Rubriques




Se connecter à

Albert II “champion” de l’environnement en Inde Une alliance optimiste entre FPA2 et TERI

Le souverain conclut aujourd’hui une visite officielle de quatre jours au pays de Gandhi, figure dont il a honoré la mémoire et repris les mots pour inciter à agir à la sauvegarde de la planète

Publié le 07/02/2019 à 10:25, mis à jour le 07/02/2019 à 10:26
Le souverain a planté un rosier Princesse-Grace dans le jardin du Palais du président Ram Nath Kovind, après sa rencontre avec le Premier ministre Narendra Modi.
Le souverain a planté un rosier Princesse-Grace dans le jardin du Palais du président Ram Nath Kovind, après sa rencontre avec le Premier ministre Narendra Modi.

Victime de son propre succès économique et démographique, le peuple de Gandhi n’en reste pas moins le premier adorateur de la nature, dont chaque Dieu est une émanation. Si la capitale, New Delhi, suffoque sous la main de l’homme, le mea culpa des autorités fut immédiat, ce lundi, lors de l’ouverture du Forum économique Monaco-Inde.

Sur les artères bondées de la « Ville verte », la prise de conscience est omniprésente. Pas un Abribus avec une publicité sans équivoque du type « Bring our blue sky » ou « To a green and clean Delhi ».

Si le premier homme politique d’envergure à avoir alerté le monde sur le désastre écologique reste John Kerry, et que certains privés se sont illustrés pour la cause, comme Richard Bronson ou le regretté Paul Allen, il semble aujourd’hui que la palme de la légitimité sur le sujet revienne au prince Albert II.

 

En amont de la signature d’un accord de coopération avec le Monaco Economic Board, présidé par Michel Dotta, le président de la Federation of Indian Chamber of Commerce and Industry (FICCI), Sandip Somany, a en tout cas été catégorique en s’adressant au souverain. « Son altesse est un expert du changement climatique, un champion. L’engagement de Monaco pour soutenir les efforts déployés en Inde pour comptabiliser les effets du changement climatique est indéniable. La Fondation Prince Albert II participe d’ailleurs à la plantation de teck et de bambous dans le centre de l’Inde. »

Une envie de bien faire

Un hommage appuyé dont la sincérité se confirmait après les déclarations du même acabit du ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Aviation civile et du Secrétaire adjoint au ministère des Affaires extérieures, en remettant un « Green Certificat » honorifique au souverain, au conseiller Gilles Tonelli et à Michel Dotta.

Au lendemain de ces éloges, et au sortir d’audiences successives avec la ministre des Affaires extérieures, Sushma Swaraj, le président Ram Nath Kovind et le Premier ministre, Narendra Modi, le prince Albert II a salué « un pays qui connaît le plus fort développement de ces dernières années, un essor économique remarquable, et fait aussi preuve d’une volonté de s’inscrire dans des objectifs de développement durable, notamment sur le plan solaire (lire page suivante). »

Un gouvernement en ordre de marche face à l’urgence climatique ? Oui, selon le directeur exécutif de la Fondation Prince Albert II, Olivier Wenden (lire page suivante) : « Ils ont vraiment envie de bien faire les choses, et vite ! De ne pas passer par les étapes intermédiaires comme la Chine, qui a pu commettre des erreurs et est en phase de rattrapage. »

L’Inde n’ayant, par exemple, pas déployé la téléphonie filaire, pour basculer directement dans les nouvelles technologies.

« Tous ont reconnu la Principauté comme étant un laboratoire, à petite échelle, en termes de développement durable et de mobilité propre », confie le prince Albert II, optimiste après les annonces d’homologues décidés à agir de concert avec le monde.

Mobilité douce vs charbon

 

Auteurs de discours décomplexés, les gouvernants indiens se sont engagés à réduire de 33 à 35 % leurs émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020. Déterminés à ériger un modèle de mixité énergétique, les Indiens y voient aussi une manière de retrouver une souveraineté en termes d’énergie et, par ricochets, d’enterrer quelques haches de guerre au niveau diplomatique.

Si leur dépendance au charbon devait perdurer, peut-être les projets de mobilité douce permettront-ils de retrouver un ciel bleu comme Pékin l’a fait en fermant les usines à charbon du pourtour de la capitale chinoise. Aujourd’hui, près de 50 % des énergies renouvelables proviennent de l’éolien terrestre (34GW) en Inde, une hausse considérable dans un secteur malgré tout confronté à des coûts de rachat trop faibles et des raccordements périlleux.

