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DOSSIER. Face aux maladies et à la sécheresse, ces cépages font de la résistance

Mis à jour le 29/11/2019 à 10:06 Publié le 29/11/2019 à 09:30
Pierre Audemard a planté ses premiers cépages résistants au printemps dernier. Et les résultats sont "plus qu'encourageants".

Pierre Audemard a planté ses premiers cépages résistants au printemps dernier. Et les résultats sont "plus qu'encourageants". G.A.

DOSSIER. Face aux maladies et à la sécheresse, ces cépages font de la résistance

COMMENT SAUVER L’AGRICULTURE LOCALE. Episode 10. C’est la solution à laquelle pensent de plus en plus de viticulteurs français. Planter des cépages anciens, étrangers ou issus de la recherche pour limiter ainsi les traitements phytosanitaires et résister face aux changements climatiques.

L’image est assez saisissante. D’un côté, de belles vignes généreuses décorées de longues feuilles vertes ; de l’autre, des rangées de sarments secs et tristes comme un jour d’automne sans fin. "Toutes ces vignes ont pourtant été plantées le même jour", à en croire Pierre Audemard, gérant du domaine de la Giscle à Cogolin.  

Si certaines de ces vignes affichent une bien meilleure mine, c’est grâce aux particularités de leur cépage. Du muscaris en l’occurrence. "C’est un cépage blanc résistant qui a été planté au mois d’avril dernier", assure le viticulteur varois, pas peu fier de sa trouvaille. "Regardez, comme la vigne est belle, comparée à celle d’en face, où l’on voit bien que le mildiou a bouffé toutes les feuilles."

C’est quoi le problème?

Le mildiou, c’est ce satané champignon qui s’attaque aux pieds de vigne, la bête noire qui hante le sommeil de tous les producteurs de vin. Il en existe une autre : l’oïdium, une maladie qui affecte elle aussi les cultures fruitières et potagères. Lorsque le champignon se propage dans la plante, les feuilles ont tendance à se courber, à se nécroser et finissent généralement par tomber.

Ces maladies ne sont pas nouvelles. "On estime qu’elles sont arrivées en France au XIXe siècle depuis l’Amérique du Nord", éclaire Anne-Sophie Miclot, ingénieure à l’Inra de Bordeaux, en charge de l’Observatoire national de déploiement des cépages résistants. 

Comme de nombreux scientifiques qui se sont penchés sur la question, elle est convaincue que "les cépages résistants peuvent contribuer à diminuer fortement l’utilisation de produits phytosanitaires" dans les vignes. "C’est en tout cas l’une des solutions qui existe aujourd’hui", précise-t-elle.

A gauche, les belles vignes vertes de muscaris qui résistent ; à droite, des vignes "bouffées par le mildiou".
A gauche, les belles vignes vertes de muscaris qui résistent ; à droite, des vignes "bouffées par le mildiou". G.A.

Si Pierre Audemard a décidé de planter ses premières vignes de muscaris au printemps dernier, c’est d’abord, dit-il, parce qu’il en avait "marre de devoir traiter tout le temps". "On perd notre temps, ça coûte cher et on sait que les produits ne sont pas très sains pour la terre. Et même pour les cultures bio, poursuit-il, dès qu’il pleut au moins 20 mm, il faut toujours repasser derrière pour traiter à nouveau…"

La solution: des cépages naturellement résistants

Aujourd’hui, ce vigneron de père en fils "depuis des générations" semble conquis par les cépages résistants. "C’est l’avenir d’une bonne partie des vignobles varois", prophétise-t-il, tout en inspectant une autre parcelle sur laquelle il a planté du souvignier gris. Là aussi, les premiers résultats ont l’air "encourageants". La jeune vigne se porte comme un charme. 

"Regardez cette rangée en bord de parcelle, on n’y a même pas touché, s’enthousiasme-t-il. Normalement il n’y aurait même plus un bout de bois. C’est bien la preuve que ça résiste à tout."

"Ces cépages qui résistent naturellement aux maladies, c’est encore mieux que le bio"

Pour ce type de variété, en général deux traitements par an suffisent. "Le premier, c’est un produit systémique qui protège la plante de l’intérieur, détaille Pierre Audemard. Pour le second, on utilise juste un peu de cuivre (de la bouillie bordelaise)."

