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Dans cet atelier, on donne une seconde vie aux téléphones et ordinateurs

ON Y REVIENT. Il y a quatre ans, nous visitions les entrepôts grassois du réseau Tedee où l’on offrait une seconde vie aux téléphones portables et autres ordinateurs, évitant ainsi, quelque vingt tonnes de déchets électriques et électroniques par an. Qu’en est-il aujourd’hui? Comment s’est adaptée et développée la société coopérative d'intérêt collectif (Scic) Tetris, porteuse de cette initiative? Nous sommes allés, une nouvelle fois, retrouver Philippe Chemla et ses pairs, au coeur de la cité des Parfums.

Gaëlle Belda Publié le 30/05/2022 à 19:30, mis à jour le 04/07/2022 à 14:28
reportage
A Grasse, dans les entrepôts du réseau Tedee. Photo Sébastien Botella

"Ici, on est dans un tiers-lieu." Il ne le fera pas exprès, mais Philippe Chemla le répétera environ trois fois entre l’espace de stationnement du 21 avenue Chiris et l’entrée de la bâtisse grassoise. Il faut dire que celui qui a géré la Scic pendant six ans, est particulièrement heureux de la tournure qu’ont pris les choses pour Tetris, en l’espace de 4 ans. 

Déjà, il y a eu ce déménagement avenue Chiris. Dans un très beau bâtiment historique, monastère du 18e qui abritait une congrégation de femmes, avant de devenir école primaire catholique, puis tiers-lieu…  Tiers-lieu, justement, quésaco? C’est un espace multiple de 9500 mètres carrés, un ensemble de plateaux techniques intérieurs et extérieurs où l' on crée, où l’on analyse, où l’on forme, où l’on apprend. 

Ici, on fabrique, on participe, on transforme, on recycle, on cuisine, on invente, on tisse du lien social. Des personnes de tous horizons s’y croisent et échangent. Travaillent, donnent de leur temps, mettent à profit leurs compétences. Partagent des valeurs fortes.

Et cet ensemble, qui doit servir la politique publique de cohésion du territoire, est salué puis soutenu par les collectivités (Pays de Grasse, Région) comme par l’Etat. On est bien au-delà du simple atelier de reconditionnement de matériel informatique. Tetris a fait un sacré bond. 

De l’atelier de reconditionnement à la formation inclusive

"Nous avions des compétences en interne, nous sommes allés chercher ce qui nous manquait en externe et nous avons créé un cycle de découverte des métiers du numérique sur huit semaines, pendant lequel on balaye tout." Photo Sébastien Botella.

"Tedee est maintenant une des activités incluses dans la partie éducation populaire au numérique du tiers-lieu", explique Philippe Chemla. Avant de souligner: “Nous sommes une exclusivité dans le Sud Est.” Notamment parce que cette action solidaire phare en a drainé d’autres. 

En effet, l’équipe a été lauréate d’une expérience pédagogique inclusive labellisée "Grande école du numérique" en 2020. L’objectif est d’accompagner des personnes, dès 16 ans, quel que soit leur profil, dans leurs choix d’avenir, autour du numérique. "Nous nous sommes demandés de quoi ils auraient besoin, en amont, pour décider qu’un de ces métiers est le bon pour eux. Nous avions des compétences en interne, nous sommes allés chercher ce qui nous manquait en externe et nous avons créé un cycle de découverte des métiers du numérique sur huit semaines, pendant lequel on balaye tout." Du community management au développement web en passant par la maintenance informatique ou le web design. 

Les demandeurs d’emploi du bassin grassois et cannois peuvent se positionner et goûter à différents métiers. Ils peuvent ainsi améliorer leurs chances de réussite pour la suite: leur entrée dans une école spécialisée, par exemple. 

Casser les codes du genre

 

 

 

Voilà aussi une belle occasion de casser les codes du genre. C’était important. 

Paola, 22 ans, en sait quelque chose. Entrée à Tetris en service civique il y a quelques mois, après un parcours scolaire singulier - elle s’intéresse aux enseignes et signalétiques, apprend la soudure, elle passe un CAP ébénisterie, se lance dans deux ans de maroquinerie… -, elle réalise qu’elle est faite pour bidouiller de la carte-mère, démonter du clavier, installer du logiciel, tester du composant, ranimer du disque dur externe…

"A 11 ans, ma mère m'a emmenée dans une société spécialisée dans les ordinateurs reconditionnés. J’ai encore le souvenir de ces rangées pleines de machines. Et du plaisir que j’avais à rapporter la mienne quand il y avait un souci… jamais je n’aurais envisagé d’en faire mon métier."
Truc de mec.
Ben non.

