Des universitaires se réunissent à Monaco pour protéger l'Arctique

A l’initiative de l’Institut océanographique, des représentants d’établissements d’enseignement, dont les recherches portent sur le pôle Nord, se sont retrouvés à Monaco pour se lancer dans l’action.

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CEDRIC VERANY Publié le 16/01/2023 à 08:55, mis à jour le 16/01/2023 à 10:15
Un groupe de musiciens inuits a partagé les traditions musicales de ses contrées pour ouvrir la réunion. Photo Cyril Dodergny

C’est une facette du programme polaire qui façonne les activités de l’Institut océanographique ces derniers mois. Les 12 et 13 janvier derniers, des responsables d’établissements d’enseignement supérieur, membres du réseau de l’Université de l’Arctique (UArctic) se sont retrouvés au Musée océanographique pour approfondir leurs liens et lister des initiatives concrètes pour cette région du monde, au pôle Nord, prises aux affres des dérèglements climatiques.

"Les pôles sont de vrais laboratoires, précurseurs des changements climatiques et de la perte de biodiversité. Dans ces pôles, tout va plus vite que dans nos régions tempérées et ces évolutions ont par la suite un impact sur les changements climatiques", rappelle Robert Calcagno, à la tête de l’Institut océanographique, qui a accueilli ces 110 représentants d’une quinzaine de pays pour 48 heures en Principauté afin de mettre en place des collaborations, échanger et analyser les problématiques actuelles.

Vendredi matin, le prince Albert II a pris part à la réunion sur une thématique à laquelle il accorde une importance particulière.

La main à la jeune génération

"Le prince Albert Ier a été un des explorateurs de l’Arctique et dès son avènement, le prince Albert II a exprimé un immense intérêt pour les régions polaires, continue Robert Calcagno, et il a identifié ce réseau des universités de l’Arctique - UArctic - qui travaillent à travers le monde sur des questions liées à l’Arctique comme quelque chose d’important."

Sous l’impulsion de la Fondation Prince Albert II, cette première réunion des recteurs des universités UArctic s’est montée en Principauté avec une vision voulue par le souverain. Celle que la jeune génération devra apporter les solutions que nous ne sommes pas en mesure de trouver pour répondre aux dégradations environnementales dans cette région du monde. "En ce sens, l’éducation de ces jeunes étudiants est essentielle", continue le directeur de l’Institut océanographique.

Des passerelles avec les entreprises

Les échanges pendant deux jours en Principauté ont permis d’aborder des points concrets. "Notre message est d’orienter les études et les recherches vers l’action, confirme Robert Calcagno. Un peu trop souvent encore ces universités et ces centres de recherches sont tournés vers un enseignement académique, une recherche d’observation. C’est très important, mais aujourd’hui la recherche de solutions par les scientifiques est une petite portion congrue. Notre message est de dire qu’il est aussi noble et extrêmement important de rechercher des solutions et de créer des passerelles entre ces universités et les entreprises. Ce sont les entreprises qui ont les clés de l’action et souvent le financement".

Frederik Paulsen préside le conseil d’administration de l’UArctic. Photo Institut Océanographique/Frederic Pacorel.

Frederik Paulsen: "Il n’est pas trop tard pour agir aux Pôles"

L’anecdote est amusante, à la fin de l’interview, il dégaine son téléphone portable pour en extraire une photo prise il y a quelques jours. Au Pôle sud, dans un désert de glace, il pose aux côtés d’un petit engin immatriculé… à Monaco!

Le véhicule Antarctica développé par la firme Venturi pour ces espaces de grand froid est, pour Frederik Paulsen, un signe de l’importance de l’engagement pour la planète de la Principauté.

Président du conseil d’administration de l’UArtic, l’homme d’affaires suédois (il est président honoraire du conseil d’administration de Ferring Pharmaceuticals) est aussi un explorateur dans l’âme qui a visité les huit pôles de la planète.

"Il y a dans ces endroits, une sorte de liberté que l’on ne voit pas ailleurs", explique-t-il, appréciant les recherches et les expéditions conduites à ces endroits du monde. Mais la réunion d’UArtic en Principauté était surtout pour lui, l’occasion d’appeler à agir pour la protection environnementale des pôles.

Des responsables d’établissements d’enseignement supérieur concernés par l’Arctique se réunissent à Monaco, quel est l’intérêt?

Aujourd’hui, tout le monde est conscient qu’il y a d’énormes défis en matière d’environnement à relever. On a passé vingt ans à utiliser 90 % des ressources de recherches pour établir et mesurer ces changements environnementaux. La prochaine étape, il me semble, doit être de travailler sur des solutions qui viendront des institutions universitaires. En ce sens, l’engagement du prince Albert II est pour nous essentiel. Il est un catalyseur pour avoir davantage de visibilité et d’engagements d’autres personnes qui peuvent œuvrer à trouver des solutions.

Trouver des solutions mais pouvoir les financer…

Tout à fait. Ce que UArtic peut faire, c’est de coordonner les chercheurs dans les universités et les développer avec les quelques ressources économiques que nous avons. Plus nous aurons de ressources, plus on fera. Je suis convaincu que les solutions existent. Maintenant, il faut s’engager à trouver des projets pour avancer à grands pas.

Les scientifiques ont coutume de dire que les variations climatiques sont ressenties plus fortement aux pôles qu’ailleurs dans le monde. N’est-il pas trop tard?

C’est une bonne question… Vous savez, je vis en Suisse et pour les glaciers sur place, c’est déjà trop tard, on ne peut plus rien faire. Dans cent ans, il n’y aura plus de glaciers suisses. Mais dans les régions polaires, il est encore possible d’agir, il n’est pas trop tard. Mais il faut vraiment commencer à le faire et mettre en place des solutions.

Le souverain a participé aux échanges avec les représentants d’université, vendredi matin. Photo Institut Océanographique/Frederic Pacorel.

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