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À Nice, ces biologistes testent des crèmes solaires pour en limiter la toxicité sur le milieu marin

Avec 25% de crème solaire qui part dans l'eau à chaque baignade, ce sont des tonnes de produits qui se déversent chaque année en Méditerranée, avec des effets néfastes sur le milieu marin. À Nice, une équipe de chercheuses étudie l'impact sur les cellules d'anémones de mer pour aider des grandes marques de cosmétique à améliorer leurs produits.

Sophie Casals et Clara De Antoni Publié le 06/08/2021 à 20:00, mis à jour le 06/08/2021 à 18:31
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Clara Fricano, réalise des tests, dans le laboratoire situé au 7e étage de la Faculté de médecine de Nice. Photo Sophie Casals

Quel est le problème?

"25% de la crème solaire qu'on se met sur la peau se retrouve dans l'eau de mer. Soit des tonnes et des tonnes déversées chaque année, en particulier en Méditerranée," pose Stéphanie Barnay-Verdier, maître de conférence à Sorbonne Université.

On estime entre 4.000 et 6.000 tonnes, la quantité de produits rejetés dans les mers et océans du monde.

Or ces lotions, qui nous protègent contre les UVA et les UVB, ont un impact sur l'environnement marin. Comme le blanchissement des récifs coralliens dans les zones tropicales et des anémones de mer en Méditerranée.
"On a ici le même phénomène de blanchissement que dans les zones tropicales", explique Paola Furla, professeure à l'Université Côte d'Azur.  C'est moins spectaculaire car nous n'avons pas des milliers de kilomètres carrés de ces organismes."

 

Si à Hawaï une réglementation a interdit les crèmes solaires comportant certains composants comme le benzophénone-3, ce n'est pas le cas en France et Europe pour l'instant.
Mais, au sein de l'IRCAN (Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement) à Nice, des biologistes testent les crèmes de grandes marques de cosmétiques pour les aider à améliorer leurs produits afin qu'ils soient moins toxiques pour le milieu marin.

En effet, depuis 4 ans, Paola Furla, Stéphanie Barnay-Verdier, Clara Fricano et Pauline Cotinat étudient l'effet des crèmes solaires sur des cellules d'invertébrés marins.

Des anémones de mer comme spécimen d'étude

Dans le laboratoire situé au 7e étage du bâtiment de la Faculté de médecine de Nice, Paola Furla et Stéphanie Barnay-Verdier nous conduisent dans la salle des aquariums. Là, elles nous présentent les spécimens sur lesquels elles travaillent.
"On teste des crèmes sur des organismes de la famille des coraux: les anémones de mer. Elles vivent en symbiose avec des petites algues qui sont à l'intérieur de leurs tissus. On les trouve sur tout le littoral méditerranéen. Elles se trouvent près des plages et plutôt autour des rochers. Plus la pression de la population et des baigneurs va être importante, plus on aura un impact sur ces organismes," détaille Paola Furla.

D'un ton brun soutenu dans l'un des aquariums, et blanches dans un autre.
"C'est l'impact de la pollution côtière ou du changement climatique qui crée le blanchissement, la perte de l'algue de l'animal.

 

 

C'est le signal d'un mal être, il ne meurt pas mais il blanchit.

En perdant ces algues, les anémones perdent la nourriture qu'elles lui fournissaient. "S'il n'y a pas assez de nutriments dans le milieu, alors on aura de la mortalité."

Des anémones de mer en "bonne santé". Photo Clara De Antoni.

Comment les crèmes sont-elles testées?

"On prélève des tentacules de l'anémone, sans porter atteinte à sa survie, pour en extraire des cellules. Sur ces cellules, on teste des produits finis de la cosmétique, poursuit Paola Furla, ça nous permet d'évaluer si une crème a un impact important ou pas sur l'environnement aquatique." 

