COP27: on vous explique le principe de "pertes et dommages" qui s'élève à plusieurs dizaines de milliards de dollars

Dimanche 6 novembre, le principe de "pertes et dommages" a été inscrit à l'agenda de la COP27. Une inscription qui pose la question du financement des dégâts inévitables causés par le changement climatique demandé par les pays pauvres. La question du financement sera au centre des discussions lors de cette conférence.

A. R. Publié le 08/11/2022 à 11:28, mis à jour le 08/11/2022 à 11:38
Les dégâts de l'ouragan Grace. Photo AFP

Inondations dévastatrices au Pakistan, sècheresse en Afrique de l'Est, cyclones destructeurs dans l'Océan Indien, incendies ravageurs en Europe... Les conséquences du changement climatique sont catastrophiques pour certaines régions du globe, notamment les régions dites "pauvres". 

La question du financement des dégâts dégâts inévitables déjà causés par le changement climatiques a été inscrit à l'agenda de la COP27, ce dimanche 6 novembre. C'est le principe des "pertes et préjudices" ou dommages. Une inscription à la demande des pays pauvres mais qui provoque la réticence des pays riches. Pourquoi tant de freins? On vous explique. 

"Pertes et dommages", qu'est-ce que c'est?

Les "pertes et préjudices" (ou dommages), officiellement inscrits à l'agenda désignent les impacts inévitables du changement climatique. Le montant des dégâts de ces catastrophes s'élèvent à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Face à ces sommes colossales, les pays les plus exposés au réchauffement de la planète réclament donc un canal de financement spécifique. C'est ce principe du "pertes et dommages" qui doit être débattu à la COP27. 

Le point d'achoppement est la question de la responsabilité du changement climatique. Premières victimes du réchauffement climatique, les régions pauvres sont à l'inverse, les plus petites émettrices de gaz à effet de serre causant ce réchauffement. Il s'agit donc d'instaurer un principe de "compensation". 

Ces financements viendraient s'ajouter aux 100 milliards de dollars par an promis pour aider les pays moins développés à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre et s'adapter aux effets du changement climatique -- un engagement toujours pas tenu.

 

Pourquoi les pays riches sont réticents à ce principe? 

Les pays riches craignent les conséquences légales d'une telle "reconnaissance" des pertes et dommages et arguent que le financement climatique dispose déjà de multiples canaux et qu'en créer un de plus ajouterait une complexité inutile. L'an dernier, lors de la COP26 à Glasgow, face à la réticence des pays riches, il avait été décidé de la création d'un cadre de "dialogue" sur la question du financement des pertes et dommages, jusqu'en 2024. 

Mais lors de la première session de ce dialogue en juin, les pays en développement et vulnérables avaient dénoncé le manque de progrès et demandé que la question soit officiellement inscrite à l'ordre du jour de la COP27. Finalement, un article a été rajouté à l'agenda officiel de la conférence sur la discussions de "questions relatives aux accords de financement en réponse aux pertes et dommages associés aux effets néfastes du changement climatique, y compris un accent sur la gestion des pertes et des dommages".

A combien s'élèvent le montant des dégâts? 

Le nombre de catastrophes naturelle n'a fait que croître, comme l'ont illustré les catastrophes en série en 2022 à travers le monde, inondations, méga-feux, canicules ou sécheresses. Avec des coûts déjà très élevés. Selon l'ONU, les inondations qui ont submergé un tiers du territoire du Pakistan et affecté quelque 33 millions de personnes ont causé plus de 30 milliards de dégâts et pertes économiques.

Une récente étude du groupe V20, qui rassemble 58 pays "vulnérables", estimait de son côté que les désastres climatiques avaient coûté 525 milliards de dollars à leurs économies depuis 20 ans. Avec l'accélération des catastrophes et un réchauffement sur une trajectoire toujours montante, les montants de ces dommages que l'adaptation ne peut plus endiguer devraient s'envoler.

Ils pourraient ainsi atteindre de 290 à 580 milliards de dollars par an en 2030 et de 1.000 à 1.800 milliards en 2050, selon des chiffres cités par l'Institut Grantham sur le changement climatique de la London School of Economics. 

 

A côté de cela, les pays du Sud auront besoin de plus de 2.000 milliards de dollars par an d'ici 2030 pour financer leur action climatique, dont près de la moitié venant d'investisseurs extérieurs, selon un rapport commandé par la présidence de la COP publié mardi.

Quelle est la position de la France sur ce dossier? 

Avant l'ouverture de la COP27, la France s'est dite "ouverte" aux discussions, de la compensation financière des "pertes et dommages" déjà subis par les pays pauvres en raison du changement climatique, mais ne veut pas d'un nouveau fonds. 

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé lundi 8 novembre, à "revoir" le fonctionnement du système financier international afin de pouvoir mieux aider certains pays victimes de catastrophes comme le Pakistan, touché par des inondations historiques. Le président français Emmanuel Macron est allé dans le même sens en proposant, avec la Première ministre de la Barbade Mia Mottley, qu'un "groupe de sages de haut niveau" fasse des recommandations en la matière d'ici le printemps prochain.

Le chef de l'Etat a estimé qu'il fallait "transformer complètement notre logique, sinon il sera trop tard". "Au printemps prochain, nous avons demandé au FMI, à la Banque mondiale, à l'OCDE, de nous proposer des solutions très concrètes pour activer ces mécanismes financiers innovants, pour nous permettre de développer des accès à des liquidités nouvelles, des capacités de prêt nouvelles, pour des pays, y compris des pays à revenus intermédiaires, qui sont touchés par ces chocs", a-t-il expliqué. Selon lui, il faut "changer" les règles en disant aux pays touchés: "ce qu'on vous demande sur la dette, ce qu'on vous demande sur les remboursements, ce qu'on vous demande en termes de garanties, quand vous êtes frappés par un choc climatique", "on doit en quelque sorte le suspendre et le prendre en compte".

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