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DOSSIER. L'air de Monaco est-il bon à respirer ?

Mis à jour le 22/10/2018 à 08:54 Publié le 22/10/2018 à 08:50
Ces derniers jours la qualité de l'air est "bonne" à Monaco.

Ces derniers jours la qualité de l'air est "bonne" à Monaco. Photo Cyril Dodergny

Monaco-Matin, source d'infos de qualité

DOSSIER. L'air de Monaco est-il bon à respirer ?

Un indice quotidien de la qualité de l’air à Monaco est désormais accessible au grand public. L’occasion d’un état des lieux sur l’impact carbone des grands événements, de la circulation ou des navires de croisière. Navires qui ont interdiction d'user de fioul lourd dorénavant

Depuis mercredi dernier, un indice de la qualité de l’air, accompagné d’une prévision à J+1 est quotidiennement mis à jour sur le site internet du gouvernement princier. Un service public nécessaire, selon Marie-Pierre Gramaglia, car "l’air n’est malheureusement pas d’une pureté absolue".

Lors d’un point presse au Ministère d’État, le conseiller de gouvernement-ministre de l’Équipement, l’Environnement et l’Urbanisme a ainsi détaillé les mesures entreprises par l’État pour restreindre l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé publique, notamment sur les personnes les plus fragiles que sont les enfants et les personnes âgées.

Tenue par une feuille de route exigeante dressée par le prince Albert, Marie-Pierre Gramaglia en a appelé "à la prise de conscience individuelle" à l’heure où le Pacte national pour la Transition énergétique comptabilise quelque 500 adhérents. Une prise de conscience qui ne passera pas par la coercition… pour l’instant. "À long terme, je ne sais pas, mais ce n’est pas dans les tuyaux dans l’immédiat."

Deux principales sources de pollution
à Monaco

Évoquant le choix du souverain de rouler en hybride et le renouvellement des véhicules étatiques au bénéfice de l’électrique, le conseiller a noté qu’hybride et électrique représentent aujourd’hui "4% du parc automobile monégasque".

Puis, vanté la politique incitative du gouvernement qui "subventionne l’achat de véhicules propres", "encourage les déplacements en transports en commun" – notamment avec la gratuité des bus pour les écoliers et seniors ou la politique tarifaire des parkings —, "développe le réseau de liaisons mécaniques en créant, au fur et à mesure des constructions immobilières, des ascenseurs et autres modes de déplacement doux", ou encore "encourage le télétravail".

Assurant que "la qualité de l’air est bonne", Marie-Pierre Gramaglia a rappelé que les "deux principales sources de pollution atmosphérique à Monaco" sont les déplacements et le chauffage au fioul.

Aucune solution miracle n’a été évoquée sur l’aspect routier. Le serpent de mer du téléphérique qui déboucherait l’entonnoir de la Brasca restant cette fois au tiroir.

"Des concentrations de polluants non homogènes"

Dans les faits, le conseiller souhaite "développer les couloirs de bus comme au boulevard des Moulins", ne pas fléchir sur les contrôles routiers liés aux véhicules bruyants ou émettant des fumées, faciliter l’usage du vélo électrique et réduire le nombre de véhicules à moteur à combustion.

La réflexion se poursuit également sur le covoiturage "qui revient à la mode dans les grandes villes". L’idée d’une Principauté piétonne, bien qu’extrême, n’a pas été rayée des "pistes de réflexion" du gouvernement.

Sur le second point, celui du chauffage au fioul, il a été rappelé son interdiction dans le neuf depuis 2003 et sa disparition à horizon 2022. Un nouveau référentiel, conciliant efficience énergétique, confort et esthétique du bâtiment émerge également ces jours-ci. Une démarche "volontaire, innovante et participative" baptisée "Bâtiments Durables Méditerranéens de Monaco".

Partant du constat scientifique selon lequel "les concentrations en polluants atmosphériques dans les zones urbaines ne sont pas homogènes", Marie-Pierre Gramaglia a évoqué les spécificités monégasques. "Une zone urbaine compacte" de 2 km2 où les "rues canyons", "la météo", "les vents" et les "fortes chaleurs" sont autant de catalyseurs d’une pollution de l’air.

"Un maillage qui est même surdimensionné"

En réponse, le gouvernement mène une action en "trois volets": "le déploiement d’un réseau de surveillance de la qualité de l’air, le développement d’un système d’information en direct du public et la création d’une cartographie 3D de la qualité de l’air et du bruit".

