Rubriques




Se connecter à

4 inventions nées sur la Côte d'Azur pour apprendre à se passer du pétrole russe

Alors que les pays européens se sont mis d'accord pour un embargo progressif sur le pétrole russe nous avons fait le tour des technologies "made in Côte d’Azur" qui pourraient nous dispenser d’acheter des hydrocarbures au Kremlin.

Eric Galliano egalliano@nicematin.fr Publié le 31/05/2022 à 16:40, mis à jour le 31/05/2022 à 18:09
La guerre en Ukraine donne encore un coup d’accélérateur aux recherches sur les alternatives à l’"or noir", déjà sur la sellette du fait du dérèglement climatique. Photo D.M

La Russie dispose d’une arme fatale contre l’Europe. Et elle n’est pas nucléaire. Le talon d’Achille des pays de l’UE, c’est leur dépendance énergétique. Le Kremlin n’aurait qu’à fermer le robinet des oléoducs et autres gazoducs qui alimentent les 27 pour paralyser notre économie. Si Vladimir Poutine ne s’y est pas résolu (pour le moment), c’est parce que les ventes d’hydrocarbures financent sa guerre en Ukraine.

L’Europe importe près de 50 millions de tonnes de produits énergétiques tous les mois. Soit une facture mensuelle de plus de 25 milliards d’euros ! Or, selon Eurostat, près de la moitié (48,1 %) de ces produits énergétiques vient de Russie. Un quart du pétrole que les pays de l’UE consomment nous est fourni par ce pays contre lequel nous ne cessons d’alourdir les sanctions économiques… sans toutefois réussir à décréter d’embargo pétrolier.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’a proposé le 4 mai à Strasbourg. Mais depuis, la mesure peine à prospérer. Des pays membres s’y opposent farouchement. C’est le cas, notamment, de la Hongrie.

Une dépendance quasi totale en Finlande et en Hongrie

Il faut dire que les 27 ne sont pas égaux face à la Russie et à son pétrole. Plus on s’éloigne vers l’est, et plus la dépendance énergétique des pays européens augmente. Elle atteint même 75 à 100 % en Slovaquie, en Bulgarie, en Finlande et en Hongrie. Difficile dans ces conditions de se résoudre à couper le robinet ? Sauf que des solutions existent. Ici, tout près de nous, des inventeurs, des laboratoires de recherche ou des entreprises innovantes développent des technologies qui pourraient, à terme, nous dispenser du pétrole russe et des énergies fossiles en général. Car au-delà de l’enjeu immédiat que représente la guerre en Ukraine, il en va aussi de la préservation de notre porte-monnaie et de notre environnement.

Le diesel plastique expérimenté à Puget-Théniers

L’inventeur de la "Chrysalis", Christofer Costes, le directeur d’Earthwake, François Danel, et l’acteur Samuel Le Bihan, ambassadeur du projet.​ Photo Eric Ottino.

Les bennes à ordures qui sillonnent la communauté de commune des Alpes d’Azur collectent des déchets qui finissent dans leur réservoir. Grâce à l’idée géniale d’un enfant du pays, Christofer Costes. Cet habitant de Puget-Théniers a construit la "Chrysalis", une machine capable de transformer les plastiques en diesel. "Et ça marche!", s’enthousiasme le maire de la commune, Pierre Corporandy. Aujourd’hui, environ 15 % du carburant utilisé par ses bennes à ordure est issu de cette transformation. De quoi faire "une économie substantielle" tout en privilégiant "une économie circulaire vertueuse" puisqu’elle permet de collecter d’encombrants déchets pour les valoriser localement. Fort de cette expérimentation, Earthwake poursuit son développement.

"Nous continuons d’améliorer notre machine afin qu’elle ait plus de capacité et plus de puissance, explique François Danel, son directeur. Pour cela, nous avions besoin de lever des fonds. C’est pourquoi, aux côtés de la fondation, nous avons créé l’entreprise Earthwake en 2021. Cela nous a permis de créer un site industriel dans le Vaucluse, où nous avons développé une nouvelle génération de Chrysalis. Nous travaillons désormais avec des partenaires prestigieux tels que SBM Offshore, qui vient de nous en acheter une première. Elle permettra d’électrifier un village en Amérique latine."

