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Douceur automnale à Noël :

2015 sera vraisemblablement la troisième année la plus chaude depuis que des relevés existent. Les gaz à effet de serre sont évidemment pointés du doigt par les climatologues

Guillaume Bertolino etChristophe Cirone Publié le 24/12/2015 à 05:10, mis à jour le 24/12/2015 à 05:10
Franz Chavaroche

Un long bandeau blanc qui serpente entre les montagnes. Des machines qui crachent de la neige de culture par centaines de milliers de mètres cubes sur les rares pistes ouvertes dans les stations du sud. Pas très COP 21 mais c'est le seul moyen d'offrir une offre ski pour les vacanciers de ces fêtes de fin d'année.

Des baigneurs qui barbotent dans la Méditerranée et qui n'ont rien à voir avec les doux dingues du bain de Noël… Un thermomètre qui baisse rarement en dessous de 16 sur le littoral et de 4 en altitude à 2 500 m.

C'est clair, les températures sont dignes d'un printemps des plus agréables. Le seul mois de décembre s'annonce comme l'un des plus chauds, en France, mais aussi dans le monde s'accordent à dire tous les observateurs. Et peut-être même le plus chaud depuis le début des relevés météorologiques il y a plus d'un siècle !

Étrange douceur

 

 

 

Une douceur « intrigante » qui perdure depuis fin octobre, à l'exception de quelques jours de fraîcheur fin novembre.

D'après le dernier bulletin d'information agrométéo du CIRAME (1), les deux premières décades du mois de novembre sont historiques en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

« Lors de la 1re décade, les températures minimales ont été excédentaires de 1 à 2,5 °C, de 3,5 à 5 °C sur les maximales (records de douceur) et de 2,5 à 3,5 °C sur les moyennes. La deuxième décade a aussi connu un excédent de 0,5 à 2,5 °C sur les minimales, 5 à 6 °C sur les maximales (encore des records) et 3 à 4,5 °C sur les moyennes », indique le rapport.

« Un anticyclone assez puissant nous protège de l'arrivée de l'air froid, qui vient du Nord. Conséquence : des masses d'air chaud remontent alors du Maghreb vers l'Europe de l'Ouest », détaille Georges Knopf, prévisionniste à la station Météo-France de l'aéroport de Nice. Une douceur funeste pour les amateurs de glisse en altitude. « Ce qui est vraiment particulier cette année, c'est qu'il n'y a pas de neige. D'habitude, on en a toujours un peu, même durant les années les plus sèches », précise encore le prévisionniste. Et ceux qui pensaient ouvrir leurs cadeaux sous la neige sont avertis : « La douceur va persister au moins jusqu'à Noël », poursuit Georges Knopf. « Aucune perturbation n'est attendue dans les prochains jours. »

 

 

 

La 3e année la plus chaude

« 2015, avec une anomalie de chaleur de + 0,8 °C, se classe pour l'instant au 4e rang des années les plus chaudes en France depuis le début des relevés en 1900, derrière 2014, 2011 et 2003 », précise au journal Le Monde Anne Pineaud, climatologue à Météo France. « Mais si la douceur persiste, 2015 pourrait passer au 3e rang, devant 2003. Dans ce cas, les trois années les plus chaudes jamais enregistrées le seraient toutes depuis 2010 » indique-t-elle.

Résultat, dans les stations de ski où l'optimisme reste de rigueur, on sait que les investissements futurs ne concerneront vraisemblablement pas de nouvelles remontées. « Mais la capacité à s'assurer, encore plus, de réserve en eau pour produire de la neige. L'aménagement de nouvelles pistes sur les versants Ubac (protégées du soleil tant pis pour la bronzette, N.D.L.R.) fait partie de la réflexion », indique pour sa part Jean-Marc Bérard, directeur des stations de ski du Mercantour.

En attendant, ce sont les patrons de terrasses de café qui ont plutôt le sourire. La prolongation des températures automnales en cette deuxième quinzaine du mois de décembre est plutôt bonne pour les affaires.