Actuellement, tous les Monégasques seraient égaux face aux polluants: "On ne peut pas dire qu’un quartier se dégage".

Des certitudes tirées de relevés en cinq points fixes et d’opérations ponctuelles. Un maillage de capteurs concentrés en cœur de ville. Quant aux entrées?Là où les nœuds routiers sévissent et les aménagements publics poussent (hôpital, collège, logements…).

"L’un des capteurs est plus proche de l’entrée de ville, note Valérie Davenet, mais le but c’est d’avoir une ambiance générale, une dispersion pour avoir une vraie information. Le maillage est même surdimensionné", se réjouit le Directeur de l’environnement.


"Monaco va aller plus loin que les autres"

Les croisiéristes ont obligation de passer au fioul léger.
Les croisiéristes ont obligation de passer au fioul léger. Photo C.D. et Dir Com

La pollution atmosphérique ne connaît pas de frontières. Sur terre comme en mer, la vigilance est de rigueur. En juillet dernier, Monaco a décidé, par ordonnance souveraine, "d’obliger tous les navires présents dans les eaux monégasques à utiliser un carburant raffiné ou à avoir un dispositif de traitement des fumées", rappelle ainsi Marie-Pierre Gramaglia.

Une décision exemplaire selon Armelle Roudaut-Lafon, directeur des Affaires Maritimes, qui prévient: "Monaco va aller plus loin que ce qui a été décidé sur le plan mondial."

Des normes plus strictes

Si l’Accord de Paris n’a pas visé directement le transport maritime, «le caractère global et la dynamique de cet accord ont eu des répercussions positives sur l’ensemble des secteurs à l’origine de l’émission de gaz à effet de serre», se réjouit le Directeur des Affaires maritimes monégasques.

Une "onde de choc" qui a conduit l’Organisation Maritime Internationale (OMI) à s’engager, en 2016 à Londres, "à limiter à 0,5 % de soufre la teneur des combustibles lourds à compter du 1er janvier 2020". Une avancée jusque-là freinée pour des raisons "d’ordre économique" par certains États.

Des engagements à convertir mais Monaco va d’ores et déjà plus loin avec cette nouvelle réglementation sur le fioul lourd, réputé plus nocif que les autres carburants, notamment pour sa teneur en soufre.

Les navires à quai en Principauté, ou ancrés dans ses eaux, "doivent utiliser un carburant raffiné contenant 0,1 % de soufre, au-delà des 0,5 % imposés en 2020. S’ils continuent d’utiliser du fioul lourd, ils doivent disposer d’un système de lavage des fumées qui fonctionne en circuit fermé. Ce circuit fermé n’a pas été le choix de l’ensemble des ports mondiaux, mais nous ne voulions pas transférer en mer les polluants habituellement rejetés dans l’atmosphère", justifie Armelle Roudaut-Lafon.

Des déchets traités "en circuit fermé"

L’utilisation d’un "scrubber" fermé impliquera que les eaux de lavages de ces fumées soient stockées à bord et ensuite déchargées dans des installations à terre. Mais pas forcément à Monaco.

"Les navires n’ont pas l’obligation de décharger dans un lieu de réception adapté à Monaco. Nous avons pris contact avec des sociétés en France qui pourront venir, avec des camions citerne, pour puiser et déposer les déchets dans des installations de réception", précise le directeur des Affaires maritimes.

Actuellement, la "quasi-totalité" des navires marchands, en particulier les navires de croisière, carburent au fioul lourd pour une raison simple: son faible coût. 200 dollars de moins à la tonne. Moins cher mais plus nocif.

"Cette nocivité a été démontrée de façon unanime depuis plusieurs années et par de nombreuses études.Les particules émises aggravent considérablement les risques de maladies pulmonaire et cardiovasculaire, réaffirme Armelle Roudaut-Lafon. L’un des principaux dangers vient du dioxyde de soufre. Il y en a jusqu’à 3.500 fois plus dans le fioul lourd que dans la limite autorisée pour les carburants terrestres ou usines!"

Des compagnies de croisière "pas effarouchées"

En réalité, les navires de croisière génèrent cette pollution atmosphérique en grande partie à l’arrêt. "Ils utilisent leurs machines de façon permanente pendant l’escale pour pouvoir produire de l’électricité nécessaire aux équipements de bord comme la climatisation ou les ascenseurs."

