“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

DOSSIER. Comment sauver l’agriculture locale? Un mois pour trouver des solutions

Mis à jour le 14/10/2019 à 10:25 Publié le 29/09/2019 à 09:00
Julien Rostan, agriculteur en bio à Cannes, fournit 200 paniers hebdomadaires pour plusieurs Amap ou associations similaires.

Julien Rostan, agriculteur en bio à Cannes, fournit 200 paniers hebdomadaires pour plusieurs Amap ou associations similaires. doc. M.C.

DOSSIER. Comment sauver l’agriculture locale? Un mois pour trouver des solutions

Plus d’un tiers des exploitations agricoles ont disparu en région Sud-Paca, entre 2000 et 2017. Les chefs d’exploitation, eux, sont deux fois moins nombreux qu’il y a trente ans. Alors, comment préserver les terres agricoles de la pression immobilière, favoriser l’installation de jeunes agriculteurs et rendre viable leur activité? Quels sont les projets innovants dans le Var et les Alpes-Maritimes? Pendant un mois, nous arpenterons les terres de la région à la recherche de solutions pour une agriculture pérenne...

Chaque année, des centaines d’agriculteurs mettent la clé sous la porte, ou partent à la retraite, sans être remplacés. "C’est une chute assez vertigineuse", alarme Annie Sic, membre du comité départemental (06) de la Confédération Paysanne. En dix ans à peine, près d’un quart des exploitations agricoles de la région Sud-Paca ont disparu. Une tendance qui s’observe aussi bien dans le Var que dans les Alpes-maritimes.

Des 70.000 exploitations recensées au début des années 70 dans la région, il n’en reste plus que 20.000 aujourd’hui. Au cours des dix seules dernières années, un quart d’entre elles ont disparu. 

Dans le détail, le département des Alpes-maritimes comptait au dernier recensement 324 exploitations d'élevage, 614 exploitations en production végétale (maraîchage, oléiculture, horticulture...) et 35 exploitations viticoles. 

Dans le Var, la Chambre d’agriculture ne recense plus que 4410 exploitations. Plus de la moitié de celles-ci (55%) sont spécialisées dans la viticulture, 15% dans le maraîchage, 14% en arboriculture, 5% en l’élevage, 5% en polyculture et 5% en grandes cultures.

Le malaise agricole

De plus en plus d’agriculteurs se disent victimes "d’agressions en tout genre". "Il y a un manque de considération évident pour notre métier qui est le plus beau du monde", regrette Jean-Philippe Frère, oléiculteur et président de la Fédération départementale (06) des syndicats et exploitants agricoles (FDSEA). Lui appelle ça "l’agribashing". Et de rappeler que la profession voit aussi "le nombre de suicides augmenter. Même les banques ne nous font plus confiance", ajoute-t-il, dépité.

GEOFLA (Source: Agreste)

"Les gens ne se posent même plus la question de savoir si on fait du bio ou pas, prolonge Max bauer, président de la Coordination Rurale Sud-Paca et horticulteur à Hyères. Dès qu’un écolo-bobo-politico voit un pulvérisateur ou un tracteur, il a le poil qui s’hérisse. On a certes commis des erreurs, mais arrêtons de surréagir, rouspète-t-il. Laissons-nous faire notre métier. Je ne vous demande pas la marque de votre stylo quand vous écrivez un article !?!"

Comme souvent, et pour beaucoup, le coupable du recul d’activité agricole dans la région s’appelle "mondialisation". "La grande distribution et la capitalisation de l’agriculture nous ont fait énormément de mal", analyse froidement Sylvain Apostolo, co-porte-parole de la Confédération paysanne du Var. Pour ce producteur de fromage de brebis installé depuis 2012 à Sillans-la Cascade, le fleurissement des zones commerciales n’est pas complètement étranger à "la disparition des zones agricoles".

