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Comment les initiatives se multiplient pour préserver et régénérer les posidonies

La posidonie n’est pas une algue: c'est une plante. Presque une plante médicinale, si l’on en croit ses bienfaits le long de nos côtes. Pourtant, elle a mauvaise réputation. Il est donc nécessaire d'expliquer ses rôles. Et, surtout, de la protéger.

Virginie Rabisse Publié le 29/06/2021 à 18:00, mis à jour le 30/06/2021 à 19:17
Protéger et régénérer la posidonie doit être une priorité pour préserver l'écosystème méditerranéen. Photo DR

Que est le problème?

Les posidonies sont nécessaires à l’écosystème méditerranéen, dont elles sont une espèce endémique. 

Pourtant, le Groupement d’intérêt scientifique Posidonie a constaté que, parmi les 75 formations récifales qu'il a avait recensé principalement en Corse et le long des côtes varoises, 13 ont été détruites.

Si ces destructions sont aujourd'hui jugées peu probables, les pressions sur les littoraux et les petits fonds côtiers demeurent, assure encore GIS. C’est aussi ce qu’à constaté l’Agence de l’eau dans son atlas de surveillance biologique des eaux de MéditerranéeL’étude menée en 2020 et publiée en fin d’année dernière révèle en effet des niveaux de pression dits impactants, voire très impactant le long des côtes varoises et azuréennes sur des herbiers de posidonie, dont le fonctionnement biologique est, au mieux, altéré, au pire menacé. 

Seul le secteur d’Hyères et de ses îles présente une prairie de posidonie en bon état, avec un niveau de pression faible. Le parc national de Port-Cros et les protections qui y sont attachées n' y sont sûrement pas étrangers.

La posidonie, c'est la vie. Littéralement. Au moins lorsque l'on parle de Méditerranée. 

Sous forme de prairie de mer, elle atténue la houle et contribue au maintien du trait de côte des plages; elle abrite et nourrit des centaines d’espèces; elle absorbe une grande quantité de CO2 et restitue de l’oxygène. Séchées, ses feuilles mortes disséminées en tas sur le littoral constituent un rempart contre l'érosion.

Ces amas desséchés jonchent actuellement nos plages et subissent les récriminations des promeneurs - “Mais c’est sale ici!” -, signe de la méconnaissance encore trop répandue de leurs rôles pourtant indispensables. Malaimées, ces plantes - puisque c'est bien de cela dont il s'agit et non d'algues - pâtissent non seulement de leur mauvaise réputation, mais surtout d'un manque de considération.

 

Heureusement, depuis le 19 juillet 1988 et un arrêté ministériel, la posidonie est protégée légalement.

Les nuits d'été à Porquerolles, on a pu compter jusqu'à 500 bateaux au mouillage. Photo Luc Boutria.

Depuis, régulièrement, de nouvelles réglementations viennent renforcer ces protections.  À la mi-décembre dernier à Toulon, le préfet maritime de Méditerranée a ainsi validé cinq arrêtés pour limiter l’hyperfréquentation d’espaces prisés du littoral varois. Depuis, là où pousse la posidonie, il est interdit de mouiller avec une ancre un bateau de 24 mètres et plus.

les Jardiniers de la mer ont la main… bleue!

Au-delà, des institutions, des particuliers s’emparent depuis longtemps de la question de la protection des herbiers. À l’instar du pêcheur George Cooper, qui, en 1973 à Hyères, créait une technique quasi unique au monde de repiquage de la posidonie. 

Près de 50 ans plus tard, c’est Andrée Sougy, actuelle présidente de l’association, qui explique: “La technique de Cooper, c’est la seule qui fonctionne dans le temps, car l’important, c’est l’enracinement.” Il s’agit en effet de créer un herbier “génétiquement neuf” à partir de boutures et de graines germées dans une banque de conservation, puis plantées.

Une technique unique au monde, tout comme son bilan”, assure André Sougy, qui revendique la réhabilitation de plus de 7000 m² de prairie de posidonie, sur la presqu’île de Giens, mais aussi à Cannes ou Monaco.

 

Aujourd’hui, l’association est en sommeil, mais sa présidente se tient à la disposition de ceux qui voudraient utiliser la méthode Cooper.

Jeter l’ancre en connaissance de cause

D’autres solutions expérimentales sont aussi à l'œuvre, comme la transplantation des posidonies arrachées. L’été dernier dans la baie d’Antibes, c’est ce à quoi se sont attachés les plongeurs de l’équipe d’Andromède Océanologie. Objectif de leur opération “Repic”: réintroduire 20.000 plants en trois semaines. 

C’est cette même équipe qui, avec l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et l’Institut Esthederm, a développé l’application Donia, pour inciter les plaisanciers à ne pas abimer les posidonies.

Grâce à l'application Donia, les plaisanciers peuvent jeter l'ancre en sachant où se trouve la posidonie. Photo Patrice Lapoirie.

C’est à Antibes aussi qu’est née Ancr’éco. Une ancre écologique, crée par Antoine Canu, dont nous vous parlions il y a quelque temps, lorsque le prototype avait remporté le Trophée des solutions de Nice-matin. Ce retraité voulait éviter le labourage des herbiers de posidonies grâce à une ancre articulée utilisable pour des bateaux mesurant jusqu’à 16 mètres.

 

Depuis, sa solution a été sélectionnée par le parc national de Port-Cros, l'Institut océanographique Paul-Ricard et l'Observatoire marin de Cavalaire. Plusieurs plaisanciers soucieux de la protection des fonds marins sont équipés d'Ancr'éco.

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