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DOSSIER. "Plus efficace et moins cher qu'avant". Comment les agriculteurs se convertissent au bio

Mis à jour le 09/12/2019 à 15:32 Publié le 11/12/2019 à 09:00
Pierre Trucco reçoit régulièrement la visite d'un conseiller technique d'AgribioVar sur son domaine à Solliès-Toucas.

Pierre Trucco reçoit régulièrement la visite d'un conseiller technique d'AgribioVar sur son domaine à Solliès-Toucas. G.A.

DOSSIER. "Plus efficace et moins cher qu'avant". Comment les agriculteurs se convertissent au bio

COMMENT SAUVER L’AGRICULTURE DANS LA RÉGION. Episode 12. Le renforcement de la loi sur l’utilisation des produits phytosanitaires pousse de plus en plus d’agriculteurs à se lancer dans la culture bio. Reportage à Solliès-Toucas, où Pierre Trucco a entamé sa conversion il y a près de deux ans, grâce aux précieux conseils de l’association AgribioVar.

Ce n’est qu’une simple visite de routine. Pierre Trucco a beau avoir l’habitude, mais depuis qu’il a décidé de se passer des produits phytosanitaires, il reconnaît être "un peu plus vigilant qu’avant". 

D’un côté, des rangées de choux s’étalent sur près de 100 mètres de long. De l’autre, les arbres fruitiers (figuiers, cerisiers, abricotiers...) semblent très bien résister à l’hiver. Voilà plus de soixante ans que la famille Trucco a élu domicile ici, en plein cœur du village de Solliès-Toucas.

Une fois par mois, Pierre reçoit la visite de Marie Rabassa. Conseillère technique en maraîchage biologique, la jeune femme est l’une des quatre salariés de l’association AgribioVar. Son travail: accompagner les agriculteurs qui, comme Pierre, se convertissent au bio. 

La tendance n’est pas nouvelle et s’accélère d’année en année. Pour exemple, "plus de 42% des agriculteurs varois cultivent aujourd'hui en bio, soit 18% de plus que l’an dernier", observe Blandine Arcusa, présidente d’AgribioVar. Dans les Alpes-maritimes, on progresse aussi, mais plus timidement. On n'est pas loin des 20% de la surface agricole utile (SAU) en bio, fait savoir Agribio 06.

C’est quoi le problème?

Pression des consommateurs, "agribashing", renforcement de la loi sur l’utilisation des pesticides… les motivations sont diverses. Si certains agriculteurs décident d’abandonner  leurs techniques conventionnelles par pure philosophie, d’autres ont aussi compris que le marché du bio était très florissant...

Marie Rabassa accompagne les agriculteurs qui, comme Pierre, se convertissent au bio. 
Marie Rabassa accompagne les agriculteurs qui, comme Pierre, se convertissent au bio.  G.A.

Ce matin-là, Pierre et Marie traquent tout particulièrement "la piéride du chou", un papillon qui aime pondre sur les feuilles des brassicacées. On n’est jamais à l’abri d’une "attaque fulgurante"

La visite se poursuit. Tous deux inspectent les cultures à la recherche d’éventuels insectes indésirables. A première vue, "tout va bien". "Mais attention quand même aux brocolis, prévient Marie. Il va falloir être vigilant parce que les pucerons cendrés arrivent." 

En effet, certaines feuilles commencent à rabougrir. Mais Pierre n’a pas l’air de trop s’en faire. En quatre décennies passées dans les champs, il en a vu d’autres. Il a surtout appris à contrôler ces espèces envahissantes sans avoir recours aux pesticides. 

Le maraîcher-arboriculteur toucassin s’arrête un peu plus loin. Il se méfie aussi de "l’oïdium sur les courgettes". Il dégaine alors ses lunettes de vue pour pianoter sur son smartphone. Cela fait quelques semaines que Pierre a téléchargé "une application pour connaître le nom plantes". Malgré ses quarante ans d’expérience au compteur, il y a toujours "des choses à apprendre". Et puis "le métier évolue", dit-il humblement, tout en inspectant son champ. 

"Il y a toujours des petites bêtes que je ne connais pas, poursuit-il. Alors je demande à Marie qui me dit qu’il ne faut pas les écraser!" Depuis qu’il s’est converti à la culture biologique, Pierre a aussi changé de regards sur tous ces insectes qu’il croise dans ses champs.

Quand les feuilles commencent à rabougrir, c'est que les pucerons ne sont pas loin.
Quand les feuilles commencent à rabougrir, c'est que les pucerons ne sont pas loin. G.A.

Le déclic

Cela fera bientôt deux ans qu’il a entamé sa conversion. Un vrai changement de cap pour lui qui a utilisé du "Roundup" pendant toutes ces années. L’agriculteur reconnaît que le déclic s’est produit sous l’effet des questions répétées de ses clients. 