L’électricité produite par la force des vagues à Carros

Le centre d’expérimentation de SBM Offshore. (Photo DR).

Signé en octobre dernier par le ministre d’État de la principauté de Monaco, un arrêté a autorisé une drôle d’expérimentation : l’implantation d’une ferme sous-marine au large de l’héliport. D’ici quelques années, on y cultivera… de l’électricité!

Financée par la société SBM Offshore, avec le soutien de l’Ademe, cette expérimentation a nécessité des années de travaux préparatoires pour produire, dans un centre de recherche de la zone industrielle de Carros, un polymère électroactif.

C’est de ce matériau que sont faits les « serpents de mer » qui vont être immergés au large du Rocher. Ils ont la capacité de générer de l’énergie lorsqu’ils se déforment. À l’avenir, la force de la houle suffira peut-être à produire de l’électricité. En tout cas, la multinationale SBM Offshore y travaille. En pointe dans le développement des énergies renouvelables, son centre de recherche monégasque a aussi mis au point un flotteur qui élargit considérablement
le champ d’implantation des éoliennes en mer.

 

Obligées de s’ancrer au fond, elles étaient jusque-là cantonnées à 40 à 50 mètres de profondeur. Autrement dit près des côtes.

Ces flotteurs nouvelle génération vont permettre d’aller plus loin… et plus haut, avec des machines moins visibles, qui pourront atteindre deux à trois mètres de hauteur et multiplier par 10 leur rendement. Ces flotteurs développés à Monaco équiperont d’ici quelques mois les éoliennes du programme pilote "Provence Grand Large" au large de Fos.

À Villefranche, des algues pour générer l’"or vert" de demain

Une ferme à micro-algues avait été implantée à l’observatoire océanologique de Villefranche. (Photo Franck Fernandes).

Nom de code: "Full Spectrum". C’est ainsi qu’avait été baptisée l’expérimentation lancée en 2016 sur le site du laboratoire océanologique de Villefranche (LOV). L’objectif du projet était de trouver un moyen de cultiver, à moindre coût, des algues riches en lipide pour en faire du "pétrole vert". "Ces recherches ont permis de déposer plusieurs brevets", explique Olivier Bernard, directeur de recherche à l’Inria. Sans toutefois faire suffisamment baisser les coûts pour rendre cette technologie compétitive. Du moins pour le moment.

Car, à mesure que le prix du pétrole flambe, l’écart se resserre, et de nouveaux investisseurs pourraient être tentés de relancer la recherche sur ce "carburant vert". En attendant, les initiateurs du projet ont réorienté leurs travaux sur l’extraction, cette fois, de protéines. Ce qui pourrait résoudre une autre problématique : la dépendance des pays européens à l’égard des engrais… "Qui, eux-mêmes, nécessitent beaucoup d’énergie pour être produits", souligne Olivier Bernard. Ce qui aggrave encore la hausse du cours des céréales et des denrées, qui s’est lui aussi envolé depuis le début de la guerre en Ukraine.

Un super boîtier développé à Sophia Antipolis

Le boîtier développé par cette entreprise de Sophia Antipolis permet de passer au superéthanol sans changer de voiture. (Photo DR).

La société FlexFuel Energy a été créée en 2007. "En même temps que la première pompe de superéthanol était mise en service porte d’Orléans à Paris", souligne Jérôme Loubert, le directeur du développement pour l’Europe de cette PME dont le siège social est basé à Sophia Antipolis.

Une vraie success story azuréenne, qui tient dans un petit boîtier. FlexFuel a mis au point un convertisseur qui s’adapte sur 95 % des véhicules à essence de moins de 20 ans, et leur permet de rouler au E85, ce biocarburant deux à trois fois moins cher que le sans-plomb !

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.