Le vigneron cogolinois en est persuadé: "ces cépages qui résistent naturellement aux maladies, c’est encore mieux que le bio". Même financièrement, il assure vite s’y retrouver. "Sur les autres parcelles (de chardonnay et merlot), on traite dix fois par an, à raison de 60 euros l’hectare pour se protéger du mildiou et de l’oïdium, calcule-t-il. Là, les plants de vignes résistants ont beau être deux fois plus chers à l’achat, puisque la demande n’est pas encore importante, la différence est quand même vite faite." 

Lorsque le champignon se propage dans la plante, les feuilles ont tendance à se courber, à se nécroser et finissent généralement par tomber.
Lorsque le champignon se propage dans la plante, les feuilles ont tendance à se courber, à se nécroser et finissent généralement par tomber. G.A.

Le déclic

Pour lui, le déclic est venu au lendemain d’une visite à la vinothèque de Bordeaux, l’an dernier. C’est là-bas qu’il a découvert ces cépages peu connus du grand public. "Je me suis rendu compte qu’on pouvait faire du bon vin avec. Et mon but aujourd’hui, insiste-t-il, c’est vraiment de minimiser les actions phytosanitaires et de préserver la nature."

Pour l’heure, Pierre Audemard recense l’équivalent d’un hectare de cépages résistants (une moitié de muscaris, l’autre moitié de souvignier gris). Quatre mois après la plantation des vignes, les premières grappes de raisin sont apparues en fin d'été. "Dans deux ans, c’est bon, on produit", s’impatiente-t-il. 

L’objectif étant "d’utiliser bientôt 15% de ces cépages" dans sa production. Lesquels ont aussi la particularité, souligne-t-il, "d’offrir une acidité élevée qui donne du peps et de la fraîcheur au vin"

Bon pour le vin de pays

Car c’est désormais officiel depuis quelques semaines à peine: les producteurs varois peuvent utiliser certains de ces cépages dans leur production IGP. "C’est évidemment sous réserve que ça plaise au jury, tempère Pierre Audemard, car les vins passent toujours devant une commission". 

Plantées au mois d'avril dernier, ces vignes de souvignier gris n'ont pas ou peu besoin de traitement.
Plantées au mois d'avril dernier, ces vignes de souvignier gris n'ont pas ou peu besoin de traitement. G.A.

"Nous avons finalement retenu dix cépages qui rentrent dans le cahier des charges du vin de pays, énumère Jérôme Rouzier, directeur du Syndicat des vignerons varois. Le muscaris, le soreli, l’artaban noir, le souvignier gris, le floréal blanc, le vidoc noir, le voltis blanc, le monarque noir, le prior noir et le solaris blanc." 

Parmi eux, l’artaban noir, le floréal blanc, le vidoc noir et le voltis blanc ont la particularité d’être issus de la recherche française. "Ce ne sont pas des OGM, prévient Pierre Audemard. Et notez-le bien, car aujourd’hui avec "l’agribashing" et toute la méfiance vis-à-vis des agriculteurs, il faut mieux expliquer clairement les choses."

Des cépages issus de la recherche

Directeur du centre du rosé, basé à Vidauban, Gilles Masson fait ça très bien. Expliquer les choses. Quitte à devoir filer la métaphore amoureuse pour se faire bien comprendre: "On fait se rencontrer deux variétés de vignes pour qu’elles fassent des enfants. En fait, on joue un peu le rôle d’agence matrimoniale pour accélérer le processus." 

"Le but est de répondre aux attentes de la profession viticole soucieuse de produire des vins à bas niveaux d’intrants."

Dans un registre plus scientifique, on appelle ça "la création variétale", un processus "qui se fait par la pollinisation naturelle d’une vigne par une autre." Lancé au niveau national en partenariat avec l’Inra, le programme "Resdur" a déjà accouché de trois vagues de variétés en cours d’expérimentation. Là encore, le but est de "répondre aux attentes de la profession viticole soucieuse de produire des vins à bas niveaux d’intrants."

Cela fait des années que le Centre de recherche et d'expérimentation sur le vin rosé à Vidauban, s'est penché sur la question des cépages résistants.
Cela fait des années que le Centre de recherche et d'expérimentation sur le vin rosé à Vidauban, s'est penché sur la question des cépages résistants. G.A.