(1) Centre d'information régional agrométéorologique.

« Le CO2, une menace invisible mais réelle »

 

Michel Jarraud, à l’Organisation météorologique mondiale, tire la sonnette d’alarme. (DR).

La teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre a atteint un nouveau pic en 2014, poursuivant ainsi une progression qui alimente le changement climatique et rendra la planète plus dangereuse et inhospitalière pour les générations futures, indique un rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) du mois d’octobre.

Selon le Bulletin annuel de l’OMM sur les gaz à effet de serre pour l’année 2014, le forçage radiatif, qui a pour effet de réchauffer le climat, s’est accru de 36 % entre 1990 et 2014, à cause des gaz à effet de serre persistants, notamment le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), d’origine industrielle, agricole et domestique.

« Chaque année, les concentrations de gaz à effet de serre battent de nouveaux records », a déclaré dans un communiqué de presse le secrétaire général de l’OMM, Michel Jarraud, « et chaque année nous répétons que le temps presse. C’est maintenant qu’il faut agir pour réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre et pour qu’il nous reste une chance de contenir à un niveau raisonnable la hausse des températures », a-t-il ajouté.

 

« Nous ne voyons pas le CO2. Une menace invisible mais bien réelle, qui se traduit par des températures mondiales plus élevées, par une multiplication des phénomènes extrêmes (vagues de chaleur et inondations notamment), par la fonte des glaces, la hausse du niveau de la mer et l’acidification des océans. C’est la réalité d’aujourd’hui: nous avançons en territoire inconnu et la machine s’emballe à un rythme effrayant », avertit encore M.Jarraud.

Températures: l’année des records

Particulièrement ensoleillé, et par conséquent plutôt doux et sec, en janvier 2015 le temps s’est montré clément à Nice et sur la Côte d’Azur. Avec 193 heures de soleil du 1er au 31, il est le plus généreux depuis dix ans à Nice. Il faut remonter à janvier 2005 (200 heures) pour trouver mieux. Bien au-delà des normales de saison (158 heures) et pas si loin du record absolu de 208 heures (en janvier 1999).
Janvier 2015 se classe donc logiquement dans la fourchette haute des températures les plus agréables de la dernière décennie.

Avec des minimales  et des maximales supérieures aux valeurs de saison. On a même frôlé un record le 11 janvier: la température maximale relevée s’établissait à 22,3°C.Tout près de la plus haute valeur enregistrée à Nice en janvier (22,5°C le 20 janvier 2012).

Fin mars, le thermomètre s’est subitement emballé sur la Côte d’Azur. Plus de 28°C enregistrés dans l’Ouest du département. Mars fut plutôt dans les clous des normales de saison. 2012 et 2014 connurent des journées de mars plus douces encore.

En juillet à Nice, il n’avait jamais fait aussi chaud que ce samedi 25, où l’on a enregistré 37 °C à l’aéroport, selon le site Météo-villes.com. Soit dix de plus que les normales de saison, et même un degré au-dessus des prévisions. L’ancien record datait, d’après les relevés de Météo France, du 22 juillet 2007. Ce dimanche-là, le thermomètre avait atteint 36,3 °C. La chaleur inhabituelle expliquait par un effet de fœhn.

La nuit du 6 août.Les Azuréens ne sont pas prêts de l’oublier…Avec un record de chaleur à Nice où il faisait, à 3 heures du matin, la température qu’il fait normalement à 15 heures! Soit 28,1 °C. « Un record absolu de chaleur », confirme Franck Thurlure, prévisionniste à la station Météo France située à l’aéroport de Nice. « Depuis le début des mesures en 1942, on n’avait jamais vu le thermomètre rester au-dessus de 28°C en pleine nuit. »

 

« Le phénomène El Niño se conjugue au réchauffement climatique »

Joël Guiot, directeur de recherche au CNRS, co-préside le Groupe régional des experts sur le climat en Paca. (DR).

