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Après 20 jours à 120 mètres de profondeur, l’expédition Gombessa 6 émerge en Principauté

Après vingt jours par 120 mètres de fond au Cap Corse, Laurent Ballesta et ses aquanautes ont retrouvé la lumière ce mardi à Monaco pour témoigner de leurs recherches sur des anneaux de corail.

Cédric Vérany Publié le 21/07/2021 à 13:49, mis à jour le 21/07/2021 à 13:50
Les quatre scientifiques aventuriers sont sortis ce mardi à 18 heures de la capsule pressurisée sur le port de Monaco. Photo Cédric Vérany

Ils auront passé vingt jours dans les profondeurs du parc naturel marin du Cap Corse et de l’Agriate, par 120 mètres de fond et c’est à Monaco qu’ils ont retrouvé l’air libre pour clôturer le projet Gombessa 6.

La nouvelle mission du biologiste, photographe et chef d’expédition Laurent Ballesta, entamée le 1er juillet s’est achevée ce mardi en fin d’après-midi avec l’arrivée des quatre aquanautes en Principauté, s’extirpant de leur station pressurisée depuis la barge qui la transporte.

L’objectif de la Mission Cap Corse était d’enchaîner les plongées à plus de 100 mètres pour comprendre comment fonctionnent les anneaux de corail visibles dans cette zone.

Des atolls coralliègnes, de 20 à 30 mètres de diamètres parfaitement circulaires qui questionnent les scientifiques depuis longtemps. Un millier d’anneaux sont recensés à cet endroit.

 

" Émerveillés "

" Notre première satisfaction, nous avons réussi, lance Laurent Ballesta en visioconférence quelques minutes avant de sortir de la station pressurisée. Nous avons pu faire des carottages de roches parfois plus d’un mètre de profondeur au cœur des anneaux. C’était une manipulation scientifique compliquée, qu’on ne pouvait pas tester avant, mais ça a fonctionné ".

L’équipe a aussi réalisé une très grande série de photos inédites du secteur. " Nous avons plongé sur une plaine avec des étendues à perte de vue, qui nous a émerveillés, et vu une diversité incroyable ", renchérissent ses coéquipiers Antonin Guilbert et Thibault Rauby.

Des découvertes : une limace et une espèce rare de mérou

Le quatuor a même découvert une petite limace de mer, qui est une espèce nouvelle pour la science et à laquelle ils auront le privilège de donner un nom, probablement celui de la fille de Laurent Ballesta.

Bilan scientifique ok, bilan humain aussi. " Tout s’est bien passé, il n’y a pas eu d’angoisse, ce sont toujours les dernières minutes qui semblent interminables ", rassure Roberto Rinaldi, qui lui vivait pour la première fois cet isolement à quatre pendant vingt jours dans une microscopique cellule.

 

Les quatre hommes ont retrouvé leurs proches ce mardi sur le quai avant de rencontrer les officiels de Monaco, le projet étant de longue date soutenu par la Fondation Prince Albert II.

Les résultats de ces carottages vont faire l’objet d’un suivi scientifique poussé. Le quatuor devrait aussi partager son expérience au travers d’images et d’un documentaire. Avant d’y retourner ?

" Nous avons vu des endroits qui mériteraient de plus amples explorations, comme un alignement de grottes au pied de falaises sous-marines. Aux abords de l’une d’elles, nous avons pu photographier un énorme mérou à dents de chien, une espèce très rare. Je n’avais vu ce poisson que dans de vieux livres ", raconte Laurent Ballesta.

Des impacts humains visibles

Ils ont été aussi témoin de l’impact humain même à 100 mètres de fond. " Ces impacts on les voit sans les chercher. Que ce soit des restes archéologiques, de vieilles amphores mais aussi des déchets plastiques, des filets perdus. Les impacts humains sont là, visibles comme on peut les voir sur les plages ".

 

Pour garder le rythme, l’équipe pense déjà une septième mission Gombessa. Toujours en Méditerranée ?

" Je ne me pose pas la question d’un endroit, mais d’un mystère, quelque chose qu’on n’a pas compris, qu’on a jamais vu, répond Laurent Ballesta. Souvent on mesure le mieux de ce qu’on ne connaît à l’endroit qu’on prétend connaître. La Méditerranée c’est là que nous nous sommes formés, qu’on est devenus des plongeurs et des biologistes. Mais il est probable que les années à venir nous emmèneront ailleurs. " 

Un confinement dans 5m²

En parlant de confinement, celui-ci est corsé ! Mais voulu…

Quand ils n’étaient pas en train de plonger, les quatre protagonistes de l’expédition Gombessa ont passé vingt jours dans une capsule de 5 mètres carrés. Une capsule où l’air est un mélange gazeux constitué de 90 % d’hélium et 6 % d’oxygène.

La pression atmosphérique y est treize fois supérieure à la normale. Pourquoi ce choix ? C’est une technique utilisée pour favoriser les plongées profondes et éviter les nombreux paliers de décompression d’une plongée classique.

Ainsi Laurent Ballesta et ses trois compagnons : Antonin Guilbert, Thibault Rauby, et Roberto Rinaldi ont élu domicile dans ce module qui maintient la pression des grandes profondeurs. Ce dernier est posé sur une barge stationnée à la surface de l’eau.

Avec la cellule de 5 m2, communique un micro-espace dédié à la toilette et une tourelle, comme un ascenseur, qui permet depuis la barge, de passer de la capsule à l’eau sans contact avec l’air libre.

À bord de la station Bathyale (référence à la zone bathyale, terme d’océanologie qui désigne les grandes profondeurs sous les 200 mètres), les aquanautes, ont pu enchaîner les plongées entre 115 à 140 mètres, en sécurité. Autour d’eux une équipe de quarante personnes était mobilisée.

La mission du Cap Corse était leur sixième. La première s’est déroulée en 2013 en Afrique du Sud pour suivre le coelachanthe, plus vieux poisson du monde.

Puis il y a eu la Polynésie française, à Fakarava pour observer l’accouplement des mérous ou les requins gris. Et l’Antarctique, où les plus longues plongées polaires jamais effectuées ont été enregistrées par l’équipe. Puis l’étude des récifs coralligènes profonds en Méditerranée, en 2019.

La capsule pressurisée est posée sur une barge et un ascenseur permet de rejoindre les fonds marins, sans en sortir. Photo Laurent Ballesta Gombessa Expeditions.

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