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Cette entreprise varoise recycle l'huile de cuisson en carburant 100% biodégradable

Jean-Louis Muscatelli, cofondateur de la société M2J, détaille les enjeux du recyclage de ce déchet produit par les restaurateurs, en carburant 100% biodégradable et bientôt en biocombustible!

Jean-Marc Vincenti Publié le 02/01/2021 à 14:30, mis à jour le 02/01/2021 à 13:43
Jean-Louis Muscatelli a cofondé la société M2J Recylage Services, qui collecte depuis peu l’huile alimentaire usagée des professionnels qui sont implantés aux halles de Toulon. Photo J.-M. V.

De l’huile dans les rouages!

Cofondateur en 2005 de l’entreprise M2JL Recyclages Services avec Jean et Emmanuel Santiago (World Recycling), Jean-Louis Muscatelli détaille les enjeux du recyclage de l’huile alimentaire usagée dont sa société, seule dans le Var à occuper ce créneau, basée à La Crau dans la zone industrielle de Gavary, collecte un million de litres par an dans le département pour une transformation en carburant 100% biodégradables et bientôt en biocombustible!

D’où l’idée de recyclage d’huile alimentaire a-t-elle jailli?

Pour le compte du groupe où je travaillais précédemment, j’ai été amené à me pencher sur la recherche de combustible de substitution au fuel, au gaz et à l’électricité. Toulonnais d’origine, je me suis rendu compte de l’existence d’un gisement colossal d’huile alimentaire usagée qui n’était pas complètement recyclée. Seulement 20% étaient collectés.

 

Et les 80% d’huile non collectés?

L’huile se transforme en bouchon de graisse… Tout le reste partait dans les réseaux d’assainissement, dont on peut imaginer la saturation, de même que celle des stations d’épuration. D’où l’idée de récupérer ce déchet en amont (dans les 48 heures car, passé ce délai, il est jeté) et d’en faire une ressource. En 2015, il était question de développement durable puis c’est devenu un enjeu de transition énergétique.

En quoi l’huile est-elle recyclée?

On en fait du biocarburant à 100% végétal B100, qui alimente les flottes de poids lourds. Nous réalisons 80% de travail, les 20% restant relèvent de la chimie mise en œuvre par les raffineries avec qui nous collaborons et qui fabriquent exclusivement ce biocarburant végétal.

Quelles sont les quantités en jeu?

Après sept ans d’activité, nous arrivons à capter et à transformer un gisement de 1.000 tonnes d’huile par an sur le département du Var et ses frontières avec les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône. Soit un million de litres d’huile qui, précédemment, partait dans la nature. Un litre d’huile usagée déversé dans le réseau souille 1.000 litres d’eau propre… On imagine les dégâts!

 

Il n’y a pas de déchets?

Nous valorisons 1.000 tonnes mais en réalité nous collectons un petit peu plus - 1,150 million de litres - puisqu’il faut compter sur 10% à 15% de déchets (les parties grasses en suspension et l’eau contenue) que nous parvenons à extraire et qui sont envoyés en méthanisation et donc recyclés en gaz.

Combien coûte à la pompe un litre de B100?

On ne trouve pas de B100 à la pompe: le carburant est réservé uniquement à des flottes captives de poids lourds, c’est-à-dire que les raffineurs vendent directement aux transports. Pour un prix qui est tenu secret, sachant que l’activité est soutenue par l’Europe avec des aides fiscales incitatives.

Quelles sont vos perspectives de développement?

M2JL Recyclages Services, qui démantèle aussi des transformateurs électriques non pollués pour EDF et a créé aujourd’hui sept emplois sur le Var, est en phase de développement. Nous cherchons des locaux sur Marseille et le secteur d’Avignon pour aller collecter toute la grande Paca. L’objectif de l’entreprise est de collecter 3.000 tonnes à 4.000 tonnes d’huile d’ici deux ans. Notre vocation est de faire de l’économie circulaire et donc de collecter, de valoriser et de recommercialiser sur place.

Comment collectez-vous l’huile?

 

Cinq véhicules légers collectent 1,5 tonne par jour, chacun sur la base d’un fichier d’environ 3.500 clients.

Votre clientèle se diversifie...

La base de notre clientèle, au départ essentiellement composée de restaurateurs et des professionnels des métiers de bouche, à qui des contenants sont mis gratuitement à disposition (90% sont équipés), comme la collecte et la traçabilité administrative, s’est élargie. Nous travaillons maintenant avec les collectivités. Nous avons ainsi équipé toutes les déchetteries de TPM (pour capter le gisement des particuliers); nous avons mis en place avec la Marine nationale une collecte sur tous les établissements de la base navale de Toulon; nous travaillons avec la collectivité de communes du golfe de Saint-Tropez pour la collecte des restaurants; avec les établissements McDonald’s… Enfin, depuis cette année, nous avons convaincu la compagnie Corsica Ferries et collectons les huiles (35 tonnes depuis le mois d’avril) à bord de sept bateaux et mis en place une collecte sur les halles de Toulon. Aujourd’hui, notre développement passe par la mise en place de plateforme à l’extérieur du département.

Quelle est l’économie réalisée par vos partenaires?

Une collectivité regroupant sept communes nous a fait un retour. Sur une année, elle a économisé 450.000 euros entre la désaturation de ses stations d’épuration et le curage des réseaux moins fréquents. C’est énorme.

Avez-vous d’autres projets?

Nous avons énormément de projets dans les cartons pour devenir demain producteur de biocombustible utilisé pour le chauffage. L’idée est d’adapter sa chaudière, par un changement de brûleur, à la consommation de ce combustible.

 

Quel serait l’impact sur les factures?

L’idée n’est pas d’aboutir à un produit forcément moins cher mais à un produit qui sera moins polluant. Notre biocombustible ne dégagera quasiment pas de carbone et aucune particule. Il sera propre sur le plan environnemental. Un biocombustible issu d’un déchet collecté, retraité et commercialisé localement. On est totalement dans l’économie circulaire.

Ce biocombustible, c’est pour quand?

Sans la Covid-19, ce projet serait peut-être déjà d’actualité. C’est brûlant… La région Paca, l’Ademe et la chambre de commerce nous suivent pour faire aboutir ce projet très ambitieux, concret, quasiment une première en France et 100 % varois. Il nécessite un nouvel équipement industriel. On espère le mettre en œuvre d’ici 2022.

L’exemplarité varoise va même s’exporter...

Nous allons créer la fédération des collecteurs indépendants afin de mutualiser les process et les moyens pour que, dans les départements sans collecte, cela donne l’envie à certains de s’implanter en montant des structures professionnelles. L’idée est d’aller chercher un maximum de gisement en organisant une collecte optimale.

Offre numérique MM+

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