"Les gens ont beau avoir envie de manger local, on ne produit pas assez pour toute la population"

"Le problème dans les Alpes-Maritimes, c’est que les trois quarts de la population se rendent dans les grandes surfaces acheter ses tomates et ses courgettes - du Vaucluse - pour faire de la ratatouille", illustre Max Bauer.

Difficile surtout pour les maraîchers de trouver leur place dans "un département trop bétonné, trop industrialisé".
"Les gens ont beau avoir envie de manger local, on ne produit pas assez pour toute la population", regrette Annie Sic. Quant aux éleveurs, ajoute-t-elle, ils sont de plus en plus touchés par la présence du loup, ce qui fait que certains abandonnent leur exploitation."  

Trouver du foncier

Dans le Var, à en croire Max Bauer, l’agriculture va "un peu mieux que dans les Alpes-Maritimes" grâce aux recettes générées par le sacro-saint rosé. Or, comme le rappelle l’horticulteur hyérois, "la viticulture était au fond du gouffre il y a 25 ans. Elle a su se structurer, miser sur le marketing. Mais rien ne nous dit que demain, ça ne s’arrêtera pas."  

Sylvain Apostolo, éleveur à Sillans-la-cascade.
Sylvain Apostolo, éleveur à Sillans-la-cascade. doc. Philippe Arnassan

Le marché florissant du rosé "nous pousse aussi à faire de la qualité", observe pour sa part Sylvain Audemard, vice-président de la Chambre d’agriculture du Var et viticulteur à Besse-sur-Issole.

Sauf qu’aujourd’hui, l’engouement autour de la vigne dévoile aussi ses limites. L’appétit des grands groupes qui investissent dans le vin fait flamber les prix depuis des années, si bien qu’il n’y en a "que pour la vigne". Le groupe LVMH vient par exemple de racheter l’un des 18 crus classés de Provence: le château du Galoupet à La Londe-les-Maures. Le montant avoisinerait les 30 millions d’euros… 

"Les jeunes agriculteurs qui veulent s'installer ont de plus en plus de mal à trouver un terrain à un prix abordable" 

Comme la plupart des agriculteurs varois, Sylvain Apostolo dénonce cette "prédation des fonds d’investissements qui spéculent et font augmenter le prix du foncier". Car c’est bien là que le bât blesse.

"C’est la plus grande problématique aujourd’hui, poursuit Violette Chauvigne, coordinatrice de la Confédération Paysanne Sud-Paca. A cause de tous ces milliardaires qui viennent s’installer, explique-t-elle, ça fait monter le prix de l’hectare à tel point que les jeunes agriculteurs qui veulent s'installer ont de plus en plus de mal à trouver un terrain à un prix abordable." 

Manque de diversité et transmission

"Le problème, résume pour sa part Violette Chauvigne, c’est que le nombre d’exploitations diminue dans la région, tout comme les surfaces cultivées au détriment des grosses exploitations". Se pose surtout la question de la diversité agricole. "L’autosubsistance, on n’y est plus du tout, s’inquiète Max Bauer. Il faut inverser la vapeur pour empêcher le déclin de notre agriculture." 

Jean-Philippe Frère, oléiculteur au Rouret.
Jean-Philippe Frère, oléiculteur au Rouret. doc. G.P.

"Si un jour, le département était coupé du reste de la France, on ne pourrait plus se nourrir et on deviendrait tous alcooliques", ironise ainsi Vincent Arcusa, paysan-boulanger à Tourves et vice-président de l’ADEAR du Var, une association regroupant paysans en activité et autres porteurs de projets agricoles. "C’est ce manque de diversité qui pénalise les autres producteurs", appuie-t-il.

Ce qui le préoccupe tout particulièrement aujourd’hui, c’est que "la moitié de la population agricole a plus de 50 ans. A ce rythme-là, prédit-il, tout va s’arrêter. Alors comment fait-on le lien? Comment transmettre?"