Les autorités ont en revanche confirmé à la délégation monégasque leur ambition de n’avoir que des bus et taxis électriques dans Delhi en 2026. Puis les deux-roues et enfin les voitures.

La mobilité douce pour tous ? Le premier métro a été construit en 1984, à Calcutta ; 35 ans après, on ne compte que 515 kilomètres de lignes réparties dans dix villes. D’où le programme « New Metro Policy » lancé en 2017 par le gouvernement Modi. Objectif : étendre le réseau grâce à l’apport de fonds privés.

Rédemption verte sur les rails ?

New Delhi est une ville sous cloche. Un trésor embrumé. Une frénétique capitale emprisonnée sous un très bas plafond de particules fines. Un nuage qui, au quotidien, irrite la gorge et tanne la peau. Fait tousser et, de plus en plus, suffoquer…

 

Travailler à Delhi, c’est aller à la mine. S’exposer à une pollution mortifère qui freine dangereusement l’implantation de nouveaux entrepreneurs, comme le retour de brillants expatriés.

En 2018, lors des pics de pollution, braver ce brouillard digne d’un roman de Stephen King équivalait même à fumer 44 cigarettes en une journée !

D’autres statistiques (lire ci-contre) justifient le triste surnom de « ville irrespirable » attribué à New Delhi qui, depuis cinq ans, est même devenue la ville la plus polluée du monde, devant Pékin.

En Inde, ce serait même plus d’un million de personnes qui succomberaient chaque année de troubles liés à la pollution atmosphérique.

Mais au pays des optimistes, où la philosophie est un art de vivre et le Mahatma Gandhi un prophète éternel, la fatalité n’existe pas.

En 1967, l’indépendance du pays à peine actée, le Premier ministre Nehru avait lancé la « Révolution verte » en ces mots : « Tout peut attendre mais pas l’agriculture. » Le défi était alors de sustenter une population, depuis, multipliée par trois, en un demi-siècle, pour atteindre les 1,34 milliard d’âmes répartis sur un territoire où la densité de population est trois fois supérieure à la Chine.

 

En 2019, face à la délégation monégasque et à son souverain, les hautes autorités indiennes ont mis des mots sur ces maux. Dit stop. Le message en somme : « Tout peut attendre mais pas la santé. » Alors, à quand la 2e Révolution verte ? À demain peut-être. C’est en tout cas l’espoir adressé au prince Albert II par le président Ram Nath Kovind et le Premier ministre Narendra Modi. Des hommes de réforme dont le train d’actions est lancé et pour qui l’environnement est une matière indissociable de l’économie. Sa sauvegarde, une urgence absolue.

Parce que la protection de l’environnement est affaire de tous, et que la sensibilisation du public sera la clé de la sauvegarde de la planète, le prince Albert II a participé à une conférence privée, ce lundi soir, organisée conjointement par la Fondation Prince Albert II (FPA2) et l’Institut de l’énergie et des ressources (TERI). Devant un parterre d’environ 80 étudiants, universitaires et personnalités locales, le souverain a souligné que « les enjeux environnementaux et les conséquences dramatiques de nos activités humaines nous impactent tous, quelle que soit notre situation économique, géographique ou la taille de nos pays ». « Unis dans cette même destinée, nous n’avons d’autre choix que d’œuvrer ensemble avec détermination », a ajouté le « prince vert », avant de conclure en citant Gandhi : « Vous devez être le changement que vous souhaitez voir en ce monde. »

Aux termes de cette conférence « Énergie et climat », mêlant discussions macroéconomiques et exemples concrets d’innovation dans le privé (notamment sur la connectivité des territoires), un accord de partenariat visant à soutenir les travaux menés dans les domaines de l’énergie, l’environnement, le climat, l’utilisation rationnelle des ressources ou encore l’agriculture durable a été conclu entre FPA2 et TERI.

Olivier Wenden, directeur exécutif de la Fondation Prince Albert II, et le Dr Ajay Mathur, directeur général de l’Institut de l’énergie et des ressources, ont ainsi procédé à la signature de l’accord permettant aux deux entités d’échanger leurs expertises quant aux stratégies et programmes développés dans leurs pays respectifs, mais également de partager leurs connaissances techniques et scientifiques afin de développer des projets communs.