Le centre du rosé varois prend activement part à ces recherches. "C’est un programme national de sélection qui vise à tester des cépages sur des territoires précis, rappelle ainsi Gilles Masson. Car il y a un couple essentiel qui doit marcher dans la viticulture, insiste-t-il, c’est le terroir et le cépage." 

Résister à la sécheresse

Parallèlement à ces recherches, le centre du rosé et l’Inra travaillent sur des cépages plus résistants aux changements climatiques et tout particulièrement à la sécheresse. "Cette année, par exemple, il n’est pas tombé une goutte sur le secteur de Besse-sur-Issole et Pignans", observe de son côté Fabienne Joly, viticultrice et présidente de la Chambre d’agriculture du Var. 

Elle aussi est particulièrement attentive aux cépages résistants. "C’est un métier qui évolue, analyse-t-elle. L’enjeu est aujourd’hui de trouver des cépages qui répondent à une attente environnementale et qui satisfasse aussi les vignerons, tout en résistant aux bouleversements climatiques."

"Les variétés anciennes ne sont pas résistantes aux maladies mais plutôt aux changements climatiques". 

Pour cela, elle vient par exemple de rencontrer des représentants de VCR, une coopérative italienne qui travaille sur la création variétale et les anciens cépages. Mais comme le note Gilles Masson, "les variétés anciennes ne sont pas résistantes aux maladies mais plutôt aux changements climatiques". 

C’est pourquoi les chercheurs planchent aujourd’hui sur des cépages cultivés dans des climats chauds et secs, comme l’Italie ou la Grèce...

Présidente de la Chambre d'agriculture du Var, Fabienne Joly a récemment rencontré des représentants de la coopérative italienne VCR, qui travaille sur la création variétale.
Présidente de la Chambre d'agriculture du Var, Fabienne Joly a récemment rencontré des représentants de la coopérative italienne VCR, qui travaille sur la création variétale. G.A.

Quid des AOC?

Alors, en attendant que ces expérimentations aboutissent, le centre du rosé est en train de mettre en place "un observatoire varois pour conseiller au mieux les producteurs avec les retours d’expérience de chacun". Une poignée de viticulteurs varois se sont déjà lancés dans cette aventure expérimentale, à l’instar de Pierre Audemard à Cogolin ou du château du Vivier à Pontevès. 

Mais la grande question qui demeure aujourd’hui, c’est de savoir si ces cépages résistants pourront un jour figurer au cahier des charges des AOC (Appellation d’origine contrôlée), sachant que le vignoble varois se résume grosso modo à 20 % d’IGP pour 80% d’AOC aujourd’hui. 

"A long terme, pourquoi pas, c’est envisageable", optimise Gilles Masson. Reste surtout à convaincre les syndicats des vignerons et autres lobbys de la profession. Car, comme le précise Fabienne Joly, "si on n’avait pas autant d’exigence sur les AOP, le vin français ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui."

"L’objectif à ne pas oublier, c’est aussi la recherche du naturel et de l’expression du terroir."

C’est qu’on ne rigole pas avec les appellations. "La réglementation européenne dit surtout qu’on doit produire du vin avec des "vitis vinifera", donc pas de vignes hybrides", rappelle pour sa part Anne-Sophie Miclot. L’ingénieure de l’Inra se veut toutefois confiante, dans la mesure où "les viticulteurs commencent doucement à mettre le sujet sur la table". Signe que "les choses peuvent évoluer"

C’est aussi une question hautement administrative. "Pour qu’on introduise de nouvelles variétés dans le cahier des charges de l’IGP, c’étaient déjà de longues procédures très compliquées", remarque Jérôme Rouzier. Mais lui non plus n’en démord pas. "Si on veut produire du vin avec le moins d’impact sur l’environnement, argue-t-il, l’avenir passe par là." 

Et à l’image des bons vins qui gagnent à vieillir, il faut aussi savoir faire preuve de patience. "Ce qui est certain, c’est que toutes ces expérimentations sont très nobles et vont dans le bon sens, conclut Gilles Masson. Car l’objectif à ne pas oublier, c’est aussi la recherche du naturel et de l’expression du terroir."

Pour de nombreux scientifiques qui étudient la question, l'avenir du vin passe en partie par les cépages résistants, issus notamment de la recherche.
Pour de nombreux scientifiques qui étudient la question, l'avenir du vin passe en partie par les cépages résistants, issus notamment de la recherche. G.A.

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