“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Elles flottaient au large de la Côte d'Azur... Immersion au chevet des tortues sauvages soignées par Marineland au cap d’Antibes

Mis à jour le 11/08/2019 à 11:28 Publié le 11/08/2019 à 08:27
Un sac plastique d’une bonne quinzaine de centimètres de diamètre, une fois déplié, a été retrouvé coincé dans le colon de cette tortue caouanne.

Un sac plastique d’une bonne quinzaine de centimètres de diamètre, une fois déplié, a été retrouvé coincé dans le colon de cette tortue caouanne. Photo Clément Tiberghien

Elles flottaient au large de la Côte d'Azur... Immersion au chevet des tortues sauvages soignées par Marineland au cap d’Antibes

Le Centre de réhabilitation de la faune sauvage accueille à Antibes actuellement deux pensionnaires. L’équipe de la Fondation Marineland œuvre pour leur permettre de retrouver santé et liberté.

Un bec corné surmonté de deux grosses billes noires sort de l’eau. Dans son compartiment, la dernière arrivée porte un regard interrogatif sur les humains qui l’entourent. Il faut dire qu’il y a encore quelques jours, cette tortue caouanne flottait au large de Nice. Sauvage.

Mais si elle se retrouve au contact de l’homme, c’est pour la sortir du pétrin. Pensionnaire au sein du Centre de réhabilitation de la faune sauvage de la Fondation Marineland du cap d’Antibes, l’animal attend de recouvrer la forme avant de retrouver son milieu naturel. « Elle a été trouvée en état de flottaison, elle ne bougeait plus », souligne Christopher Scala, vétérinaire qui détaille le protocole appliqué pour chaque nouvelle arrivante.

Prise de température, observation des possibles plaies, analyse des fientes, vermifugation, radiographie, échographie, prise de sang… Une batterie de tests pour comprendre le mal qui la ronge, ou plutôt les maux : « Souvent, les tortues que l’on recueille souffrent de plusieurs choses. » Effet domino.

Rééducation?

Pour la petite dernière de vingt-quatre kilos, alias CC9 pour Careta careta neuvième du nom, son comportement apathique et anormal a été révélateur : « Son système digestif comporte énormément de plastique (lire ci-dessous) ; nous lui administrons de l’huile de paraffine pour qu’elle puisse évacuer la totalité de ce qu’elle a avalé. »

En attendant, elle retrouve une alimentation lui donnant des forces : crustacés, poissons, légumes…

Tout comme sa voisine de chambre, retrouvée vers Ste-Maxime. Sous le regard de Sarah Mension, une des dix bénévoles formées par la responsable des lieux Sidonie Catteau, la couanne reprend petit à petit des forces.

Elle se souvient : « Elle est arrivée très maigre, faible, ses mouvements étaient lents. Elle avait trois kilos d’anatifes [des petits crustacés, Ndlr] sur elle. »

Après une endoscopie et une coloscopie, le diagnostic tombe : un sac en plastique d’une bonne quinzaine de centimètres de diamètre a transité jusqu’à son colon. Retiré par les équipes médicales, il ne s’agit plus que d’un mauvais souvenir.

Si, en règle générale, les animaux recueillis restent plusieurs semaines ou mois, l’équipe concède qu’il demeure difficile de prévoir la date de guérison totale de chacune: « Surtout que notre CC9, surnommée Anna, a un déficit moteur sur une patte. » Dans son bac, elle se meut de son mieux en préférant utiliser son côté gauche, traînant son autre membre.

Y aurait-il de la rééducation pour tortues ? « En quelque sorte, oui », sourit la bénévole en désignant un bassin tout en longueur occupant une bonne partie de la pièce centrale.

« Ici, elle peut nager dans un plus grand espace et ainsi retrouver peu à peu les bonnes positions. » Une zone d’eau salée servant également d’espace transitoire.