Fondé en 1974 par Darbari S Seth, également fondateur du groupe Tata Chemicals Limited (pétrochimie, entre autres), TERI a pour objectif la promotion des énergies renouvelables en Inde, l’efficacité énergétique et le soutien à l’innovation dans ce domaine. Un partenariat de choix pour la FPA2, selon son directeur exécutif, Olivier Wenden.

C’était probablement le moment le plus intense de cette première visite officielle du prince Albert II en Inde. Après Barack Obama ou encore Emmanuel Macron récemment, le souverain s’est rendu au mausolée du Mahatma Gandhi, ou « Raj Ghat », mardi matin.

 

Un hommage lourd de sens dans un cadre d’une poésie absolue. Là, sur les rives de la rivière Yamuna, le prince Albert II a foulé d’un pas délicat une pelouse saupoudrée d’une rosée matinale et à faire pâlir les jardiniers de Wimbledon.

Couronne de fleurs en mains, aidé par l’ambassadeur de Monaco en Inde, Patrick Médecin, et Anne-Marie Boisbouvier, l’une de ses conseillères (*), le souverain s’est ensuite incliné devant une plaque de marbre noir abondamment fleurie et symbolisant le lieu de crémation de Gandhi, le 31 janvier 1948.

Dans un silence absolu, Albert II a alors lancé au vent des pétales de fleurs comme aimantés vers la stèle érigée en l’honneur d’une des plus grandes figures du XXe siècle. Sur le mémorial, une flamme éternelle sous verre et l’épitaphe « Hé Ram » (« Ô mon Dieu »), qui furent les derniers mots du « père » (Bapu) des Indiens.

L’hommage rendu, le son des cithares a de nouveau résonné dans cette cour carrée entourée de simples murs de pierre surmontés de chemins de garde. Des plaques disposées au pied d’arbres somptueux attribuant à différents hauts dignitaires internationaux leur plantation.

Après avoir signé le Livre d’or, le souverain s’est vu remettre un buste en bronze représentant le Père de la nation, des livres et un parchemin reproduisant les 7 péchés sociaux : « Une politique sans principes, la richesse sans travail, du commerce sans morale, du plaisir sans conscience, de l’éducation sans caractère, de la recherche sans humanité et un culte sans sacrifice ».

L’après-midi, toujours à New Delhi, le souverain a visité Gandhi Smriti, endroit même où Gandhi vécut les 144 derniers jours de sa vie avant d’y être assassiné. Sur place, des empreintes de pas matérialisent notamment le chemin quotidien que le Mahatma effectuait pour aller prier au fond du jardin.

 

Le 31 janvier 1948, alors qu’il allait se recueillir avec ses deux petites-filles, Gandhi y était abattu froidement par un fanatique hindou muni d’une arme à feu.

« J’ai ressenti une grande émotion lors de ces visites. Le Mahatma Gandhi est un personnage tout à fait extraordinaire, un apôtre de la non-violence, de la paix et de la considération pour les plus démunis. Son message est hélas encore plus actuel que de son vivant et il doit rester un exemple pour nous. J’espère que sa vision et son message nous inspirerons encore pendant longtemps », a déclaré le prince Albert II au sortir de la dernière demeure du Père de la nation.

* Étaient également présents le conseiller de gouvernement-ministre des Relations extérieures, Gilles Tonelli ; le président du MEB, Michel Dotta ; et le directeur exécutif de la FPA2, Olivier Wenden.

De jour comme de nuit, une brume couvre Delhi.
De jour comme de nuit, une brume couvre Delhi.
(DR)
(DR)
Albert II a visité la dernière demeure de Gandhi et déposé une gerbe au Mémorial.
Albert II a visité la dernière demeure de Gandhi et déposé une gerbe au Mémorial.
L’intérêt de la jeune génération lors de la conférence a été perçu comme un « encouragement ». La FPA2 a également rencontré des représentants d’une ONG du Sud de l’Inde menant des études sur les coraux.
L’intérêt de la jeune génération lors de la conférence a été perçu comme un « encouragement ». La FPA2 a également rencontré des représentants d’une ONG du Sud de l’Inde menant des études sur les coraux.
(©SolarImpulse)
(©SolarImpulse)

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.