Destination phare de luxueux croisiéristes, la Principauté pourrait-elle perdre de son attrait avec ces mesures draconiennes? Non, selon Daniel Réalini, directeur général adjoint de la Société d’Exploitation des Ports de Monaco (SEPM).

"J’avais annoncé cette réglementation monégasque dès mars 2018, à la grand-messe annuelle des croisiéristes à Miami, elle n’a pas eu pour effet d’effaroucher les compagnies de croisière. Pour cause, depuis 2016 en Europe, les bateaux de croisière qui restent à quai plus de 2 heures sont obligés d’utiliser le fioul léger. Donc, pour 2019, il n’y aura aucune incidence négative des mesures adoptées."

Dès cet automne, des contrôles aléatoires à quai comme au mouillage débuteront sur les navires - peu importe leur pavillon - qui seront peut-être bientôt surveillés dans toute la Méditerranée selon Armelle Roudaut-Lafon.

"L’OMI a instauré quatre zones de contrôle des émissions (Manche, Mer du Nord, Mer Baltique et Amérique du Nord).Un projet à l’étude en Méditerranée est particulièrement appuyé par la France, le Maroc et Monaco."


"Connaître, prévoir, informer et réduire"

Ce samedi, l’indice de qualité de l’air (IQA) était «bon», mais la tendance était à la chute le dimanche.Et, effectivement, l’IQAétait «moyen» (51/100) hier. Ce lundi est annoncé «bon» à Monaco.

Monaco dispose d’un réseau national de surveillance de la qualité de l’air depuis 1991. L’objectif: «Mesurer pour connaître, prévoir, informer et réduire les pollutions», martèle Valérie Davenet, directeur de l’Environnement.

Fin 2015, la Principauté a passé un accord-cadre avec AirPaca – devenu AtmoSud – pour "maintenir et optimiser ce réseau de surveillance, améliorer les connaissances sur les secteurs routier et maritime, et enfin modéliser cette qualité de l’air avec des indices journaliers et une cartographie haute définition".

Pas de marge d’erreur

Ce partenariat permettant également de jouir d’un comparatif avec la région voisine et d’une contre-expertise sur les mesures. Les prélèvements des cinq stations fixes de Monaco (boulevard Charles-III, rue Grimaldi, place des Moulins, Fontvieille et quai Antoine-1er) mesurent en continu, conformément aux normes européennes, les taux de monoxyde de carbone, d’oxyde d’azote, de dioxyde de soufre. Des métaux lourds et particules fines analysés en laboratoire à Monaco et comparés par AtmoSud, évitant "toute marge d’erreur".
Dans le cadre de ce partenariat, deux campagnes de mesure complémentaires ont été réalisées en 2018.

Une cartographie 3D

52 capteurs ont été déployés en hiver (février), puis en été (juillet), sur des points stratégiques: ports, tunnels, zones piétonnes et héliport. "Les mesures ont porté sur les oxydes d’azote, benzène et le dioxyde de soufre, qui sont représentatifs d’une pollution ambiante", révèle Valérie Davenet.

Les résultats, qui tomberont "en fin d’année ou début 2019", permettront d’ériger une cartographie 3D de Monaco mettant en exergue "la dispersion des polluants, qui sont sensibles aux aménagements urbains, à la météo et la mobilité", et seront complétés par un monitoring du bruit urbain. Chaque relevé comprenant des seuils d’alerte et leur lot de préconisations.

Des données complexes vulgarisées par un indice de qualité de l’air (IQA) "simplifié" par un code couleurs, désormais accessible sur le site du gouvernement.
Un indice quotidien «très fiable» et sa prévision à J+1 propre à Monaco.

Vert: tout roule. Rouge: c’est l’alerte. Un indice noté de 0 à 100 qui oscille entre 46 et 51 ces derniers jours, entre "Bon" et "Moyen".


"Le Grand Prix n’est pas du tout le plus polluant"

Contrairement aux idées reçues, il n'y a pas de pic de pollution de l'air durant les Grands Prix automobiles.
Contrairement aux idées reçues, il n'y a pas de pic de pollution de l'air durant les Grands Prix automobiles. Photo Cyril Dodergny

Quel est l’impact des événements, type Grands Prix et Monaco Yacht-Show, sur la qualité d’air en Principauté? "Le Grand Prix n’est pas du tout l’événement le plus polluant en Principauté, contrairement à ce qu’on peut croire", tranche Marie-Pierre Gramaglia, ajoutant multiplier les réunions en amont avec l’Automobile Club de Monaco, comme avec les organisateurs du Yacht-Show.