La transmission. C’est un mot qui revient souvent dans la bouche des agriculteurs, "inquiets" pour le renouvellement des générations. "C’est pour cela qu’on a besoin d’une vraie politique de transmission, insiste Sylvain Apostolo, co-porte-parole de la Confédération paysanne du Var. D’autant qu’on ne s’improvise pas comme ça agriculteur. C’est un métier qui demande beaucoup de savoir et de flexibilité."

S’adapter aux changements climatiques

C’est un métier qui demande aussi de s’adapter. Notamment face aux changements climatiques. "Certes, les épisodes de sécheresse et de canicule ont toujours existé", tempère Sylvain Audemard. Mais ce qui est compliqué, détaille le vigneron varois, c’est que ces épisodes sont plus marqués qu’avant et qu’ils influent sur tout: les cours d’eau, la biodiversité de manière générale."

Lui qui a repris l’entreprise familiale explique par exemple que les vendanges se font au moins trois ou quatre semaines plus tôt par rapport à ses ancêtres sur le même cépage.  

"La sécheresse se fait ressentir depuis 8 ans"

Ces changements touchent "toutes les filières". Jean-Philippe Frère, oléiculteur au Rouret, explique que "la sécheresse se fait ressentir depuis huit ans, et tout particulièrement ces trois dernières années."

Sylvain Audemard, viticulteur à Besse-sur-Issole.
Sylvain Audemard, viticulteur à Besse-sur-Issole. doc. F.M.

"Nous sommes les premiers impactés et certains d’entre nous ont perdu entre 50 et 80% de leurs récoltes, déplore celui qui est aussi 1er vice président de la Chambre d’Agriculture des Alpes-Maritimes. Même en saison, poursuit-il, il faisait trop chaud, ce qui fait qu’il n’y avait plus de salades. Les apiculteurs, les éleveurs… tout le monde le ressent. Ca devient de plus en plus difficile de s’adapter." 

Surtout, cet "amoureux de l’olivier" craint qu’à ce rythme, "les manques dans les rayons deviennent de plus en plus importants."

Baisse des aides

Un autre sujet concerne toutes les filières. Celui des aides apportées aux agriculteurs. Deux tiers des gens qui s’installent aujourd'hui n’y ont pas accès, à en croire les représentants de la Confédération Paysanne. Un phénomène très marqué dans la Région, où "l’on compte beaucoup plus de reconversions qu’avant. Alors que les parcours classiques de "Dotations Jeunes agriculteurs" diminuent." 

"Dès qu’on sort du cadre, c’est impossible. Si on a plus de 40 ans et pas fait de formation, on a le droit à rien", résume, amer, Vincent Arcusa. Un autre membre de la Confédération Paysanne dénonce pour sa part le fait que "les projets comme la permaculture ne correspondent pas aux standards de la Chambre d'Agriculture qui reste bloquée dans des schémas anciens". 

Max Bauer, président de la Coordination rurale Sud Paca
Max Bauer, président de la Coordination rurale Sud Paca doc. P. Bl.

"D’un côté, explique Annie Sic, qui est installée à la Bollène-Vésubie, il y a les très jeunes sans trop de moyens qui cherchent des terres pas trop chères pour le maraîchage. Et de l’autre, il y a les 40-50 ans, qui se reconvertissent et sont prêts à acheter des fermes, mais celles-ci sont souvent difficiles à exploiter et conviendraient plus aux jeunes".

Présidente de l’association AgribioVar et boulangère à Tourves, Blandine Arcusa pointe elle aussi du doigt le "désengagement de la Région". Elle craint que les associations comme la sienne, qui accompagne les agriculteurs dans la conversion au bio, ou l’ADEAR, meurent à petit feu "si on ne leur accorde pas plus d’aides".

"C’est bien d’entendre des volontés politiques, mais il faut que ça suive derrière. Car aujourd’hui, constate-t-elle, il faut être de plus en plus motivé, procédurier, suivre des règles pas facilement accessibles, ne pas déroger au prévisionnel. Tout cela complexifie de plus en plus la vie des paysans". 