« Lorsqu’elles sont en traitement, elles n’ont pas à chasser pour se nourrir. Une fois qu’elles vont mieux, elles peuvent s’y remettre : nous mettons des petits crustacés vivants dans leur environnement, par exemple. »

Le retour à la nature. À leur vie d’avant. Loin des bipèdes qui dégradent leur mer… « Nous faisons en sorte de les emmener vraiment loin au large pour les relâcher », indique l’équipe qui, même si elle n’espère pas revoir ses pensionnaires, fait en sorte de les identifier.

Une puce sous la peau

Fine et longue de quelques millimètres. Avant de s’en aller retrouver leurs semblables dans la Méditerranée, elles se verront implanter une puce sous la peau.

« C’est indolore et cela ne présente aucune gêne », explique Christopher Scala en précisant : « Auparavant, on posait des bagues, mais ce n’était pas probant. »

Le but ? « N’importe quel centre s’occupant de la faune marine dans le monde peut lire les informations contenues. » Une sorte de carnet de santé et de voyage…

« On ne peut pas géolocaliser la tortue en temps réel. Mais si un scientifique la croise, il peut apprendre des choses sur son parcours et même donner de ses nouvelles. »

Que l’on souhaite bonnes à tous les êtres possédant une carapace.

"du plastique dans 100% des autopsies"

Tout comme en mer, le plastique ne se dissout pas dans le système digestif des tortues.
Tout comme en mer, le plastique ne se dissout pas dans le système digestif des tortues. Photo Clément Tiberghien

Si le centre concentre ses forces sur ses pensionnaires, sa mission va au-delà de l’accompagnement vers un prompt rétablissement. Scientifique, sa démarche s’appuie sur les animaux soignés... et ceux qui n’ont pu l’être.

« Nous repêchons également les cadavres de tortues », indique le vétérinaire Christopher Scala, en expliquant : « Les autopsies sont révélatrices. Dans 100 % des cas, nous avons retrouvé des morceaux de plastique à l’intérieur des corps. »

Un constat qui fait froid dans le dos. « C’est un animal qui avale tout ce qu’il voit flotter. De ce fait, on dit de lui qu’il est un bio-indicateur idéal. Il faut savoir que le plastique ne se dissout pas mieux dans un système digestif que dans la mer. On retrouve donc dans les dépouilles des morceaux de plastique qui ont des années et ont fait du chemin… Comme des bouts de sacs en langue étrangère par exemple », indique le professionnel de la faune marine.

Collisions, filets, déchets: dangers!

Quelles sont les principales causes de décès ? « Elles sont souvent liées aux activités humaines. » Si la présence de corps étrangers dans l’intestin peut coûter leur vie aux tortues, le trafic maritime peut également leur être fatal.

« Les collisions avec les bateaux peuvent fracturer leur carapace, par exemple. Nous avons soigné une tortue qui avait été blessée à la tête par une hélice. Elle n’est pas passée loin de son cerveau… Elle a eu de la chance, comme tout animal dit à sang froid, sa cicatrisation a été lente. Mais elle s’en est sortie. »

Ce qui n’est pas le cas de ses congénères qui périssent dans les filets de pêche. Des pertes notamment dues à des habitudes qui peuvent être changées : « Sidonie Catteau, la responsable, travaille avec des scientifiques (1) sur des solutions durables et raisonnées pour réduire l’impact de la pêche à la palangre sur les espèces sensibles. Et ce, aux côtés des pêcheurs. »

Si vous croisez une tortue en difficulté en mer ou sur le littoral, ne la manipulez surtout pas ! Pourquoi ? Tout d’abord parce que vous n’y connaissez rien. Ensuite, pour la bonne raison que c’est interdit par la loi. Seuls les détenteurs d’une carte verte sont habilités à venir au contact de cet animal sauvage.

Le seul réflexe à adopter ? Contactez le 06.16.86.26.86. Une permanence est assurée sept jours sur sept. En précisant la zone géographique sur laquelle vous venez de voir la tortue qui semble avoir besoin d’aide, vous pourrez lui rendre service.


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.