Dans les zones rurales, "il y a tout un potentiel de trajets à faire en vélo"

À quelques jours de la COP27, le Groupe Nice-Matin s’associe à Sparknews et 51 titres de la presse régionale pour mettre en lumière des nouvelles façons de consommer, de produire, de se déplacer, de travailler et de vivre ensemble. Des démarches locales pour répondre à des enjeux mondiaux. Des vélos davantage utilisés, un territoire mieux aménagé, et aussi des voitures moins puissantes et mieux remplies… Voici quelques pistes de décarbonation des mobilités en zones rurales détaillées par le chercheur Aurélien Bigo.

Propos recueillis par Benoît Martin, Sud Ouest Publié le 02/11/2022 à 15:25, mis à jour le 07/11/2022 à 12:31
Dans les zones rurales, il y a tout un potentiel de trajets de 1 à 2 km jusqu’à 5 à 10 km qui pourraient être faits à vélo, à condition d’améliorer la sécurité. Photo NM

Dans cette interview le chercheur Aurélien Bigo détaille des pistes de décarbonation des mobilités en zones rurales.

Peut-on fixer les mêmes objectifs de décarbonation aux territoires ruraux qu’aux villes sachant qu’ils sont plus dépendants de la voiture individuelle?

La France s’est donné pour objectif, à l’horizon 2050, de complètement décarboner les transports terrestres (voitures, utilitaires, poids lourds, bus, etc.) C’est un objectif valable pour tout le territoire. Les moyens pour sortir du pétrole ne peuvent pas être les mêmes partout, les territoires ne disposant pas des mêmes atouts. Il faut adapter les transformations et jouer sur les différents leviers: demande de transport, report modal, taux de remplissage et efficacité énergétique des véhicules, intensité carbone de l'énergie.

Quelles sont vos préconisations pour décarboner les transports en zones rurales?
Un premier levier consiste à jouer sur la demande de transports et les distances parcourues en adaptant les politiques publiques. Le but est d’obtenir des emplois, de l’activité, des services plus en proximité. Il doit y avoir un travail d’aménagement du territoire dans ce sens-là plutôt que de considérer que c’est à la voiture de combler les déficits de services publics en parcourant de la distance.

Ce serait aller à rebours de ce qui a pu se faire ces dernières années…
Ce n’est effectivement pas la tendance actuelle qui est au regroupement des services dans des grands pôles, via la métropolisation. Cela a pour conséquences négatives d’allonger les distances de transport pour accéder à tel ou tel service. Il faut inverser la tendance.

 


Ce serait une révolution dans la révolution, un vrai changement de paradigme.
C’est certain. L’augmentation de la demande de transports a toujours tendance à être considérée comme positive. Cela voudrait dire que l’économie se porte bien. Or, il y a des coûts financiers, sociaux, environnementaux liés à cette augmentation. Plus le nombre de kilomètres augmente, plus on consomme d’énergie, plus on émet de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques, plus il y a de bruit, d’accidents…

La recherche de proximité, au quotidien, est une aspiration déjà assez forte chez un certain nombre de citoyens. La tendance à la relocalisation de l’économie mondiale vers des pôles plus régionaux ou la recherche d’une alimentation plus locale en sont aussi l’illustration.

Du potentiel en zone rurale à condition d'améliorer la sécurité

Comment abandonner la voiture dans des zones peu desservies par les transports en commun?
L’intérêt économique et environnemental du report modal de la voiture individuelle vers les transports en commun (train, bus, car, etc.) est d’autant plus évident qu’il y a des flux de déplacements massifiés, ce qui n’est pas le cas des zones rurales.

Quant au report vers les modes actifs (marche, vélo, etc.), ils sont plus simples à utiliser quand les distances sont faibles. Croire que le vélo n’est fait que pour les zones urbaines est un premier frein culturel à lever. Dans les zones rurales, il y a tout un potentiel de trajets de 1 à 2 km jusqu’à 5 à 10 km qui pourraient être faits à vélo, à condition d’améliorer la sécurité. Un certain nombre de zones rurales s’investissent déjà sur ce sujet-là. Il y a des appels à projets de l’Ademe qui concernent ces territoires.

Et le covoiturage et l’autopartage? On a parfois du mal à s’y retrouver dans des dispositifs qui peinent à se généraliser…
L’un des leviers de décarbonation consiste à améliorer le remplissage des véhicules. Dans les zones rurales, il y a un vrai potentiel. Aujourd’hui, la qualité de service n’est généralement pas suffisante avec un manque de plateformes et de communication, un nombre trop faible d’utilisateurs. Il faut réussir à développer l’offre pour atteindre une vraie masse critique. Comme d’autres modes de transports, ces services peuvent être subventionnés pour en accroître l’attrait.

 

Trouver des véhicules plus légers et moins puissants

Aménagement du territoire, report modal, partage des véhicules… Quels autres leviers peuvent être actionnés pour s’éloigner du pétrole?
Plus largement, il faut trouver des véhicules plus sobres, c’est-à-dire plus légers, moins puissants, moins rapides que nos voitures actuelles. Avec leurs cinq places, un poids de plus d’une tonne et une vitesse maximale à 180 km/h, nos véhicules sont, de manière uniforme, assez largement surdimensionnés pour l’immense majorité des usages du quotidien. A contrario, les quadricycles électriques, les voiturettes, les mini-voitures d’une à deux places, beaucoup plus légers, peuvent atteindre les 80 km/h mais sont moins chers à l’achat et moins gourmands en carburant. Pour encore plus de sobriété, on peut se diriger vers des vélos à assistance électrique dont certains roulent jusqu’à 45 km/h.

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