Et après, quelles solutions?

Si dans l’ensemble, les agriculteurs accusent tous le coup, cela ne les empêche de continuer à se battre et à croire en une "agriculture raisonnée", persuadés que l’avenir passe par le local. Mais pour tendre vers un semblant d’autonomie alimentaire, "il faudrait déjà une véritable politique d’encadrement des prix avec une régulation du foncier", suggère Sylvain Apostolo. 

"Si on veut que notre métier ait encore du sens et être capable de produire une agriculture de qualité tout en préservant l’environnement, ça passe par le développement des petites ou moyennes entreprises", martèle le producteur de fromage varois.

Vincent et Blandine Arcusa, paysans-boulangers à Tourves.
Vincent et Blandine Arcusa, paysans-boulangers à Tourves. G.A.

C’est aussi ce que pense Jean-Philippe Frère. L’oléiculteur azuréen défend "une agriculture familiale à petite échelle". "Si on fait un bon produit, avec un bon label, on n’aura pas de mal à le vendre, positive-t-il.  Mais c’est aussi à l’Etat de nous défendre, de nous soutenir"

Sylvain Audemard en est lui aussi convaincu: "les gens veulent consommer local et bio. Même s’il faudra toujours une production de masse pour nourrir tout le monde", le viticulteur est convaincu que l’avenir passe l’avenir par "le développement de la vente directe et des circuits courts." 

En France et en Europe, de nombreuses villes comme Albi ou Liège se lancent d'ailleurs dans le pari de l’autosuffisance en créant des "ceintures vertes et nourricières" en périphérie.

Les "Biocoop" qui fleurissent un peu partout et "les Amap qui marchent bien" sont autant de signes encourageants selon Blandine Arcusa. La commune de Saint-Maximin accueillera bientôt un magasin de producteurs à Saint-Maximin pour qu’ils valorisent en direct leurs produits. "Les gens veulent être conscients de ce qu’ils mangent. La demande en bio est grandissante, notamment chez les nouveaux parents qui s’y mettent pour nourrir leurs enfants, analyse la présidente d'AgribioVar. C'est la preuve que le bio est un marché très porteur. D’ailleurs, de plus en plus d’agriculteurs - les viticulteurs en tête - se convertissent pour faire de l’argent."

Floriculture à Hyères
Floriculture à Hyères doc. G.A.

Le juste prix pour les producteurs

Le plan de reconquête agricole des Chambres d’Agriculture qui veulent remettre en état les anciennes friches portera-t-il ses fruits? Sylvain Audemard veut y croire. "Le fait d’installer de nouveaux arboriculteurs et maraîchers sur ces zones est bonne", commente-t-il.

Cela va dans le sens de la loi EGalim pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable qui a été adoptée il y a un an. Son objectif: payer le juste prix aux producteurs, renforcer la qualité environnementale et nutritionnelle des produits et favoriser une alimentation de qualité durable pour tous.

"L’idée est de fournir par exemple les cantines en produits locaux", résume le secrétaire général de la FDSEA du Var et vice-président de la Chambre d’Agriculture. C’est ce qui se fait notamment à Mouans-Sartoux...

Enfin, l’espoir pour les agriculteurs se trouve aussi du côté des zones agricoles protégées (ZAP), dernier rempart à l’urbanisation qui permet aux agriculteurs d’accéder au foncier.

Sur ce point, Annie Sic se veut confiante. "De plus en plus de petites municipalités font des efforts, constate-t-elle. Il y a aussi ces fermes communales qui voient le jour comme à Levens ou Guillaumes, ou des projets mixtes avec des petits maraîchers qui se lancent dans le safran ou la spiruline. Ce sont ces petites exploitations qu’il faut encourager", insiste-t-elle.

La cantine bio de Mouans-Sartoux, un modèle à suivre.
La cantine bio de Mouans-Sartoux, un modèle à suivre. doc. P. Bertini

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.