Directeur de reherche au CNRS à Aix-en-Provence, Joël Guiot est spécialisé en paléoclimatologie, science qui étudie l’évolution du climat au fil des époques.Il est co-président du GREC-Paca, le Groupe régional des experts sur le climat.

Comment expliquer la douceur automnale ressentie ces jours-ci sur la Côte d’Azur?
Il n’y a pas que sur la Côte d’Azur, c’est un peu dans toute l’Europe que l’hiver est assez doux!Le climat est variable, il y a toujours eu des hivers doux et d’autres rigoureux.Mais là, on a une conjonction de phénomènes, avec le réchauffement climatique et le fait que nous soyons dans une année El Niño.

Que cela signifie-t-il?
El Niño est un phénomène récurrent sur le Pacifique, lié au système des vents, à la dynamique de l’atmosphère et des océans. Le Pacifique étant anormalement chaud, cela finit par se répercuter un peu partout.Ce phénomène est au plus fort sur les côtes du Pérou et survient à Noël, d’où le nom d’« El Niño », « l’enfant Jésus » en espagnol.Cela arrive en général tous les
six à huit ans. Or 2014 et 2015 s’inscrivent dans cette période, amplifiant la tendance que l’on observe depuis une trentaine d’années: des étés de plus en plus chauds et des hivers de plus en plus doux.

Quel est l’impact de l’activité humaine sur ce réchauffement?
L’homme a tendance à réchauffer le climat depuis quelques dizaines d’années, c’est un fait désormais établi. Mais il a aussi été démontré que les gaz à effets de serre peuvent renforcer El Niño.Ceci étant, l’hiver prochain peut être catastrophiquement froid.C’est très variable!

2015 restera comme l’une des années les plus chaudesque le monde ait connu?
Ce sera même la première, vraisemblablement. Après 1998, année particulièrement chaude,
le réchauffement avait eu tendance à marquer le pas, avec toutefois des situations bien différentes: l’hiver 2014/2015 a signé des records de froid en Amérique du Nord, alors qu’il était très doux en Europe… Mais 2014 a été l’année la plus chaude à l’échelle du globe.Et 2015 devrait la dépasser.

Une tendance particulièrement ressentie sur la Côte d’Azur, quia enregistré quelques recordsde chaleur l’été dernier?
Je ne suis pas sûr que cela ait été ressenti dans le Sud-Est plus qu’ailleurs.C’est une tendance générale. Si l’on parle de l’été, 2003 reste à ce jour le record absolu dans le sud de la France.

Quels effets ce réchauffement peut-il produire sur la planète?
Ils sont assez nombreux.Quand l’hiver est doux, la végétation ne se régénère pas comme elle en a besoin pour repartir de plus belle au printemps.En outre, des parasites d’ordinaire tués par le gel prolièrent, si bien que toute cette vermine sera encore présente au printemps.Je ne suis pas forestier mais à mon sens, cela risque de causer de gros dégâts à retardement sur les cultures
et les forêts…

Et sur la santé humaine, quel impact devraient avoir des étés et hivers plus chauds?
Pour l’hiver, il y a des côtés positifs et négatifs.Avec la douceur, les maladies liées au froid devraient être moins fortes. En revanche, d’autres virus risquent de proliférer.L’été, l’effet de canicule peut favoriser des maladies cardio-vasculaires, respiratoires, cutanées… Mais aussi les allergies.Il est prouvé que les plantes allergènes, telles l’ambroisie, produisent de plus en plus de pollen.

À la lueur de ce constat, les engagements pris lors de la Cop21 semblent-ils suffisants?
L’aspect positif, c’est que les gouvernements s’entendent sur une convention qui sert de point de départ pour des mesures, de plus en plus fortes, visant à lutter contre le réchauffement. En revanche, si on fait le bilan total, c’est loin d’être suffisant…En additionnant les contributions volontaires proposées par chaque État, on arrive à un réchauffement plus proche de trois degrés que de deux! Or trois degrés, c’est un seuil qui peut produire toute une série de conséquences imprévisibles liés au chaos climatique. On est loin d’être sur la pente vertueuse! Et si on ne s’en inquiète pas dès maintenant, il sera trop tard.

