant une économie linéaire ? Ou choisir une autre voie, plus salutaire. « Il leur faut concilier leurs traditions de respect de la nature avec le développement économique. Cela peut être l'économie circulaire pour laquelle nous pourrions les aider via la fondation Prince Albert II et celle d'Ellen MacArthur. »

En résumé, une économie respectueuse de la nature, économe en ressources et sans trop de production de déchets. Utopique ? Pas forcément. Toujours est-il qu'un passage à l'école primaire de Badu a permis de distiller des messages puissants à l'attention de la jeune génération. La seule qui soit à même de changer le cours des choses. La seule à pouvoir protéger « Mère Nature » dans le futur.

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