Depuis qu’elle met la main à la pâte au tiers-lieu, la chose lui apparaît comme une évidence. Parmi toutes ses missions, il y a le coup de pouce à Chahreddine, qui anime les ateliers Tedee et les cycles de formation en informatique. Il lui explique tout, la sollicite beaucoup. Il a tout compris depuis longtemps, rien qu’en la regardant. Paola est sur un nuage. Elle se prend même à imaginer créer des oeuvres d’art avec tout ce qu’elle n’aura pas réussi à recycler. Elle prend des pièces amoureusement dans ses mains: "J’ai envie de faire quelque chose avec les aimants, par exemple." Sûr qu’à la fin de son contrat, dans trois mois, elle va envisager de se lancer dans la recyclerie numérique, "si possible dans le monde associatif''. 

Tetris inspire sacrément.

S’engager sur le long autour d’une philosophie de vie

Nombreux sont ceux qui passent par l’espace numérique, coordonné par Lucie Pellottiero (au premier plan sur notre image). Autour d’elle, deux conseillers numériques de France Service. Philippe Bonnaire est itinérant tandis que Nadine Boimond est assignée au tiers-lieu. Enfin, debout à gauche, Philippe Chemla. Photo Sébastien Botella.

Éducation et protection. Telles sont les valeurs du lieu. Mais attention, pas seulement depuis que les 25 salariés, la quinzaine de jeunes en service civique et les bénévoles y opèrent. Non, ça remonte à la congrégation qui vivait ici. Les religieuses protégeaient les enfants, les jeunes femmes. Tetris protège l’humain et la planète. C’est cette vision commune qui aura permis à la Scic de poser ses plants de figuiers, son potager, ses lombri-composteurs, sa serre bioclimatique, son espace de coworking, son laboratoire, ses ateliers de réparation de vélo ou d’informatique, et le reste, sur ce site.

Fouler les sols en terre cuite ou en carreaux de ciment, passer des arches épaisses et pousser des portes en bois sculptées rappelle quotidiennement ô combien le cadeau est grand et exige un véritable engagement. Sur le long. Cette démarche, ce concept de tiers-lieu, Philippe Chemla y croit à fond. Rien ne s’est élimé au fil des ans. Au contraire. "On va continuer à chercher des partenaires, à créer toutes les conditions pour que plein de choses émergent. On est un outil supplémentaire et on espère simplement avoir eu du flair, la bonne intuition en le développant de cette façon. Tedee était précurseur il y a cinq ans, quand on voit ce que c’est devenu aujourd’hui, on se dit qu’il n’y a pas de raison. Et puis l’économie sociale et solidaire, ça sert à ça: à expérimenter."

Trouver le juste équilibre

Cette démarche, ce concept de tiers-lieu, Philippe Chemla y croit à fond. Photo Sébastien Botella.

Tous les jours, soixante-dix ou quatre-vingt personnes fréquentent le lieu. Nombreux sont ceux qui passent par l’espace numérique, coordonné par Lucie Pellottiero. Planning des équipes, gestion des formations, mise en place d’ateliers, la jeune femme n’a pas de quoi s’ennuyer. Autour d’elle, deux conseillers numériques de France Service. Philippe Bonnaire est itinérant tandis que Nadine Boimond est assignée au tiers-lieu. Tous deux sont à la disposition du public, ils accompagnent ceux qui le souhaitent dans leurs usages du numérique, la rédaction d’un CV, etc. La salle est très prisée. 

 

Elle est d’ailleurs ouverte sur le fameux atelier de réparation et de reconditionnement Tedee. Parce que c’est un ensemble: ici on ne pose pas les deux mains sur un clavier sans un minimum s’interroger. On apprend à mieux consommer. A le faire spécifiquement en fonction de son besoin. Pas plus. Et on intègre qu’il faut prolonger au maximum la vie des engins. En prime, avec Chahreddine, on a vite fait de joindre l’outil à l’agréable.

On est dans le faire ensemble, quelle que soit l’activité.

Bien entendu, l’opération qui va dans le sens de la réduction des déchets électriques et électroniques continue plein tubes! Entre deux séances de formation, des habitués débarquent leur tour sous le bras. On ouvre, on écoute, on dévisse… L’expert oeuvre en direct, avec la personne. Si on peut apprendre à gérer seul ses petits couacs, c’est encore l’idéal. Tedee fait dans le collectif, pas dans le monopole lucratif.  

"On essaie de trouver le juste équilibre. De donner de l’info, d’inciter à réfléchir. On est dans le faire ensemble, quelle que soit l’activité", souffle Philippe Chemla. C’est l’essence même de la Scic. Qui se donne un an pour faire état de résultats concrets… qu’elle rêve époustouflants. 

Offre numérique MM+

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