"De plus en plus de gens nous demandent "avec quoi vous traitez". On voit bien que le consommateur est inquiet sur ces questions... Et puis ici, expose-t-il, on est tout proche des habitations, ce qui fait qu’on ne peut plus traiter comme avant…"

A partir du 1er janvier 2020, la loi instaure en effet des mesures de protection pour limiter l'exposition des riverains et des personnes présentes pendant ou après la pulvérisation de pesticides. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) recommande donc la mise en place de "distances de sécurité" allant de 5 mètres pour les grandes cultures à 10 mètres pour les vergers et vignes. 

Pierre ne s’en cache pas: c’est plus "pour anticiper la loi" que pour l’amour de la culture biologique s’il a pris les devants. "Aujourd’hui, annonce-t-il fièrement, toutes nos cultures sont bio... à part les cerisiers". Là, en revanche, rien n’y fait. Il a beau avoir tout essayé… "La cerise, souffle-t-il, c'est impossible à cause de la drosophila suzukii", une espèce de mouche asiatique au fort potentiel invasif.

Pierre et Marie traquent tout particulièrement "la piéride du chou".
Pierre et Marie traquent tout particulièrement "la piéride du chou". G.A.

Comment ça marche?

Près d’une dizaine d'agriculteurs sont actuellement suivis par l’association varoise. "On est là pour faire un diagnostic. Et au fur-et-mesure de nos visites, on regarde sur quels leviers on peut encore jouer", détaille la conseillère technique d’AgribioVar. Concrètement, la jeune femme dispense ses précieux conseils dans la gestion de la fertilité des sols, l’optimisation du rendement, ou l’organisation du travail de manière plus générale.

Vient ensuite la partie technique, qui consiste, entre autres, à former les agriculteurs aux "moyens de lutte les plus efficaces" contre les maladies et les ravageurs.

Cela peut passer par le lâcher d’auxiliaires. C’est ce qui a été fait sous la serre qui abrite les poivrons durant l'été. Pierre peut compter sur des "aphidius", "une micro guêpe parasitoïde qui va pondre directement dans le puceron." La larve pondue va ensuite se développer aux dépends de l’hôte, qui ne pourra plus se développer. 

>>> Relire : VIDÉO. Cet agriculteur s’est passé de glyphosate, et ça marche!

C’est le principe de la lutte intégrée préconisée par AgribioVar. Cette technique, de plus en plus répandue chez les agriculteurs, consiste à introduire dans les serres des insectes prédateurs spécifiques qui attaquent directement les ravageurs. La coccinelle aussi est réputée pour ça, mais il en existe bien d’autres…

Marie Rabassa préconise par ailleurs l'utilisation de "plantes relais" comme la fève. Leur rôle est "d'héberger des populations de pucerons d’une espèce inoffensive pour la culture à protéger. Cela permet aux populations de parasitoïdes de se développer avant l’arrivée des pucerons, problématique sur la culture en question."

L'idée est de “créer un environnement pour ne pas avoir besoin d’apporter d’auxiliaires". "C’est assez simple, détaille Pierre. Il suffit de faire une bande de 3-4 m de large, et de planter des végétaux à cet endroit."

Pour produire de bons kakis, Pierre a aussi installé des pièges bio dans les arbres.
Pour produire de bons kakis, Pierre a aussi installé des pièges bio dans les arbres. G.A.

L’agriculteur a aussi installé des pièges à mouches pour ses plantations de kakis. "Dans la culture bio, dès qu’on fait une observation, il faut agir", résume-t-il. Ainsi, le maraîcher est toujours à l’affût d’un signe: une feuille qui tire la gueule, une déjection de chenille. "Anticiper c’est la clé, insiste-t-il. Et sans observation, on n’arrive à rien."

Et maintenant?

Voilà plus d’un an que Pierre Trucco n’utilise plus de pesticides. Il ne regrette pas, bien au contraire. C’est "une assurance et un gage de qualité" pour les consommateurs. Mais cela ne signifie pas pour autant que le maraîcher varois a arrêté de traiter ses champs.

Comme la majorité des agriculteurs qui ont arrêté le "conventionnel", Pierre utilise du savon noir, du soufre, ou du Bacillus thuringiensis (une bactérie utilisée pour ses propriétés insecticides contre les lépidoptères). Ce dernier est relativement efficace. "Une fois que la chenille a consommé le produit, approuve Marie Rabassa, elle meurt rapidement."

Avec un peu de recul, le maraîcher varois constate pour sa part que "c’est plus efficace et moins cher de cultiver bio". "Car lorsqu’on utilisait du glyphosate, on traitait beaucoup plus. On en mettait au pied des arbres, ça marchait tout de suite, il n’y avait plus rien autour. Mais quand on tue tout, ça laisse plus de place aux plantes opportunistes envahissantes. Aujourd’hui, conclut-il, on a plus de problèmes avec la grêle et le vent." 

Plus de 40% des agriculteurs du Var cultivent aujourd'hui en bio.
Plus de 40% des agriculteurs du Var cultivent aujourd'hui en bio. G.A.

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