Rubriques




Se connecter à

Bouteilles, gobelets et même un pot de yaourt de plus de 25 ans: ces déchets plastiques qui végètent au fond du canyon de Monaco

En pleine Ocean Week, l’Accord Ramoge a publié une vidéo de déchets plastiques massés à 2km de profondeur et 30km du littoral. Les images datent de 2018 mais ces objets sont toujours là.

Thibaut Parat Publié le 23/03/2022 à 15:04, mis à jour le 23/03/2022 à 15:05
video
Le robot sous-marin, capable d’évoluer à des profondeurs abyssales, a filmé ces images hallucinantes à 2 km de profondeur, dans le canyon dit "de Monaco". Photo RAMOGE

Un timing millimétré. Alors que la Monaco Ocean Week aborde jusqu’à samedi l’épineuse - mais noble - cause de la préservation de l’immensité bleue, les équipes de l’Accord Ramoge  (Un traité de protection de l’environnement signé en 1976 entre la France, Monaco et l’Italie,, ndlr) ont dégainé une vidéo choc de quatre minutes.

Les images, capturées par un robot sous-marin sophistiqué capable d’évoluer à des profondeurs abyssales, dévoilent la vie sous-marine du canyon de Monaco, à 30 km du littoral de la Principauté et à 2.000 mètres de profondeur. Jusque-là rien d’anormal.

On y aperçoit un cténophore, un brachiopode, une éponge pédonculée, des crabes et astéroïdes mais aussi des crevettes rouges.

Un pot de yaourt datant de plus de… 25 ans!

Puis, soudainement, la voix off intervient sur un fond musical prenant: "Les scientifiques ont fait une terrible découverte qui les a laissés sans voix". Sur le fond meuble vaseux, on y aperçoit une nuée de déchets, la plupart plastiques: gobelets, bouteilles, seaux, ballons, bidons, boîtes de conserve…

Et même ce pot de yaourt de la marque Chambourcy, une entreprise française disparue en… 1996. "Ça a l’air léger et fragile mais il se trouve ici, dans cette zone profonde d’intérêt écologique, depuis plusieurs décennies. Il faut le voir pour le croire. Et ce n’est que la partie visible, il y a aussi les microplastiques, s’exclame Anne Vissio, secrétaire exécutive de l’Accord Ramoge, qui a souhaité alerter, à nouveau, sur cette pollution localisée. On s’est rendu compte que les canyons sont des zones d’accumulation de déchets. Tous ces déchets proviennent de la terre, ont été abandonnés dans la nature, puis charriés par les cours d’eaux et les courants."

 

Des plastiques toujours au fond du canyon

Les images avaient été prises en septembre 2018 depuis l’Atalante de l’Ifremer, un navire océanographique français mis à disposition par la préfecture Maritime Méditerranée, lors d’une campagne d’exploration vouée à suivre l’état de conservation de dizaines de sites profonds et de leurs espèces. Cette année-là, trois sites français (le canyon de Cannes, un site au large de Ramatuelle et le haut-fond de Méjean) et trois autres italiens avaient également été étudiés.

"En Italie, avec l’ISPRA, on a beaucoup observé des filets de pêche au fond de l’eau qui, de fait, continuent à prendre au piège les espèces, notamment des gorgones", relate Anne Vissio.

Repérés il y a quatre années, donc, ces déchets subsistent toujours dans ces fonds souillés.

"Les enlever est très compliqué techniquement et coûterait une fortune, avance-t-elle. Le but de cette vidéo, dont on espère qu’elle sera relayée massivement, c’est de dire "Stop, n’en ajoutons pas plus!". Individuellement, on peut agir et arrêter l’usage du plastique. A l’échelle mondiale, il faut arrêter la production d’emballages en plastique."

François Galgani, océanographe à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) DR.

François Galgani, océanographe à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer): "Des particules plastiques de moins de 5mm"

Lors de cette expédition, vous n’avez pas trouvé que des déchets visibles...
On a prélevé des sédiments superficiels avec le submersible, puis on a conditionné les sédiments afin d’extraire les microplastiques que l’on a compté avec des méthodes spécifiques.

Quelle taille font-ils et d’où proviennent-ils?
Ce sont des particules de moins de 5 mm, issues principalement de la dégradation des matériaux les plus communs : plastiques à usage unique comme les sacs, bouteilles, objets divers etc..., notamment dans les zones les plus côtières. Dans les eaux les plus profondes autour des monts sous-marins, ce sont des fragments issus des engins de pêche.

Quels dangers pour la faune sous-marine et, au bout de la chaîne alimentaire, pour l’homme?
Les microplastiques ingérés, le plus souvent passivement, peuvent obstruer les structures digestives et altérer les mécanismes de digestion. Ces microplastiques ne peuvent, cependant, pas passer les barrières intestinales car ils sont de trop grosse taille et sont donc excrétés, ce qui empêche leur transfert dans la chaîne alimentaire. La question du transfert se pose, par contre, pour les nanoplastiques (quelques centaines de nanomètres au maximum) qui pourraient être intégrés dans les tissus. Cependant, on possède peu d’informations pour ce risque, pour lequel le principe de précaution doit s’appliquer.
Les polluants chimiques peuvent s’adsorber sur les plastiques ou microplastiques ingérés par les organismes marins, mais c’est une voie de contamination mineure par rapport à l’ingestion de polluants par la consommation de nourriture naturelle, beaucoup plus abondante.

L’autre danger, c’est le microplastique à la surface de l’océan…
Oui, celui du transport d’espèces qui se fixent sur le plastique et voyagent sur des longues distances. Le plastique servant en réalité de radeau. Certains micro-organismes fixés dessus peuvent être pathogènes (pour les organismes marins), toxiques ou invasifs. Ils colonisent les milieux dans lesquels ils arrivent. Pour les déchets de plus grosses tailles, l’exemple du tsunami est intéressant. Des millions de tonnes de déchets rejetées à la mer ont été transportées du Japon vers les côtes d’Amérique du Nord. Des scientifiques Nord-Américains ont comptabilisé, en 6 ans, 289 espèces nouvelles pour l’Amérique du Nord, espèces en provenance du Japon, via les débris du tsunami. Il s’agit là d’une véritable arche de Noé, et les conséquences sont très mal connues, notamment sur les équilibres de la biodiversité.

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.