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"La Méditerranée est un hot spot du changement climatique", alerte un climatologue et membre du Giec

Robert Vautard est spécialiste des événements climatiques extrêmes, directeur de recherche au CNRS et de l’Institut Pierre-Simon Laplace à Paris. À ce titre, il a participé au sixième rapport sur le climat du Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (Giec), publié le 9 août 2021. Il a coordonné le chapitre sur l’évaluation des risques et des impacts du réchauffement climatique, dans les régions, dont la Méditerranée.

Célia Malleck Publié le 05/08/2022 à 11:30, mis à jour le 05/08/2022 à 10:10
"Tant qu'il y aura des gaz à effet de serre, la sécheresse va continuer et s'amplifier en Méditerranée" Photo AFP

La sécheresse exceptionnelle de 2022 n’est qu’un aperçu de ce qui nous attend à l’avenir?
Oui pour la Méditerranée, mais je ne suis pas aussi catégorique pour les régions plus au Nord de la France qui devraient voir les pluies générales augmenter sur l’année. La Méditerranée et le Sud-Ouest de la France sont sujets à une sécheresse plus fréquente, due au réchauffement climatique. Ce phénomène va continuer et s’amplifier tant qu’il y aura des émissions de gaz à effet de serre.

Quelles conséquences sur nos sols?
Le gros problème de la terre sèche, c’est que l’eau ruisselle. Elle ne s’infiltre pas, n’est pas efficace pour les cultures et peut même être dévastatrice pour elles, à cause du ruissellement.

 

Dans les Alpes-Maritimes, beaucoup craignent une nouvelle tempête Alex. Doit-on s’attendre au pire cet automne?
Je comprends les craintes et les partage. Je n’ai pas de boule de cristal pour cet automne, mais les configurations thermiques ne sont pas du tout favorables. En ce moment, on est en crise sécheresse et canicule. Il y a une anomalie de température en mer Méditerranée extrêmement forte, qui a pu aller jusqu’à 5 à 6°C au-dessus des normales de saison.

La mer est très chaude et ne va pas se refroidir d’un coup. Elle va conserver la chaleur qui pourrait favoriser plus d’évaporation et d’humidité dans l’air. Il faut toutefois une configuration de vent très particulière pour déclencher un épisode méditerranéen. Il faut une arrivée d’air froid et de vent du sud. Le conflit de masse d’air va produire ces phénomènes orageux extrêmement violents, qui sont 20% plus intenses qu’il y a 50-60 ans.

En 2021, vous rendiez un rapport avec le GIiec indiquant qu’en Méditerranée, le changement climatique sera l’un des plus radicaux. Pourquoi?
La Méditerranée est un hot spot du changement climatique. Il y a beaucoup de changement et des conséquences qui vont s’abattre sur la région. L’aridification, notamment : moins de pluie, plus de sécheresse, la canicule, le risque de feu, la montée du niveau de la mer. Le changement des vents et des cyclones méditerranéen dont l’intensité va croître, à l’automne, au point de s’approcher des cyclones tropicaux.

Que préconise le Giec pour éviter la catastrophe?
Le GIEC ne fait pas de recommandations au gouvernement, mais des préconisations. Il y a deux types de mesures. L’atténuation, d’abord : limiter les gaz à effets de serre, les réduire à zéro en 2050 pour stabiliser le réchauffement climatique à 1,5°C. On n’évitera pas la canicule, ni la sécheresse mais 1,5°C en plus restera gérable. On peut le faire, c’est qu’une question d’organisation.

L’autre mesure, c’est limiter les conséquences du réchauffement climatique. Il faut prendre en compte les nouveaux risques. En région Ile-de-France, comme dans le Sud, il faut se préparer à avoir des 50 °C et des conséquences en cascade. Les réseaux électriques et d’eau peuvent être fragilisés. Il faut voir aussi les conséquences sur l’agriculture, les hôpitaux... On va avoir à faire face à des situations hors normes, si on se prépare, on survivra.

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