 

Cannes: à L’Ondine, une année entre météo souriante et coups de chaud

Sur la Croisette, cette plage continue à accueillir ses clients en terrasse fin décembre, malgré une baisse de fréquentation liée aux attentats de Paris. (Photo Patrice Lapoirie).

Il est ouvert « tous les jours de l’année ».Et plus que jamais ces jours-ci, alors que l’hiver joue à cache-cache avec la Côte d’Azur.Patrice Roussel, patron de la plage L’Ondine à Cannes, ne s’en cache pas: « La météo nous aura permis de faire une très bonne année ». Et ce, malgré les vents contraires.

Loin des stations de ski, cet établissement en vue de la Croisette fait partie des bénéficiaires de ce soleil printanier.La douceur du climat lui avait permis, déjà, de démarrer la saison pied au plancher.« Il a fait tellement beau en mars qu’on a fait un très bon MIPIM [le salon de l’immobilier]. On a très bien travaillé en avril aussi.Tout comme la période septembre-octobre-novembre. »

Un été étouffant

En 2015, il aura donc fait chaud.Très chaud.Trop chaud, même.À tel point que, l’été venu, le soleil de plomb en est devenu gênant.« En juillet, il faisait tellement chaud qu’on n’a pas pu bien travailler! se souvient Patrice Roussel.Exemple: là où une table de quatre personnes prend d’habitude une bouteille de vin, ce n’était plus forcément le cas ».

Le revers de la médaille, en quelque sorte.Ou plutôt, le côté obscur de l’astre solaire sur les affaires.Le bilan météo reste néanmoins positif pour L’Ondine, dont le chiffre d’affaires, pour diverses raisons pas forcément liées au thermomètre, a grimpé de 5 %.

Et pourtant. Comme bien d’autres, L’Ondine n’aura pas échappé à la tempête en 2015.A ces nuages nés d’une actualité tragique, au soir du 13 novembre.Là encore, les attaques de Paris se sont répercutées sur l’activité économique jusque sur la Côte d’Azur. « Elle était très bas la semaine suivante, puis est remontée, rapporte Patrice Roussel.Mais depuis deux semaines, l’impact des attentats se fait beaucoup sentir, en raison des annulations dans les palaces. »

Pas d’impact sur les fonds marins

Le professeur Patrice Francour, spécialiste de l’écologie marine à l’université de Nice. (Photo doc R. R.).

L’air et la Terre auront eu chaud en 2015. Mais cette chaleur s’est-elle répercutée sous la surface de Mare Nostrum? Le professeur Patrice Francour, directeur du laboratoire Ecomers à l’université de Nice Sophia Antipolis, ne le pense pas. « Selon moi, il n’y a eu aucun impact. L’eau est actuellement à 16°C, ce qui est une température très normale pour la saison. »

Explication: « La mer Méditerranée a une inertie thermique extrêmement importante.La masse d’eau étant considérable, il faut beaucoup d’énergie pour la chauffer, ne serait-ce que d’un degré. Inversement, il faut aussi du temps pour qu’elle se refroidisse. Cela explique pourquoi l’air est plus doux en bord de mer l’hiver, la mer faisant un peu l’effet d’une bouillotte. »
Pas de coup de chaud à l’horizon, donc. Pour l’instant du moins. « Pour qu’il y ait une répercussion sur le milieu marin, il faudrait que ces températures restent au même niveau jusqu’en février, ce qui apparaît très improbable », tempère Patrice Francour.

Pour autant, la mer n’est pas  à l’abri de « En revanche, on constate ces dernières années que la mer se maintient à température constante, plus longtemps, et sur une épaisseur plus importante. C’est alors que peuvent survenir des événements tels que les mortalités de gorgones, observées depuis 1999.Ces températures élevées et constantes en profondeur favorisent la prolifération de bactéries ou de virus.Dès lors, elles sont plus difficiles à supporter pour les animaux marins. »

Offre numérique MM+

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