"Il y a des pics de circulation surtout lorsque la route de la Piscine est coupée. Curieusement, ce n’est pas en période de Grands Prix, puisqu’il n’y a pas école et que c’est férié, donc il y a moins de voitures. Pendant le Yacht-Show, il y a un peu plus de circulation et de pollution (...) On intervient notamment pour alterner la circulation des camions."

"On n’a jamais réussi à avoir des corrélations avec ces types d’événement et l’émission relevée, appuie Valérie Davenet. On n’a d’ailleurs jamais été en alerte.Mais on sait qu’on a des périodes plus défavorables, comme l’été, et que ça pourrait s’amplifier avec le dérèglement climatique".


La transition "active" du secteur maritime

Photo ©Silversea

Tous les navires sont aujourd’hui concernés par l’interdiction d’user de fioul lourd à Monaco, y compris les mastodontes opérant sur le chantier de l’extension en mer, où les contrôles de qualité des eaux sont permanents.

Si les navires de petite et grande plaisance utilisent déjà des carburants plus raffinés, de même que le seul navire de pêche monégasque tourne au diesel, l’impact de la législation est considérable d’après Armelle Roudaut-Lafon.

"Pour une durée moyenne de 10 h de stationnement à quai, un navire de croisière de 200 mètres consomme 1.000 l par heure de fioul. La diminution des émissions de dioxyde de soufre, du fait du changement de carburant, sera de l’ordre de 97%."

"Les croisiéristes sont de plus en plus sensibles"

Le directeur des Affaires maritimes rappelle que le Code de la mer prévoit des sanctions de 6 mois à 1 an d’emprisonnement et des amendes de 6.000 à 90.000 euros.

Quant à l’impact de cette nouvelle réglementation sur les sociétés de croisière friandes de Monaco, Daniel Réalini se veut confiant. La stratégie de la SEPM, qui vise à drainer les croisiéristes vers les hôtels et commerces de Monaco, est conçue pour attirer des "bateaux haut de gamme de petites tailles, qui polluent moins et sont beaucoup plus récents que les bateaux de croisière “ budget ” contemporains, en fin de vie car pas très performants et luxueux".

Surtout, Daniel Réalini note une nouvelle sensibilité des croisiéristes.

"Ils sont de plus en plus sensibles.Ils commencent même à faire de l’absence de suie sur les rambardes le matin (typique de l’usage du fioul lourd) un argument de vente."

Concluant: "Si l’industrie maritime est restée longtemps en retrait, la transition est active."


"L’électrification n’est pas la solution idoine"

Depuis 2017, le port de Marseille met à disposition des navires de grandes potences électriques.
Depuis 2017, le port de Marseille met à disposition des navires de grandes potences électriques. Photo ©LaMéridionale

Et si on branchait les navires de croisière à un réseau électrique, à quai, pour réduire leur impact carbone?

À moyen terme, Armelle Roudaut-Lafon n’y croit pas.

"Les navires de croisière ont besoin d’une très grande puissance (10% de la consommation globale de Monaco) et très peu de navires disposent du branchement nécessaire et des installations compatibles avec le réseau électrique de la Principauté. Ça coûterait très cher et aurait, à ce jour, un impact très faible puisque ça ne toucherait que 10% des navires."

SMEG et SPEM ont en revanche lancé des travaux qui permettront, à horizon 2021, aux bateaux de petite et grande plaisance de se brancher directement à quai, «sans avoir recours à des groupes électrogènes».

Côté SEPM, Daniel Réalini est clair: "L’électrification à quai n’est pas la solution idoine en Principauté." La tendance serait à l’utilisation du fioul léger et du gaz naturel liquéfié (GNL) "très vertueux en matière de rejet d’oxyde de soufre et d’azote".

20 navires au GNL seraient en commande d’ici à 2026.

Enfin, l’hydrogène, transformé en électricité au moyen d’une pile à combustible, serait la solution d’avenir. Développé sur de petites structures, l’hydrogène reste toutefois difficile à maîtriser en terme de stockage (très inflammable).

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