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Aménagement du territoire, implication des populations locales, gestion des flux… Comment la Côte d’Azur tente de concilier tourisme et environnement sans trop impacter son économie?

Comment concilier impératifs économiques et écologiques dans une région où le touriste est à la fois une ressource pour l'économie et un danger pour la biodiversité? Les différents acteurs locaux se mobilisent et travaillent main dans la main pour remodeler l'offre touristique. Pas de pertes donc mais une meilleure gestion des flux, et une offre et un aménagement du territoire adaptés.

Flora Zanichelli Publié le 25/08/2021 à 20:30, mis à jour le 20/09/2021 à 18:05
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Réfléchir au tourisme sur la Côte d'Azur, un défi pour l'ensemble des professionnels du secteur Franck Fernandes

Quel est le problème?

En région PACA, le tourisme représente 10% des emplois. Selon le Comité régional du tourisme (CRT), le poids du tourisme dans l’économie locale est de 15% contre 7,4% pour le reste de la France. Selon le CRT toujours, l’économie du tourisme se chiffre à 5,5 milliards d’euros de consommation touristique générant 10 milliards de chiffres d’affaires. L’organisme chiffrait à 75000 le nombre d’emplois directs liés au tourisme générant eux-mêmes autant d’emplois indirects. Poids lourd de l’économie locale, le tourisme pose cependant des difficultés concernant la protection de la biodiversité. Car l'afflux de touristes abîme parfois les sites. Lieux surchargés, visiteurs peu soucieux de l’environnement compliquent en effet la préservation d’une biodiversité locale pourtant riche et précieuse. Comment, dès lors, concilier impératifs économiques et écologiques? Autorités mais aussi professionnels du tourisme réfléchissent à des solutions qui passent, entre autres, par le réaménagement du territoire, une réorientation des flux touristiques et une plus forte implication des populations locales.

C’est un travail à plusieurs mains. A Allos, mairie, parc national du Mercantour et office du tourisme ont collaboré pour que les difficultés de 2020 liées au tourisme de masse ne se représentent pas.

L’année dernière, ce lac enchanteur situé à 2200 mètres d’altitude et qui accueille papillons mais aussi bouquetins, vautours et chamois avait été victime de son succès en accueillant plus de 1500 visiteurs par jour. 

Embouteillages pour accéder au site, horde de touristes venus avec leurs paddles et matelas gonflables, sentiers surchargés, la liste des problèmes créés par cette surfréquentation n’a eu de cesse de s’allonger et a nécessité l’intervention conjointe de l’ensemble des autorités locales.

 

Le lac d’Allos n’est pas le seul site à avoir travaillé sur la gestion du surtourisme. A Porquerolles, une jauge vient d’être mise en place pour limiter le nombre de visiteurs sur l’île et dans les Calanques, le Parc National a même engagé une campagne de démarketing. Objectif ? Faire prendre conscience aux touristes de la réalité de paysages saturés de visiteurs en les exposant à la place de paysages de rêve vides de touristes. 

Ces solutions, localisées, s’inscrivent dans une réflexion plus large. Impossible, remarquent les observateurs, d’empêcher les touristes de venir profiter de la Côte d’Azur. En revanche, tous s’accordent à dire que l’on peut trouver des astuces pour répartir les flots de visiteurs sur l’ensemble du territoire. 

"La recherche d’une meilleure articulation entre la gestion des flux, leurs retombées et la nécessaire ouverture au public est devenue une enjeu national autant qu’international", constatait ainsi le chercheur Vincent Vlès dans la Tourism review. 

Mise en place d’un "écosystème d’acteurs"

Conscients que la préservation du cadre naturel est une ressource autant qu’une nécessité, les acteurs du tourisme se mobilisent. 

En 2017, une étude réalisée par les autorités françaises et le Réseau des Grands sites de France sur 7 sites naturels exceptionnels français, parmi lesquels la Dune du Pilat ou encore Gavarnie, constatait que la protection de l’environnement face au tourisme de masse n’était rendue possible "que par l’implication de l’ensemble des communautés présentes sur le territoire, des autorités locales aux habitants en passant par les start-ups".

Gérer les endroits naturels comme un "bien territorial" en laissant une place accrue aux usagers et aux citoyens dans les prises de décision, écrit encore Vincent Vlès. 

Un constat que fait également l’association Défismed, active depuis 2009 et qui s’est donné comme objectif la promotion de l’écotourisme. "Notre objectif est de créer du lien entre les différents acteurs du tourisme en impliquant, notamment, la société civile", explique Eric Raulet, le président de l’association. 

 

Pour ce faire, en octobre prochain, pour le mois de l’écotourisme transfrontalier en méditerranée, Défismed prévoit de mobiliser ses partenaires, pouvoirs publics et citoyens pour expérimenter un tourisme éco participatif à travers la visite de lieux partenaires. 

"Réorienter les flux touristiques", c’est une question que Franck Frédefon, aujourd’hui chef de la Mission de coordination des politiques de la mer et du littoral au Ministère de la Mer, se pose avec son équipe. "En 2008 et 2014, une série de directives européennes sont venues réglementer les zones marines, explique-t-il. L’idée : limiter les conflits d’usage, réaliser un état des lieux. Le tourisme en PACA est très dense sur le littoral."