Au microscope Clara Fricano, ingénieur d'étude, regarde l'effet des lotions sur les cellules. "Quand elles sont en bonne santé elles forment des agrégats. En présence de crème solaire, on voit des cellules qui perdent leur capacité à former des agrégats." Elle observe aussi la viabilité et la croissance des cellules.

"Ça me donne une idée de la toxicité du produit sur les cellules d'anémones de mer. Donc on peut imaginer l'impact sur l'animal entier."

 
Au microscope, Clara Fricano observe l'effet du produit sur les cellules d'anémones de mer. Photo S.C.

Revoir la composition du produit

En fonction des résultats du test in vitro Viridis, une note sur 20 est attribuée par l'équipe aux crèmes. Les industriels revoient alors la formulation du produit. Ils diminuent la proportion de certains composants pour trouver le bon mélange au regard de l'environnement mais aussi de la santé des personnes qui se protègent.

 "Il y a toujours un impact, mais l'idée c'est qu'il soit le plus faible possible, le plus respectueux de l'environnement possible.

"C'est dans cette optique qu'on travaille avec les divisions de recherche et de développement des entreprises pour les aider à améliorer leurs produits." En prenant en compte de nombreux paramètres. "Les toxiques peuvent se comportent différemment lorsqu'ils sont associés les uns avec les autres, d'où l'importance de tester un produit fini et pas uniquement les matières premières isolées."

Les marques qui sollicitent l'équipe niçoise ne sont pas obligées de réaliser ces tests. En effet, pointent les chercheuses, "il n'y a pas encore de réglementation sur le milieu marin."

Mais la conscience écologique des consommateurs agit comme un puissant aiguillon. Aussi, certaines entreprises de cosmétique prennent-elles les devants pour mettre au point des produits plus écoresponsables.

"La toxicité sur l'homme de filtres organiques a poussé certains fabricants à passer aux filtres UV minéraux: comme l'oxyde de titane ou l'oxyde de zinc. Ils sont très couvrants, et pénètrent moins dans la peau certes, mais ce sont ceux qui ont certainement l'impact le plus important sur nos modèles de laboratoires," pointe Paola Furla.

 

Si on veut bien protéger sa peau contre les UVA et les UVB, les crèmes solaires sont incontournables. "C'est une question de santé publique majeure au regard du nombre de cancers de la peau en France et en Europe, rappelle Stéphanie Barnay-Verdier. Mais si en plus on peut avoir des produits les plus respectueux possibles de l'environnement marin c'est l'objectif ultime."

Paola Furla, professeure à l'Université Côte d'Azur, et Stéphanie Barnay-Verdier, maître de conférence à Sorbonne Université. Photo Clara De Antoni.

Comment bien choisir sa crème?

Comment s'assurer que la crème qu'on achète protège bien du soleil, qu'elle ne nuit pas à notre santé, ni à celle des organismes marins?
Face à la multiplication des logos : "Ocean friendly", "Coral respect", "Ocean respect" "water quality" sur les tubes, vantant les mérites du produit, sans explications, difficile de s'y retrouver.
"Certaines marques vont aussi s'afficher comme bio, car les produits sont vegan, ou biosourcés. Mais ça ne veut pas dire qu'ils sont moins toxiques. Comme il n'y a pas vraiment de règle chaque marque y va de son allégation."
Les chercheuses reconnaissent que c'est compliqué pour le consommateur d'y voir clair. "Aujourd'hui, il faut aller voir sur le site Internet de la marque à quoi correspond le logo. Il peut s'agir de démarches concrètes ou juste d'analyses théoriques."
Elles recommandent d'opter pour des produits finis testés en laboratoire, mais ils sont encore rares. "La plupart des marques ne testent que certains filtres."
Par ailleurs, elles préconisent de s'enduire de crème solaire après s'être baigné, pour éviter qu'elle ne parte dans la mer.
Ou encore de porter des tee-shirt anti-UV.

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