Deux ans après Alex: les prochains défis des vallées dans la Roya

Deux ans après la tempête, un travail pharaonique a été réalisé dans la Roya, la Vésubie et la Tinée. La reconstruction a bien avancé, mais de nombreux chantiers subsistent.

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Christophe Cironne et Antoine Louchez Publié le 01/10/2022 à 13:10, mis à jour le 01/10/2022 à 10:32
Dans la vallée de la Roya, les ponts définitifs du Cairos et d'Ambo seront installés d'ici deux semaines. Photo Dylan Meiffret

Les stigmates sont encore visibles. Le traumatisme reste palpable. De nombreux défis subsistent. Mais nos vallées de cœur ont tenu bon.

Les 2 et 3 octobre 2020, la tempête Alex frappe les vallées de la Roya, la Vésubie, la Tinée, ainsi que celles de Var et de l’Estéron. Les crues sont historiques. La "bombe météorologique", dixit Météo France, suscite les pires dégâts de l’après-guerre dans l’Hexagone - autour d’un milliard d’euros.

Semblant de normalité

Alex emporte 18 vies (8 corps n’ont jamais été retrouvés), pulvérise 180 habitations, 70 km de routes, des ponts, des entreprises, des exploitations agricoles, deux cimetières, et laisse des centaines d’Azuréens sans toit ou coupés du monde.

Alex marque les esprits bien plus encore que les inondations de 2015 (20 morts) et 2019 sur la Côte d’Azur, tant elle illustre, jusqu’à l’absurde, l’impact du réchauffement climatique.

Le 3 octobre 2020, le tableau est apocalyptique. Deux ans plus tard, le contraste est saisissant. Routes refaites, villages préservés, touristes de retour... Il fallait une bonne dose d’optimisme pour espérer ce retour à un semblant de normalité. Semblant, car ces territoires restent convalescents et fragiles.

 

"Rien ne pourra remplacer la perte de leur famille, de leurs amis, de leur maison. Mais on peut tous être très fiers du travail accompli" estime Jean Stellitano, secrétaire général du Secours Populaire 06. Il loue l’union sacrée entre associations pour les sinistrés. Et la mobilisation de bénévoles toujours sur le front, à l’instar des Week-Ends Solidaires.

Passé les critiques initiales, l’État a été au rendez-vous, aussi. À l’image du préfet délégué à la reconstruction des vallées, qui les sillonne inlassablement. "Cette reconstruction va extrêmement vite, tout en se voulant résiliente et durable. C’est une prouesse inimaginable!", insiste Xavier Pelletier, le "préfet tempête".

L’État engage 615 millions

L’enveloppe globale allouée par l’État est passée de 572 à 615 millions d’euros. De quoi couvrir, en partie, les frais XXL des collectivités, Métropole Nice Côte d’Azur et Département des Alpes-Maritimes en tête. À lui seul, ce dernier y consacre 300 millions, dont la moitié a déjà été déboursée.

Après l’urgence, après la reconstruction, vient le temps du rebond. Les subsides de l’État devront servir à cela, aussi.

 

Impulser des projets innovants, intégrer la nouvelle donne climatique, relancer ces vallées : voici les défis de l’après-Alex. Penser demain, à l’heure où certains cherchent encore à reconstruire leur quotidien.

Routes et ponts: la dernière ligne droite... ou presque

Dans la vallée de la Roya, deux géants de métal s’apprêtent pour le grand jour, à quelques encablures de leur destination finale. Ils mesurent respectivement 75 et 55 mètres de long, bien plus que leurs prédécesseurs. Ces deux colosses (700 tonnes pour le plus imposant) vont enjamber la Roya entre Breil et Fontan. Le pont d’Ambo sera installé dans la nuit du 12 au 13 octobre, celui du Caïros la nuit du 13 au 14.

Deux ans après avoir été défigurée, la RD 6204 a repris forme. La route qui remonte la Roya est entièrement asphaltée, consolidée, élargie ou soutenue par des écailles de béton par endroits.

On y croise encore des engins de chantier, quelques feux alternants, le temps des derniers raccordements. Mais "l’objectif sera atteint. En fin d’année, la RD 6204 sera revenue en circulation normale", promet Xavier Pelletier, le "préfet vallées".

Prochain défi: les ponts. Après les ouvrages définitifs d’Ambo et du Caïros suivra celui de l’Aigara, à Breil (60 mètres), fin 2022 - début 2023. Ceux des 14-Arches et du Bourg-Neuf, à Tende, sont attendus en 2023.

Un tunnel nommé désir

Plus haut, la station de Castérino devrait être (enfin !) désenclavée juste à temps pour la saison hivernale. Le raccordement de la RD 91 est prévu "d’ici la fin de l’année", assure le préfet Pelletier.

Reste LE gros morceau: le tunnel du col de Tende. Après d’innombrables péripéties, le nouveau tube devrait être livré en octobre 2023, son vieux voisin réaménagé puis rouvert en 2025. La liaison historique avec l’Italie en dépend.

Dans la Vésubie et la Tinée, les axes majeurs ont été rétablis. Après l’axe principal de la Vésubie, la route du Boréon constituait un immense défi: elle a été rouverte à l’été 2021. La Madone de Fenestre aura attendu début juillet dernier. Prochaine étape : les ponts Maïssa et de Venanson, à Saint-Martin-Vésubie.

Les ouvrages installés après la tempête ne sont que temporaires. Selon le maire, ce sera pour le printemps 2023.

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