Mais peut-on rediriger les touristes habitués au littoral vers l’arrière-pays? Une opération difficile pour de nombreux observateurs car ce sont deux types de tourisme complètement différents. 

Retravailler l’offre permet de valoriser un éventail plus large de visites. "Les offices de tourisme locaux proposent ainsi des circuits qui permettent de désengorger le littoral, remarque Franck Frédefon. Ce sont de vraies ressources." Les offices du tourisme, un levier d’action? Selon les chiffres du CRT, cette année, les touristes sont 2,5 fois plus nombreux à se tourner vers les offices du tourisme locaux que l’an passé.

Aménagement du territoire et réorientation les flux

Outre les mesures de réduction des flux de touristes, notamment par exemple, avec l’instauration de jauges à l’entrée des sites victimes du sur tourisme ou la limitation d’accès au parking, les acteurs réfléchissent aussi aux activités qu’ils peuvent proposer susceptibles de désengorger les endroits les plus fréquentés. Cet objectif s’inscrit pleinement dans l’aménagement du territoire.

 

A Saint-Tropez, les offices du tourisme proposent ainsi de visiter des fermes pédagogiques situées à proximité afin d’éviter que le touriste ne se sédentarise dans le petit port varois. "De même, si on observe l’aménagement du territoire, des navettes maritimes permettent de relier d’autres endroits du Golfe. Cela facilite les déplacements d’une ville à l’autre et donc la gestion des flux", poursuit Franck Frédefon. 

Depuis 2015, un conseil maritime de façade s’occupe de gérer "l’utilisation, l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral et de la mer" et permet de faire le lien entre les différents services administratifs. Parmi ses champs d’action, d’ailleurs, la plaisance, les activités de loisirs et le tourisme. 

"L’analyse de l’activité touristique en Méditerranée occidentale montre la prédominance de cette région par rapport aux autres façades métropolitaines, tant au niveau de l’emploi, de la fréquentation touristique que de l’offre d’hébergement", établissait ainsi le conseil maritime. 

 

L'Eglise Notre-Dame des Fontaines a été épargnée par la tempête Alex et était une des étapes de la reprise du tourisme dans la vallée de la Roya. N-M.

Alex et le covid ont changé la donne

 

 

"Alex et le covid ont changé la donne". Virginie Simoncelli travaille au service Attractivité territoriale du département des Alpes-Maritimes. Dans ce service, on élabore des plans d’action en matière de tourisme. 

"Avant on avait 5 ans, aujourd’hui, si on arrive à avoir une visibilité sur la saison, c’est énorme", remarque madame Simoncelli. 

Depuis la crise sanitaire, la clientèle a changé. "Les gens voyagent moins longtemps, veulent vivre des expériences et recherchent des activités en pleine nature." Ces comportements sont le point de départ d’élaboration des stratégies.

Un constat confirmé par des associations locales comme Accueil paysan qui remarque un intérêt croissant des touristes pour la ferme, son fonctionnement et la manière dont les agriculteurs et éleveurs travaillent. Là encore, l’appui des habitants et des acteurs de l’économie locale se révèle un atout précieux. Quel meilleur ambassadeur de son territoire que celui qui l’habite et le préserve?

"Accueillir des gens dans nos exploitations, c’est les faire entrer dans un écosystème, prendre soin de notre territoire, poursuit Françoise Fleutot, coprésidente de l’association et propriétaire d’une ferme dans les Alpes de Haute-Provence. Les gens qui viennent ont envie de comprendre comment on vit, comment on produit, mais cela reste une clientèle avertie et friande de montagne. Ce n’est pas le même public que sur le littoral."

 

Ce besoin de pleine nature, le département d’attractivité territoriale du département des Alpes-Maritimes en a fait un pilier de sa stratégie. "Comment valoriser nos vallées? s’interroge Virginie Simoncelli. Le passage de la tempête Alex a tout bouleversé."

Toujours dans un souci d’accompagnement du touriste, un carnet des micro aventures dans les Vallées a été édité. "On propose aux locaux comme aux touristes de brasser leur bière, observer les étoiles…", poursuit Virginie Simoncelli.

Pour repenser le tourisme dans l’arrière-pays, une task force a été mise en place réunissant les principaux acteurs du secteur et les collectivités locales. Au programme des réflexions : le vélo, la randonnée et le tourisme durable. Pas loin de 5 boucles à vélo sont d’ailleurs proposées dans le 06.

Cette démarche redessine peu à peu l’offre touristique locale. “Il faut accepter que les temps de transformation soient longs, souligne Virginie Simoncelli. Par exemple, obtenir un label Green pour un local requiert du temps pour la procédure, les contrôles. Et c’est aussi assez cher à mettre en place car il s’accompagne parfois de travaux.”

On voit de nouveaux besoins, et avec eux, de nouveaux prestataires apparaissent, explique Virginie Simoncelli qui se veut positive quant à la capacité de la Côte d’Azur à rebondir et développer un tourisme respectueux de l’environnement attractif pour les touristes. On va avoir besoin de parcs à vélo électriques, d’une itinérance, certains producteurs vont également être mis en avant. ” 

 

Une manière d’exploiter le territoire plus douce, plus respectueuse de l’environnement. Une stratégie sur le long terme quand on sait, comme l’établissait une étude de l’OCDE de 2017 que la préservation de l’environnement est aussi un gage de qualité du territoire et donc une source d’attraction pour le touriste.

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